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Témoignage de NATHALIE CHILLAN : son cancer du sein, le sien !


Par | Le 25 Octobre 2014 | Lu 3165 fois


Témoignage de NATHALIE CHILLAN : son cancer du sein, le sien !
FAIRE SAVOIR : EN PARLER AU TRAVAIL
Alors, ça m’a demandé a minima de le dire à mon «N+1»… à la Direction et aux Ressources Humaines. Après je n’étais pas obligée de le dire à tous mes collègues. Mais, j’ai fait le choix de le dire parce que je suis totalement dans une relation de confiance avec mes collègues. Dans une bonne relation avec mes collègues (je suis responsable de communication interne et externe au sein de mon entreprise). Donc ce sont vraiment des personnes avec qui j’ai un relationnel qui est assez fort. Je ne concevais pas de partir en catimini sans leur dire pourquoi. Et puis moi j’avais fait le choix de ne pas porter de perruque, de ne pas attacher ma tête, de ne pas mettre de fichu etc. Donc de toutes les façons, mes collègues auraient vu que mes cheveux étaient tombés. Je ne voyais aucune raison de cacher. On a besoin d’être mobilisé contre la maladie. Et cacher, travestir la vérité, c’est déjà perdre des forces ! Je n’ai pas eu de réactions «négatives» au sens des gens qui vous tournent le dos… Je pense au contraire que quand vos collègues voient que vous venez vous confier sur quelque chose d’aussi intime : ils prennent le temps de vous accompagner, de vous écouter et aussi de vous regarder évoluer, d’être prévenants à votre égard. Et ça, c’est vraiment appréciable : je me suis sentie portée, encouragée. ((…)) Bien sûr, j’ai eu des collègues qui ont versé des larmes : qui m’ont dit : «mais non, je ne comprends pas, c’est quoi ce truc ? etc.». Et moi, je partais des fois dans un fou rire : «mais, tu ne vas pas pleurer pour cela… moin pokô mô, quand même…». Voilà, je leur remontais le moral. Ils ont vu que j’étais «au combat» et que, au contraire… Ca c’est vraiment super bien passé. J’étais tellement bourrée d’énergie que souvent, c’est les collègues qui me disaient : «Nathalie, calme toi, assez kouri, assez maché…». Je me sentais la force de faire pas mal de choses. Et je pense que si j’avais été «dans le mensonge», je n’aurais pas vu que je faisais parfois trop. J’aurais voulu rester toujours au niveau de quelqu’un qui n’est pas malade. Et je n’aurais pas pu assumer les baisses de régime. Il aurait fallu toujours faire croire que je suis au top ! Il y a des moments où je n’étais pas au top ! Il y a des moments où j’avais vraiment envie d’arriver au bureau. Je venais et quand j’étais assise, mes collègues me disaient : «Mais non, tu repars, on te ramène… !» et je repartais. J’avais envie de travailler, mais physiquement je n’arrivais pas à suivre. Mais honnêtement si c’était à refaire, j’aurais refait de la même manière (ne pas porter de perruque, de fichu, dire à tout le monde…) !
 
OSER DIRE… PARTAGER… SE CONFIER… CONTRE L’ISOLEMENT
«On n’achète pas la maladie ni le malheur» : aucune honte à dire «voilà, j’ai un cancer du sein…». Après, je ne dis pas que si j’avais eu le sida que j’aurais fait pareil : j’aurais peut-être réfléchi… par rapport à la famille, ça implique un certain regard après… C’est entraîner la famille dans «quelque chose» ! Mais c’est vrai que quand j’ai fait le choix de parler du cancer du sein, le choix d’aller en parler en télé - j’ai impliqué ma famille ! Ma mère ((sa grand-mère qui l’a élevée)) était quand même assez fière ! J’ai eu des retours assez positifs : je pense qu’elle a eu aussi pas mal de personnes qui lui ont dit «c’était bien… c’est bien ce que Nathalie fait… ça va aider des femmes qui n’en parlent pas… Je suis communicante, je n’ai pas de problèmes pour m’exprimer ! Je ne voyais pas quel problème il pouvait y avoir à dire cela. Il faut vraiment qu’on libère la parole sur cette maladie-là. Après ça dépend de comment vous le dites. Il faut le dire avec sincérité. Vraiment, j’ai senti qu’il fallait que je le fasse. Parce que j’ai vraiment eu l’impression qu’il y avait une chape de plomb avec d’autres femmes rencontrées en chimiothérapie ou bien en radiothérapie… qui le vivaient mal. Elles en parlaient avec moi PARCE QUE j’étais malade : quand on est malade, on peux partager quelque chose ! Mais elles ne vont peut-être pas le faire avec la personne qu’elles voient tout le temps (leur compagnon, leur collègue, leur enfant…). Au bureau : on n’est pas super pote avec tous les collègues, certains sont peut être plus proches. Moi, je me dis : si je ne peux pas dire ça à un collègue que je vois tous les jours, avec qui ça passe bien… à qui je vais le dire ? J’avais l’impression que les gens avaient vraiment une soupape qui se libérait, quand ils étaient au stade de la chimio, quand ils pouvaient en parler, comme s’ils n’attendaient que cela ! Et ce n’était pas des gens que je connaissais spécialement. Mais il y avait un besoin d’en parler ! Et «lâcher» ce genre de nouvelle à un partenaire, sans l’avoir préparé, sans lui avoir permis d’accompagner… quand on ne peut plus cacher… c’est le choc… il ne faut pas s’étonner que le partenaire s'en aille. Je pense qu’il faut impliquer et la famille et les collègues (je ne dis pas qu’il faut le dire à tous tous les collègues). Tiens, des collègues m’ont même reproché de ne pas leur avoir dit… de l’avoir appris par quelqu’un d’autre. Je ne l’ai pas mal pris de ces personnes car ça partait d’une bon sentiment : ils voulaient être dans la confidence et me réconforter tout de suite. Honnêtement, le dire (que j’avais le cancer) m’a libérée et m’a permise de me concentrer sur la maladie, d’aller librement… Vraiment si c’était à refaire, je referais pareil !



Une passionnée de la presse avec une expérience à l’International ! En savoir plus sur cet auteur


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