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Témoignage de NATHALIE CHILLAN : son cancer du sein, le sien !


Par | Le 25 Octobre 2014 | Lu 3165 fois


JE PALPE, TU PALPES, ELLE PALPE, NOUS PALPONS !
Un sein, ce n’est pas du lisse, sa structure est compliquée… et il y a même des nodules sous-cutanés que l’on ne peut toucher comme cela. Ce qui était mon cas pour le dernier quand on a diagnostiqué le cancer du sein. A force de manipuler, vous sentez quand même qu’il y a une petite masse qui est un peu bizarre (même si vous ne sentez pas le nodule lui-même)… difficile à expliquer parce que moi j’ai l’habitude… Je pense qu’une femme qui a l’habitude de se toucher les seins sent une petite différence. Je ne peux pas mettre des mots sur ce que je ressens au toucher. Mais si vous prenez l’habitude de toucher vos seins, de faire rouler votre sein sous vos doigts, de toucher en-dessous et par le haut, de presser un peu… vous pouvez sentir quelque chose de différent et ça peut suffire à vous alerter et à demander une vérification. Je ne pense pas que le médecin soit en droit de vous refuser, cela si vous êtes inquiète et si vous le désirez !
 
REVELER ET NOMMER SON CANCER
J’ai mis mon compagnon dans la confidence. «Ma mère» étant assez âgée ((en fait, Nathalie a été élevée par sa Grand-Mère qui ne porte pas le gène. C’est son grand-père qui l’a transmis à sa fille, sa mère biologique)), j’ai préféré attendre avant de l’alarmer. J’ai une tante qui était effectivement dans la confidence. Je n’ai pas dit tout de suite : non pas parce que je ne voulais pas que l’on sache, mais je n’ai pas voulu inquiéter ma mère «pour rien». Donc j’ai attendu. Par contre, à partir du moment où j’ai su que j’avais le cancer, je lui ai dit ! J’ai pas voulu lui cacher. Donc tout de suite je l’ai dit à tout le monde. Mais je pense que ma mère ayant eu précédemment un grave problème de santé, disons donc que c’était comme une conversation qu’on achevait. J’avais l’impression que c’était à mon tour de vivre quelque chose et à elle, de m’épauler en fait. On était déjà passés  par l’épreuve du cancer, au niveau de la maison. Mais bon, si une enfant a peur de perdre ses parents, la logique est d’autant plus vraie pour une mère qui est censée partir avant son enfant. C’est vrai que moi j’étais très inquiète pour elle. Mais je pense qu’elle l’était deux fois plus pour moi. Après paradoxalement, ce qu’il a fallu lui «arracher», c’est qu’elle ne voulait pas utiliser le mot «cancer». Je pense qu’elle refusait un peu de l’admettre. J’ai du batailler pour lui dire «Maman, c’est un cancer, c’est un cancer !». Quand elle en parlait aux autres, elle ne disait pas le mot. Je pense qu’elle ne voulait pas trop affoler les gens… Et moi, j’avais besoin qu’on utilise LE MOT, j’avais besoin que ça soit… «C’est ça… c’est ça, un cancer et voilà». Je n’avais pas envie que l’on masque les choses.
 
ET TOUT LE RESTE A GERER !
Il peut y avoir un compagnon qui est là, qui est très présent mais qui peut être déstabilisé par tout ce que ça va changer dans la vie. Aussi bien sur le plan de la santé - parce que vous êtes hospitalisée… vous vous faites retirer un sein donc physiquement, vous changez… si vous avez de la chimio par-dessus, vous êtes fatiguée… vous perdez les cheveux, donc vous changez… En fait, il y a vraiment une multitude de choses à gérer en même temps. Et honnêtement, je peux concevoir qu’un compagnon puisse être déstabilisé. Il y a un stress. Vous, la personne malade, êtes complètement recentrée sur vous et vous vous dites, «Mais bon… Qu’est-ce que je vais devenir ?, Est-ce que je vais mourir ?, Est-ce que ça va aller ?, La chimio, est-ce que ça fait mal ?»… Après on avance petit à petit, on découvre les choses. Je me suis posée pas mal de questions sur la chimio : je me dis quand même que j’ai plutôt bien passé le cap de la chimio. Il y a aussi tout ce qui est afférent : le travail, si vous avez des enfants, vous allez devoir être en demi-solde ou pas… Tout cela intervient en même temps… Moi, j’ai continué à travailler : je n’ai pas eu du tout de perte de salaire, je n’ai pas eu de souci par rapport à cela. J’ai eu un système qui était celui de m’arrêter la semaine de ma chimio. De reprendre deux semaines. Ce n’était pas parce que je tenais à toucher mon salaire. C’était juste parce que j’ai fait le choix de toujours être en activité… et de ne pas me laisser submerger par la maladie en restant à la maison, à ronronner, à me demander ce qu’il allait advenir de moi. J’avais vraiment envie d’être dans l’action !



Une passionnée de la presse avec une expérience à l’International ! En savoir plus sur cet auteur


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