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Témoignage de NATHALIE CHILLAN : son cancer du sein, le sien !


Par | Le 25 Octobre 2014 | Lu 3182 fois


L’APPARTENANCE A UNE LIGNEE FAMILIALE
Je vais commencer par la genèse de cette aventure. Je considère que quand on apprend qu'on a le cancer du sein, c'est une aventure qui démarre. On a des aventures qui sont «positives» et d'autres qui le sont moins. Ca n'en reste pas moins une aventure. On part dans l'inconnu, dans plein de choses que l'on ne pensait pas avoir peut-être à affronter un jour… Même si, dans mon cas, je suis issue d'une famille dans laquelle on a pas mal de cancers du sein. Allez, on va dire… sur trois générations ! Ma mère ne l'a pas eu, mais elle a des cousines de son âge qui l'ont eu ! On peut difficilement remonter plus loin parce que cela ne se détectait pas autant avant. Je suis l'une des plus jeunes de la famille. Une cousine à 44-45 ans, sûre en est décédée. Tout le monde n'en parle pas dans la famille. Peut-être qu'il y a des cousines de mon âge qui l'ont eu, mais on ne se voit pas souvent : donc je ne sais pas ou je n’ai pas su… ! Ayant baigné dans cette atmosphère de maladies, du cancer du sein… c'est vrai que j'ai toujours fait attention et j'ai toujours considéré que c'était une épée de Damoclès qui pourrait effectivement me tomber dessus. Donc ça consistait à systématiquement demander à mon médecin traitant ou à mon gynéco de me permettre de vérifier en faisant une échographie, une mammographie tous les 2 ans… donc moi, j’ai 38 ans : ça fait plus d’une dizaine d’années que je fais cela. C’est vrai qu’on avait pas encore identifié le gène chez moi. Je n’ai fait la recherche génétique que quand j’ai su que j’avais le cancer parce que ça m’a été proposé pour confirmer. Quand je demandais de faire ce contrôle, les médecins me répondaient «Mais non, écoutez… si votre soeur n’a rien, si votre mère n’a rien… il faut quelque chose de plus proche… !» Alors, j’insistais parce que je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui était vraiment sur CETTE lignée de la famille. Et je me suis dit, ça doit être pas loin de moi. Donc il me fallait vérifier.
 
JE SUIS MUTEE GENETIQUEMENT… ET, J’AI UN CANCER DU SEIN !
Ce contrôle m’a donné raison puisque la recherche génétique a montré que j’étais mutée. Donc ça impliquait pour moi la mammographie tous les 2 ans mais aussi l’auto-palpation. Assez régulièrement, je touchais mes seins, je regardais si je n’avais pas un ganglion. Je dois avouer qu’à certains moments, j’ai dit qu’il y en avait un et il n’y avait rien. Mais, je préfère être alertée par un petit nodule plutôt que de ne rien dire et de passer à côté. Donc effectivement j’étais déjà sensibilisée et quand j’ai réellement senti un petit nodule en sous-cutané, j’ai demandé à mon médecin ce qu’il pensait. Tout de suite, elle m’a envoyée faire une échographie. Le médecin m’a dit : «Vous voyez, leurs formes m’inquiètent un peu : en général, ils ne sont pas comme cela… on va faire une biopsie». Dix jours après, le cancer du sein est diagnostiqué. Voilà. Je suis déstabilisée, je suis…  je ne sais pas si je peux dire le mot : «a-né-an-tie» ! Après, on peut se faire retirer les 2 seins comme moi - c’est un choix personnel. En prévention. Il y a Angelina Jolie et la chanteuse Anastacia qui l’ont fait. C’est de plus en plus fréquent. Sur MA TETE, mon blog, j’ai mis la semaine dernière un témoignage dans ce sens ((…)) : une jeune femme a fait la mastectomie prophylactique et s’est faite refaire les seins. Ce que j’ai fait, d’ailleurs. Il faut savoir que quand on est porteuse de la mutation, c’est à la fois un gène qui peut vous donner le cancer du sein et aussi  le cancer des ovaires. Donc moi, je suis dans une réflexion aussi pour retirer les ovaires. Après, on peut très bien estimer qu’on fera uniquement de la surveillance. Et qu’on n’a pas besoin de retirer ni les seins ni les ovaires. C’est un choix ! Sachant qu’il y a un fort pourcentage de chances de développer un cancer des ovaires par exemple. Moi, je préfèrerais minimiser les risques. C’est vrai que ce n’est pas évident comme choix.
 
C’EST GENETIQUE : JE DOIS INFORMER CHACUN(E)
Avec ma «vraie» mère, on a discuté. Mais paradoxalement, on n’a pas du tout parlé du fait qu’elle m’ait transmis la maladie ou pas. Je n’ai pas du tout abordé le fait de la transmission du gène. Je n’ai pas abordé les choses sous cet angle là ni sous forme de reproche. J’ai juste abordé avec elle que j’étais porteuse du gène et donc… que c’était forcément elle qui me l’avait transmis et qu’il fallait qu’elle aille aussi se faire surveiller. J’ai tout de suite abordé cet aspect là. Mais aussi avec ma soeur… l’hôpital m’a demandé que la fratrie soit informée (ils peuvent être porteurs du gène et le transmettre à leurs filles ou à leurs fils qui à leur tour le transmettront à leurs enfants)… il m’a été demandé de faire l’information à toute la famille. Je pense qu’il est important de le faire… Il est important que les gens sachent dans la famille ((…))… pour qu’ils se fassent surveiller. En fait, c’est là la responsabilité que j’ai : c’est vraiment de leur dire «il y a ce risque là qu’on a découvert»… et c’est moi, la première malade (puisque ma mère n’a pas développé le cancer du sein, ni ma soeur non plus). Il m’appartient de faire cette information pour que la chaine de surveillance ne soit pas rompue. C’est une responsabilité pour les enfants qui viendront. J’ai envie de dire c’est d’abord un combat pour moi, pour ma soeur (il faut qu’elle se fasse surveiller). Les cancers du sein pour les hommes existent mais sont moins fréquents. Ma soeur a un fils. ((…)) : les hommes ont «de grandes chances» de ne pas être confrontés à cette maladie. Mais sait-on jamais. Effectivement, est-ce qu’ils devront s’interdire d’avoir des enfants. Je ne pense pas. Je pense qu’avec une bonne surveillance c’est une maladie que l’on peut combattre. 



Une passionnée de la presse avec une expérience à l’International ! En savoir plus sur cet auteur


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