Noémotive : « Je n’ai pas calculé ma façon de faire rire les gens, c’est totalement instinctif... »


Par | Le 5 Août 2017 | Lu 7450 fois

Un ovni parmi les humoristes antillais du web. Une fraîcheur faussement innocente, un regard acéré sur nos travers et coutumes locales. Nos fameuses « copinos », les employés qui nous font enrager au quotidien, les « Didine », nos makrelles ou encore nos gazas/loulous sont brillamment mis en scène par Noémie aka Noémotive et c’est tordant. Si les humoristes du web sont de plus en plus nombreux, peu parviennent à se démarquer en créant un style unique et c’est en cela qu’elle marque les esprits des internautes. Elle revisite nos îles à sa manière et sa perspicacité fait mouche. Rencontre avec une jeune humoriste, qui ne manque pas de « sauce pimentée » dans sa verve.



Girlykréyòl : Bonjour Noémotive ! Peux-tu te présenter rapidement aux lecteurs de girlykréyòl ?
Je m’appelle Noémie, j’ai 20 ans et je fais des petits sketches sur la vie quotidienne aux Antilles à travers des vidéos que je poste sur Facebook et YouTube.

Girlykréyòl : Je te suis depuis ta toute 1re vidéo postée sur Facebook. J’ai l’impression que tu as été happée par un buzz imprévu ou bien ton apparition dans le monde des humoristes était-elle prévue ?
Je dirais un peu des deux. Avant de poster mes vidéos publiquement j’en faisais déjà avant pour mes amis et ils aimaient beaucoup, c’est d’ailleurs eux qui m’ont poussée à en poster sur Facebook, je m’attendais à avoir une centaine de j’aime maximum. Mais au 5 000e, j’hallucinais.

Girlykréyòl : Tu fais preuve d’une grande régularité sur ta page Facebook et ton compte YouTube, comment procèdes-tu pour écrire tes sketches et où trouves-tu tes idées de thème ?
Ça me vient tout seul, quand je n’ai pas d’inspiration je demande carrément aux abonnés qui me suivent sur snap de me donner leurs idées. Il m’arrive de ne pas avoir d’inspiration, car j’ai déjà traité les sujets principaux sur les Antilles, alors je me creuse de plus en plus la tête.

Girlykréyòl : Tu as un très grand sens de la comédie, car tu incarnes avec brio de multiples personnages très caricaturaux de nos îles, grâce aux filtres Snapchat, mais aussi avec une vision très acide de chacun d’eux. Serveuse, agent d’accueil, hôtesse, les loulous, les gazas... Comment parviens-tu à jongler entre les personnages avec autant d’aisance ?
J’ai toujours aimé imiter les gens, jouer la comédie, faire rire ma famille et faire des vidéos amateurs avec mes amis. Étonnamment, je suis quelqu’un de très calme et de très observateur, j’analyse absolument tout ce que je vois et je m’approprie ensuite la scène que j’ai pu observer du mieux que je peux.

Girlykréyòl : En parlant de Snapchat, de plus en plus d’humoristes suivent cette tendance des vidéos sous filtres. Quels en sont les avantages et inconvénients ? Ne crains-tu pas une certaine limite ou une lassitude ?
Je m’en suis déjà lassée il y a un petit moment malheureusement. En effet, j’ai l’impression qu’après avoir sorti quelques vidéos avec « mon filtre », d’autres ont commencé à en faire aussi. J’ai toujours dit que je ne garderais pas le format ni le filtre Snapchat pour mes vidéos, car je veux bien plus de qualité que ça.

Girlykréyòl : Nous avons pu constater tes talents d’humoriste, mais tu as aussi l’oreille musicale, puisque tu as su improviser des freestyles faisant honneur à nos artistes dancehall, zouk, ragga... en les égratignant au passage sur la facilité de leurs textes et gimmicks. D’ailleurs, tu as mis en ligne ton tube des grandes vacances. Comment t’est venue l’idée et comment s’est passée la collaboration avec le DJ ?
La musique fait partie de mes premières passions. J’ai pratiqué du violon, de la guitare, je pianote quand je peux et je chante absolument H24. C’est le DJ qui est venu me proposer de le faire, et je me suis dit que c’était une très bonne idée, car les gens étaient nombreux à demander un son après avoir vu ma vidéo du freestyle, alors j’ai sauté sur l’occasion et je compte en faire d’autres, toujours pour le fun.

Girlykréyòl : En parlant de freestyle, le style « noémotive » est particulier, car tu sembles mêler préparation et improvisation. Tes vidéos sont de véritables sketches ou l’humour va crescendo. Tu sembles miser sur l’humour de situation, plutôt que sur le style stand-up. Est-ce une prise de risque réfléchie pour te différencier ? Ou est-ce instinctif ? 
Je n’ai pas calculé ma façon de faire rire les gens, c’est totalement instinctif. Quand j’ai fait ma première vidéo, je ne me suis posé aucune question, c’est tout simplement mon style. Je pense que le style stand-up n’est pas vraiment fait pour moi, je m’amuse bien plus à imiter des gens et des situations.

Girlykréyòl : Tu sembles aussi engagée pour ton île, car tu as pu mettre en avant à travers tes posts, tes commentaires ou via une vidéo, tes rêves et espoirs pour la jeunesse de l’île. L’humour est-il aussi un moyen de dénoncer et faire passer des messages forts ?
Exactement. Les Antilles regorgent de jeunes humoristes et je trouve dommage qu’on ne profite pas tous de notre notoriété et de l’impact que l’on peut avoir sur les gens pour faire bouger les choses et faire évoluer notre Île. J’ai beaucoup de projets pour la Martinique, car j’y vis et je vois ce qui ne va pas, ce n’est pas seulement sur un plan matériel, je parle aussi de certaines mentalités qui nous empêchent d’avancer.

Girlykréyòl : J’ai pu constater ta collaboration avec une autre humoriste « Petit Kouglopf alias Lucile ». Comment avez-vous eu cette idée et est-ce que d’autres apparitions d’humoristes sont prévues ?
Je suis tombée sur une vidéo de Petit Kouglopf et elle m’avait fait mourir de rire. Je lui ai tout de suite envoyé un message pour faire une vidéo avec elle ! Après ça l’idée n’a même pas eu besoin d’être trop réfléchie, Petit Kouglopf joue souvent le rôle d’une métropolitaine assez maladroite qui rêve des Antilles, donc j’ai forcément joué l’Antillaise qui en avait un peu marre de son amie qui voulait absolument faire comme les Antillais.  Pour l’instant, aucune autre apparition n’est prévue, mais ça ne saurait tarder !

Girlykréyòl : Et enfin... il semble que tu prépares la suite des aventures de Noémotive, notamment grâce à la monétisation de tes vidéos YouTube. Peut-on avoir quelques infos sur la vision que tu as sur ton devenir ?
Comme je l’ai dit un peu plus haut, je compte changer de format et miser sur une qualité bien plus optimale que celle que j’utilise en ce moment. J’aimerais totalement « migrer » sur YouTube, car oui, j’ai besoin de financer mes projets. J’aimerais beaucoup me lancer dans la production de petits courts métrages, filmés et montés avec du matériel professionnel.





Marie-catherine IDEL
Je suis auteure de romans, nouvelles et livres jeunesse. J’utilise ma plume en tant que... En savoir plus sur cet auteur