Isabelle AVRIL de KARAIB’CONFISERIES fait ses confidences de confiseur


Par La Rédaction | Le 21 Avril 2018 | Lu 600 fois

Confiseries à la mode de ma Grand-Mère et aux goûts d’aujourd’hui et de demain... Voilà le défi que semble gagner Isabelle Avril qui ravit les palais ici comme ailleurs.


Isabelle AVRIL de KARAIB’CONFISERIES fait ses confidences de confiseur

GK : Comment peut-on reconnaître vos confiseries parmi d’autres ?
IA :
Si on prend l’exemple des pâtes de fruit de Karaib’ Confiseries, 1/ elles ne sont pas très sucrées afin de laisser un maximum de place au goût des fruits et surtout pour aller dans le sens des préconisations au niveau de la santé. 2/ elles sont de petits formats pour permettre une dégustation optimisée 3/ elles ont en bouche, un fort goût de fruits (uniquement locaux) : mes produits sont naturels, pas d’additifs, pas de conservateurs. C’est avec ces atouts que j’ai pu me distinguer devant les jurys, notamment à l’international. Ce sont ces must là qui m’ont valu quelques distinctions. La récompense de plusieurs années de recettes revues, réajustées, éprouvées avec minutie. Je sais goûter, être suffisamment critique sur ce que je cuisine. Je sais surtout ce que je veux obtenir et offrir à mes clients. Il faut donc aussi savoir refaire, re-goûter, abandonner un jus, repartir de zéro, pleurer, douter… et se remettre aux fourneaux quand la lumière re-jaillit… Toujours essayer de sublimer, de s’étonner aussi.

GK : D’où viennent ce déclic et cette passion pour la confiserie ?
IA :
J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt des études de lettres modernes… et, aujourd’hui, je suis fière d’être une réelle autodidacte en matière de confiserie. Ma source, mon inspiration, mon balan en confiserie… je dois tout cela à ma Grand-Mère, celle qui m’a élevée. Oui, j’ai baigné depuis ma tendre enfance, dans un univers sucré : sik a koko, grabio, douselèt, dantèl… qui ont fait vivre ma Grand-Mère bien modestement. Sur ce même terroir de Sainte-Rose, ma Grand-Mère non seulement m’a tout enseigné, m’a tout transmis, a rectifié mes gestes… et est encore là, bien debout et bon palais bon oeil pour goûter mes créations et suivre mes avancées. «Bien merci Grand-Mère d’ainsi veiller aux destinées de ce patrimoine familial culinaire : c’est encore à Sainte-Rose, que je tiens ma boutique et que mes confiseries à ta mode me permettent de faire vivre ma petite famille et de me réussir ici et à ailleurs !». Je me sens privilégiée d’avoir eu un tel parcours et que ma Grand-Mère soit encore vivante pour en direct juger de l’aboutissement de la détermination de cette petite fille qui était à ses côtés quand elle cuisinait et allait vendre.

GK : Etre autodidacte, est-ce un frein ?
IA :
Non l’intérêt de n’avoir pas commencé par un cursus classique, m’a laissé toute liberté de recevoir tel quel le savoir d’antan des mains de ma Grand-Mère. Je n’ai pas été formatée par l’école française ou internationale. Ce n’est que tout récemment, que j’ai éprouvé le besoin d’aller chercher des techniques complémentaires, des notions et des raccourcis qui me manquaient etc. Je me suis mise en quête de l’autre savoir (le classique, le paramétré, le formel) en partant en France faire des formations. J’ai brillamment suivi la session «Chocolat» de l’Ecole Lenôtre à Paris - avec comme formateur, le meilleur ouvrier de France. J’ai pu au-delà des frontières de la Guadeloupe, soumettre mes gestes et mes produits au verdict scrutateur puis approbateur de jurys divers etc…

GK : Qu’en est-il d’un livre avec les recettes de votre grand-Mère revisitées par vous ?
IA :
Je ne diffuserai certainement pas mes recettes car elles sont la synthèse de savoir-faire et secrets ancestraux transmis par une grand-mère à sa petite-fille et depuis devenues les joyaux bien gardés de mon univers culinaire. Tout est consigné, écrit, dessiné etc… sur papier ou dans ma tête toujours au même endroit… Et rien n’est figé : je fais évoluer mes formules, je m’amuse à inventer, à transgresser certaines limites, au gré de mes réflexions, de mes projections, de mes délires artistiques, de mon imagination, de mes pourquoi-pas… au gré aussi des retours des clients (positifs comme négatifs : on ne peut plaire à tout le monde et il faut plaire au plus grand nombre ! et moi, je suis prête à tout entendre de mes clients…). Je pourrais écrire des recettes pour le grand public, mais point livrer les miennes empreintes de toute l’alchimie et amour que j’y mets, et des ingrédients de choix que je collecte chez des producteurs précis etc. Ecrire peut-être mais avec quelque réserve !

GK : Le plus loin que vos confiseries aient voyagé ?
IA :
Je sais pour sûr qu’elles ont pu atteindre le continent asiatique, notamment la Thaïlande. Bien évidemment, elles n’ont pas fait le tour des bouches de la planète… - mais au moins, mes confiseries ont sûrement traversé une partie de la planète dans les valises de mes clients ou de leurs amis, pour aller d’un point à l’autre. En quelque sorte, je me trouve jouer le rôle d’ambassadrice de la Guadeloupe : sur mes ballotins trône la mention «le savoir-faire guadeloupéen». C’est évident que ma participation à des salons visités par les gens du monde entier - participe à ce que mes créations voyagent - en attendant que j’exporte ou m’implante hors de mon territoire. Des ballotins sophistiqués suggérent un produit haut de gamme. Mes confiseries peuvent donc être offertes dans les plus grandes occasions, comme à des gens qui savent apprécier du beau et du bon. Qui sur cette planète a déjà dégusté une des créations de Karaïb Confiseries ?!? Un bon point aussi pour moi - j’en suis immensément fière - c’est d’avoir pu stabiliser la composition de mes produits - sans aucun produit chimique - ce qui leur permet de garder la même saveur (pendant environ 3 mois) s’ils sont conservés hors d’un endroit réfrigéré, dans une température ambiante, à l’abri de l’humidité et de la chaleur.

GK : A qui rêveriez vous de faire déguster vos confiseries ?
IA :
Pourquoi pas au Maître-Pâtissier Hermé qui a un profil qui m’inspire (ses magasins en franchise et sa notoriété…). Et assurément à Oprah Winfrey pour son parcours que j’admire et qui a commencé son combat dès sa jeune enfance. Elle est aujourd’hui parmi les femmes, les entrepreneurs les plus en vue de la planète, toutes races confondues. Elle aura tout bravé : c’est donc possible de réussir comme elle. C’est aussi possible qu’un jour elle goûte mes confiseries. tant que moi et elle sommes vivantes : je peux l’espérer, YES !!!

GK : Pourquoi cette exclusivité pour la cuisine sucrée ?
IA :
J’ai copié-collé ma Grand-Mère et ses confiseries. Et en plus de cela, j’ai une bouche très sucrée. Par bonheur pour ma silhouette et ma santé, je n’ai point grossi durant toutes ces années alors que je suis seule aux fourneaux. Je suis très gourmande et je goûte tout ce que je fais…mais je ne m’attable pas pour manger des confiseries.

GK : A quelle occasion vos petites merveilles vous ont fait le plus honneur ?
IA :
Quand j’ai passé mon concours d’Epicerie Fine, à Paris et que j’ai été médaillée d’argent. Il me faut reconnaître que depuis la création de cette entreprise, il y a près de 15 ans, j’ai eu beaucoup de reconnaissance, ici : de la part notamment de la Région, de la Mission Locale (concours de création d’entreprise, Famn Région Guadeloupe en 2004…) pour le caractère innovant de mon concept, etc. Malgré les nombreux encouragements de mon époux (mon partenaire en affaires - oui, c’est une affaire familiale en quelque sorte) et les félicitations renouvelées de mes clients et amis, j’ai voulu à tout prix aller plus loin et décrocher une sorte de reconnaissance, afin que la qualité de mes produits soit officiellement légitimée. J’ai voulu me confronter à des jurys, à des pairs, à des grands chefs, à des gens et institutions hors de notre archipel. Et des grands de la confiserie m’ont accordé leur satisfecit. Oui, il faut pouvoir quitter sa zone de confort - n’est-ce pas ! Et un packaging plus adapté a alors suivi. Le salon de l’Agriculture et la Foire de Paris, sont les salons que je fais régulièrement et les clients eux-mêmes me disent «à l’année prochaine». Karaïb’ Confiseries offre la possibilité à ceux qui ne sont pas en Guadeloupe de commander online et de prendre livraison sur un de ces salons. C’est réconfortant d’avoir des habitués, des inconditionnels… comme sur le principe d’un fan-club ! Mais je suis aussi attendue par plus d’un au niveau de mes nouveautés et dans le fait de maintenir la qualité voire d’être encore meilleure chaque fois. C’est un challenge de taille. Il y a un prix à payer quand on veut réussir !

GK : De quoi êtes vous faites ? qu’est-ce qui vous aide à réussir, à gagner ?
IA :
Je suis perfectionniste. Quand je fais quelque chose j’ai souvent une idée très précise de ce que je veux. Et donc je demande aussi à mes prestataires d’aller jusqu’au bout (mon site, mes packagings…). Je n’aime pas les choses standardisées. J’ai un goût aussi très prononcé pour la décoration, le beau et ce, depuis très jeune. J’aime surprendre et me faire plaisir. C’est moi qui fait la mise en style de chacun de mes produits. Aucun produit ne «sort» sans ma validation. Un concept innovant auquel j’ai pu me tenir jusqu’alors, c’est d’offrir une expérience inédite à mes clients - à savoir, composer le contenu du ballotin (online, comme à la boutique, comme dans les salons). Le client choisit en fonction de ses envies, de sa curiosité, de ses souvenirs, des recommandations qu’on lui a faites pour tel ou tel goût… En fait, j’ai la grande satisfaction d’avoir trouvé un heureux compromis entre le traditionnel et l’artisanal (les recettes de ma Grand-Mère, les fruits locaux selon leurs saisons…) et le haut de gamme (des petites portions, une présentation sophistiquée, un grand choix en quantités suffisantes, un goût de plus en plus fin…). Je m’accorde la grande liberté de revisiter certaines douceurs d’antan lontan : doucelettes aux amandes et noisettes, chadek confits à l’orange… Je n’en dit pas plus : c’est à découvrir sous le palais. C’est maintenant que je trouve satisfaction avec mes prestataires (photographes, webmaster, fabricants de packaging etc…) qui arrivent à retranscrire fidèlement ce que je veux. Oui je suis une directrice artistique. J’ai un avis sur tout et sais exactement ce que je veux. Les voyages, les salons, les rencontres professionnelles, les enseignements reçus, mes recherches etc continuent à affûter tout cela en moi. Ceux qui m’accompagnent dans l’aventure, mon époux, mes enfants (depuis leur plus jeune enfance ont montré de l’intérêt et de très bonnes dispositions), mes partenaires, mes collaborateurs partagent tous avec moi l’amour du travail bien fait, la passion, la quête de l’excellence, le respect du client, la rigueur dans les conditions d’hygiène etc. Je crois pouvoir dire que mes alter ego sont en bon ordre de fonctionnement et de mimétisme même quand je m’absente : nous nous sommes bien trouvés !

GK : Dans 10 ans…
IA :
Pour ne pas en dire trop… j’entrevois un concept toujours plus haut de gamme et à l’international. J’ai déjà le label de Confiserie Artisanale Haut de Gamme. Mais tant et tant reste toujours à faire, à découvrir, à conceptualiser, à observer… Je n’ai pas vraiment de mentor dans la confiserie. Ma star, ma source, ma force incontestée, indéboulonnable c’est ma Grand-Mère et à jamais. Si ce n’était elle, je n’aurais été là. Certes loin d’elle l’idée que j’aurais fait les choses prendre cette direction et cette allure-là. Bien sûr je ne cesse d’observer mes pairs : mais je picore de l’inspiration chez chacun, selon les occasions et sans préférence marquée pour aucun. Je sais devoir parcourir du chemin avant d’atteindre leur notoriété. Mais je resterai toujours dans le savoir-faire traditionnel tout en atteignant les sommets du très très haut de gamme si ça existe. Mon produit chouchou n’est pas nécessairement le plus vendu. C’est la doucelette de ma Grand-Mère, produit pour lequel les clients sont très exigeants. J’ai beaucoup trimé, pleuré, échoué, défait et refait cette fameuse recette que m’a enseignée ma Grand-Mère : c’est plus difficile qu’on ne le pense de faire une doucelette digne de ce nom. Je parle de la doucelette de mon enfance qui a un certain côté fondant en bouche, une certaine couleur, une certaine consistance… Je ne l’ai revisitée, déclinée, personnalisée que quand j’ai parfaitement maîtrisé la recette authentique. Un des mes challenges principaux, c’est à partir de ces recettes d’antan, d’initier les papilles de mes clients à des déclinaisons originales (du fait d’ingrédients supplémentaires) ou insolites (un goût prolongé, une texture sur la langue quelque peu différente…), trouver des façons de les présenter peut-être autrement sans m’éloigner de leur essence première.

GK : Votre participation à l’entrepreneure Day  2018…
IA :
C’est une belle occasion qui m’est offerte de porter mon témoignage, de présenter mes produits et de faire plaisir. Transmettre et échanger mon retour d’expérience sans langue de bois : oui, entreprendre en Guadeloupe n’est pas du tout chose facile ! Il faut persévérer si on est déterminé à entreprendre. Rêver. Etre passionné. Se renouveler. Consigner ses idées, ses modèles sur un cahier de projets et de rêves. Toujours être critique de ce que l’on fait. Ecouter. Vouloir grandir en apprenant. Ne pas perdre de vue que le client est roi : c’est lui qui nous fait vivre. Rester réaliste et raisonnable sans trop se donner des limites, tout en cadrant un peu ses élans créatifs. Savoir reconnaître ses points faibles : moi, j’ai le bonheur de pouvoir partager la partie commerciale avec mon époux et à une de mes filles qui sont très doués pour cela. Savoir apprécier ses forces et ses talents et les optimiser. Ne jamais perdre de vue qu’il y a de la place pour tout le monde : chacun n’a qu’à faire autrement et encore mieux que son voisin. Ne pas hésiter à traverser les mers et les frontières. Et quand on est femme : ne pas jouer à la femme mais être femme dans son excellence. Bien organiser ses vies (femme, mère, boulot, épanouissement personnel…) comme on sait le faire. Bien combiner et orchestrer plusieurs choses en même temps en tentant de distinguer les urgences et les priorités. Profiter de notre sensibilité souvent exacerbée pour créer autrement. Faisons de nos caractéristiques féminines, des atouts, pour faire et réussir autrement, comme cela nous va. Nou fanm ka poté ou ki pé poté mannèv, an nou ay… pou nou swingé !

Merci GK.

Facebook
Site