Flo : « Il est vrai que j’ai dû batailler pour m’imposer sur la scène et je le fais encore… »


Par La Rédaction | Le 23 Mai 2018 | Lu 454 fois

Native de Guadeloupe, vivant à Miami, la chanteuse/rappeuse/militante publie son premier album avec des textes personnels, un mélange de créole et d’anglais qui se complètent à merveille donnant ce style kako*. Elle rappera sur la SCÈNE OTANTIK du Festival Éritaj.


© ReedzEye.com
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Girlykréyòl : Qui se cache sous le pseudo de Flo ? Parlez-nous un peu plus de vous.
Flo :
Pas trop de cachotteries, ma musique reflète pas mal qui je suis… introspective sur mes cheminements personnels, sensible aux injustices, attachée à ma culture, et une touche d’humour pour parler d’amour avec un grand ou petit « A »… Pour sûr, une romantique se cache sous FLO ainsi qu’une « small island girl » avec des « big city dreams », mais pour cette dernière facette, je ne crois pas qu’elle soit vraiment cachée !

Girlykréyòl : Quel est votre parcours musical ? 
Flo :
Je suis tombée dans la marmite du hip-hop dans les années 90 et depuis je n’ai jamais lâché le mic ! J’ai évolué au sein de plusieurs groupes (Incognitwo, Dark Side Island) puis en solo quand je suis partie aux États-Unis. J’ai participé au Pass Di Rhum Riddim d’Exxòs, aux Caribbean Sessions du KSS, été invitée au BET hip-hop Awards en 2007 (aux côtés du légendaire DJ Premier, et de lyricistes tels que Cassidy, Ras Kass ou Joel Ortiz) j’étais d’ailleurs la première francophone à passer dans ce cadre. J’ai sorti 4 mixtapes accompagnée de DJ prestigieux de Miami comme DJ Epps ou A Fly Guy, ainsi qu’une dizaine de singles. Aujourd’hui, je viens présenter mon premier album commercial « A Long Time Coming  » qui est sorti le 23 mars dernier. Je suis super excitée de faire découvrir mon bébé ! 

Girlykréyòl : On a l’impression que le rap est un univers sexiste, difficile pour la femme de s’imposer, pourquoi avoir choisi cet exercice de style ?
Flo :
Le style m’a littéralement choisie ! J’ai toujours été bien entourée de « grands frères de son », du coup je n’ai pas beaucoup ressenti ce sexisme de manière directe. Mais il est vrai que j’ai dû batailler pour m’imposer sur la scène et je le fais encore… C’est surtout en termes d’image ; parfois, on a vraiment l’impression que sans vendre une image sexuelle on n’arrivera pas à percer. Ça peut être très très frustrant… C’est pour cela que je tiens à un titre comme « Babygirl  » qu’on retrouve sur mon album et qui est destiné aux jeunes filles, pour leur inspirer de rester elles-mêmes, de se respecter et leur rappeler qu’elles peuvent réussir sans tomber dans certains de ces pièges sexistes justement… En tout cas, j’aspire à amener cette alternative.

Girlykréyòl : De la Guadeloupe à Miami. Un premier album : A Long Time Coming, anglais, créole. Comment qualifierez-vous votre musique ?
Flo :
Je dirais même de la Guadeloupe à Bordeaux en passant par Orlando pour « finir » à Miami ! L’album est en effet 50/50 écrit en créole/anglais. Je m’inscris clairement dans le mouvement hip-hop, mais j’ai pas mal d’autres influences musicales sur l’album. Par exemple, le titre avec Jean-Michel Rotin, When you come around, est une sorte de zouk/R&B/rap ; il me plonge dans une vibe « on ti lapli si tòl » avec quelqu’un qui te fait vibrer. One Love avec Djahibre est un reggae/hip-hop dont l’inspiration m’est venue par l’expérience d’un ami haïtien dont le neveu a été tué après avoir été victime d’un kidnapping à une période où il y en avait beaucoup en Haïti, ça m’a beaucoup touchée. Sur O lé Répondè avec Wozan Monza c’est du beatbox/boulagèl, un gros délire qui mélange tradition et modernité. An Rèv an Mwen est très kako, pour celui-ci je dois remercier certains ex de m’avoir inspirée (rires), mais c’est aussi un peu une réflexion (aux deux sens du terme) de et sur nos tendances à saboter nos propres relations… là-dessus, les « Chawoyo » de Dominik Coco, hommage à Guy Conquet, donnent un style un peu mystique au morceau. Avec Exxòs aux manettes de la plupart des compositions de l’album, le style kako est définitivement présent, avec un petit faible que nous avons en commun pour les styles électro et rock. 

Girlykréyòl : Compositrice, auteure... Écrivez-vous facilement ? D’où vous vient votre inspiration ?
Flo :
Auteure seulement. J’ai mes phases d’écriture, je ne suis pas une personne qui écrit très vite, mais facilement quand même. En vérité, tout peut amener une inspiration, un bon thé, un après-midi pluvieux au calme, l’anxiété, les ambitions, la solitude, une soirée entre copines, tout ce qui interpelle de près ou de loin peut devenir un sujet d’écriture..

Girlykréyòl : Lors de votre SCÈNE OTANTIK pendant le Festival ÉRITAJ, MÉMOIRES VIVANTES, qu’allez-vous proposer au public, à vos fans ?
Flo :
Je souhaite partager une énergie positive avec le public, me (re)présenter à lui aussi d’une certaine manière, car cela fait longtemps que je n’ai pas foulé une scène caribéenne, et bien sur an vin Krazé sa ! LOL 

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*« Le kako fait l’alliance entre les musiques traditionnelles de Guadeloupe avec les sonorités modernes et musiques électroniques dites “urbaines”. Ce mouvement musical né dans les années 2000 est représenté par le compositeur, beatmaker et producteur Exxòs mètKakOLa. En collaboration avec le beatmaker dOUb6, il évolue avec des artistes de toutes les générations tels Erick Cosaque, Dominique Coco... » Wikipédia