Erik Pédurand rend hommage à Mona


Par La Rédaction | Le 7 Mai 2016 | Lu 1556 fois

Après son 2ème album « École créole », Erik revient aux rythmes fondamentaux : le tambour, le Ti-bois, identités de la musique traditionnelle de la Martinique tout comme « le Bèlè ». Il se réapproprie le chant d'Eugène Mona, « le nègre debout », chanteur qui a laissé son empreinte dans le patrimoine de la musique martiniquaise. Et même si des générations les séparent, à travers la transmission, Erik continue de défendre l'identité créole.


© Cortney Armitage
© Cortney Armitage
Monument de la musique traditionnelle martiniquaise, dites-nous en 10 qualificatifs ce que symbolise Eugène Mona pour vous ?
Erik Pédurand (EP) : Pour moi, Mona symbolise avant tout la folie douce, la transgression, le courage, l'entièreté, l'indépendance, la lucidité, la rage, la mélancolie, l'audace et la poésie.

Comment est née votre envie de chanter, de revisiter sa musique, le Bèlè ?
EP : 
J'ai grandi en Guadeloupe où l'empreinte d'Eugène Mona n'est malheureusement pas aussi visible qu'en Martinique. J'ai découvert son œuvre plutôt récemment, il y a deux ou trois ans, par le biais de Manuel Mondésir, mon ancien producteur. Il m'avait offert un ouvrage sur la vie de Mona. C'est seulement en août dernier que j'ai eu la chance, sous la proposition de Thomas Boutant, de saisir la musique de Mona et d'en faire une nouvelle interprétation avec le concours du groupe The Keeys.

Erik, cet album EP est une collaboration avec le groupe THE Keeys, pourquoi ?
EP :
 Au moment d'écrire École Créole, mon deuxième album, je cherchais un son nouveau, je voulais constituer une équipe de compositeurs capables de jouer aussi bien qu'ils écrivent, ce qui est rare. Avec l'aide précieuse de Gwen Ladeux et de Ralph Lavital nous avons constitué une équipe de musiciens aux influences multiples, urbaines, caribéennes, parisiennes, avec des accents jazz et des couleurs actuelles. The Keeys, c'est ce groupe hors norme, à la fois branché et enraciné qui m'accompagne désormais dans la plupart de mes projets musicaux.

Avez-vous ensemble hésité sur les choix des chansons, de la réinterprétation ?
EP :
Absolument pas, les choix ont été faits instinctivement, sans questionnement ou débat. Nous allons toujours dans le sens de l'évidence.

Après 3 scènes, Paris, Guadeloupe et Grenade, dans quel état vous sentez-vous ?
EP :
Je me sens confiant et plein d’énergie. Quand on prend des risques dans son art et qu'on se sent porté par le public, il n'y a rien de plus précieux. Les îles anglophones n'accueillent pas souvent des artistes du monde francophone, c'est avec beaucoup de surprise que nous avons constaté l’engouement du public pour Tribute To Mona.

Mona se disait « artiste créole », il cassait les codes. Existe-t-il un parallèle entre lui et vous ?
EP :
Je n'irai pas me comparer à un artiste qui a vécu une toute autre réalité que la mienne, ce serait irrespectueux, mais je reconnais en lui certaines caractéristiques de mon inspiration originelle, comme l'envie d'aller au-delà de ce qui est. Mona a été longtemps incompris et j'ai pu quelquefois vivre avec le public des expériences comparables, mais je n'ai pas cette folie douce qui l'animait, je suis quelqu'un de plutôt rationnel.

Conclusion, que devrions-nous retenir de cet hommage ? Est-ce votre come-back ? Un retour aux sources ?
EP :
Un peu des deux, Tribute to Mona m'offre effectivement la possibilité de retrouver la scène avec un album EP innovant, enraciné, qui témoigne de mon engagement culturel et artistique. J'avais envie d'entendre le tambour résonner de nouveau sur la scène et vibrer avec le public.

BIO EXPRESS D'ERIK PÉDURAND

Né en 1985, c'est dans le quartier de Bergevin à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) qu’Éric grandit. Une enfance créole dans une famille de musiciens, bercée par la musique de Kassav, le rythme du Gwo Ka et les textes de Jacques Brel. Très tôt, il se passionne pour les disques de son père.
Il fait la rencontre de son premier public vers l’âge de 17 ans, en retenant l'attention lors de son passage à un télé-crochet diffusé en Guadeloupe. 
Erik s’envole pour la France après son baccalauréat, il naviguera entre les bancs de la Faculté (il décrochera son Master en Langues Étrangères Appliquées) et les scènes under­grounds parisiennes, c'est à cette période qu'il rencontrera les musiciens qui composeront avec lui ses premières chansons. Son premier album, « Chayé Kow », sorti en 2008, comporte ses meilleurs succès : « Si ou pa la » et « On bèl jouné » le révèlent au public caribéen, avec une consécration en 2009, puisqu’Erik est élu révélation de l’année aux Trophée des Arts Afro-Caribéens à Paris. 
En 2010, il joue à guichet fermé dans la prestigieuse salle de La Cigale et part en tournée en première partie des pionniers du Zouk, le célèbre groupe Kassav.
2013, le deuxième album École Créole est influencé par les rythmes d'Afrique, le Gwo ka, la Mazurka, la Soul et est dès sa sortie récompensé par le prix « Coup de Coeur - Musique caribéenne » lors de la Cérémonie de remise des Elwa D’or (Guadeloupe). 
Depuis 2016, l'artiste compositeur/interprète fait un joli retour gagnant avec Tribute to Mona, un hommage singulier à Eugène Mona en collaboration avec le groupe The Keeys. Que ce soit en français, en anglais ou en créole, Erik réinvente, balance, déroute avec ses mélodies de Gwo ka, blues, soul, jazz.
 

Les images sont extraites du court métrage Nightmare Before Wedding de Fabienne Chomaud.
Actrice : Karine Pédurand.

 

Erik Pédurand rend hommage à Mona

BIO EXPRESS D'EUGÈNE MONA

Eugène Mona, décédé en 1991, est un auteur/interprète/poète/compositeur/flûtiste. Il est né le 13 juillet 1943 en Martinique sous le nom de Georges Nilecam. Surnommé « le Nègre debout » ou « poto mitan », il a grandi dans l'univers de la musique (fils de musicien), et c'est à l'âge de 15 ans qu'il remporte son premier concours de chant créole. 
Avec sa flûte en bambou, il interprétait et remettait en scène la musique traditionnelle martiniquaise, tout en revendiquant ses héritages africains, européens, mais aussi indiens en introduisant notamment des sonorités tamoules dans ses rythmes détonants. Son style musical est inimitable (l'homme était aussi complexe), il dénonçait les injustices, mettait en avant les faits d'actualité, la politique, etc. 
À la recherche de sa quête spirituelle, ses chants renfermaient un puissant contenu littéraire créole. Il fit quelques apparitions au cinéma, tantôt en tant que comédien (dans Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy), tantôt en tant que compositeur.
En Martinique, une avenue (inaugurée en 1992 par Aimé Césaire) ainsi qu’une école portent son nom. Il n'a pas été souvent compris de son vivant, mais après sa mort, on rend hommage à son œuvre, puisqu’il figure parmi les grands-maîtres de la culture traditionnelle martiniquaise, mais pas que du patrimoine musical caribéen, « dans le bois brûlé de nos cœurs » (1).

Discographie : Bwa brilé (album) - Ti bouchon (album) - Mi bach/Doudou Ménard (album) -Ti malo/Mi mwen mi ou - Ma maman m'a dit (album) - Pa fè lang fo (album) - Tanbou seryé (album) - Témoignage (album) - Blan manjé (album)

Source : Wikipédia ; tout-monde.com [fondé par Édouard Glissant]
(1) extrait de "La flûte des mornes" du poème d'Ernest Pépin