Girlykreyol - Webzine féminin des Antilles-Guyane
Girlykréyòl
Facebook
Twitter
Mobile
Girlykreyol - Webzine féminin des Antilles-Guyane

Dossier : FÊTE DES MAMANS SPÉCIALE


Par | Le 17 Mai 2014 | Lu 1518 fois


Contribution d'Anne-Marie FERGE-GUEMBE

TRANSMISSION DE MÈRE À FILLE DANS LE CONTEXTE ANTILLO-GUYANAIS 
 
Si dans de nombreuses sociétés la transmission des valeurs s’opère par le biais de la relation mère/fille dans les sociétés antillaises celle-ci prend une acuité particulière. La mère reste l’axe central autour duquel la maisonnée s’organise. Malgré une nette percée de la famille nucléaire, «la famille» pour l’essentiel, se compose de plusieurs générations de femmes et la mère reste sacrée ! Elles élèvent des enfants de même père ou de pères différents et y accueillent, éventuellement un oncle ou l’actuel compagnon !
 
Et c’est la mère qui en tressant sa fille chuchote: «Fanm pa fanmi a nonm !», «Fanm sé chateng, nonm sé fouyapen !» «Pa jalou ayen a pon moun, ou pasav kisa yo fè pou trapé-y !» ainsi, très tôt, les contours de «la famille» sont dessinés, la capacité de résistance des femmes mise en exergue, la nature différenciée des sexes fixée, les mises en garde énoncées.
 
Les mères jouent un rôle majeur dans l’acquisition des apprentissages, «le goût du bon mangé» ou le choix des études ou de l’alliance à un homme socialement pourvu et «clair» de préférence pour tenter d’échapper à une condition sociale défavorable. C’est encore elle qui met en garde contre l’apreté de la vie : «Lavi sé on konba», «Fow goumé pouw woté ko aw adan nwèsè» «Bonmaché ka kouté chè !»
 
L’idée qu’une mère, par nature, se sacrifie pour ses enfants reste, en Guadeloupe tout au moins, très présente dans les valeurs que l’on se transmet de mère à fille.
 
Les mères sont aussi la courroie par laquelle sont transmissent des valeurs comme la soumission naturelle de la femme à l’autorité d’un «masculin/maître», elles savent aussi s’y prendre pour faire intégrer l’idée d’une fatale assignation conséquente à la couleur de la peau. Sans compter les idées auxquelles l’on se réfère au-delà de la mort des mamans.
 
Ni l’éloignement, ni le temps, ni les nouveaux modes de communication ne sont venus entraver ce processus. Au contraire, la transformation des familles occidentales (multiplication des familles monoparentales ou recomposées) et le rôle qu’y jouent de plus en plus les mères donnent une espèce d’attestation à cette représentation.
 
Aujourd’hui, difficile de distinguer les messages transmis en langue créole de ceux transmis en langue française. La langue créole ayant gagné son statut de langue, sauf dans quelques groupes sociaux résistants, on note un usage indifférencié de l’une ou l’autre langue.
 
Certaines périodes sont favorables à l’accélération du processus la transmission : les premières règles, la grossesse, l’accouchement, la construction de la maison ou la mort sont des moments de plus grande intensité.
 
Nous, travailleurs sociaux, intervenons à l’endroit même où ce lien est endommagé voire toxique pour la fille qui aura, du fait de la qualité de la transmission, intégré des normes en contradiction avec sa propre liberté, son épanouissement et entravent une démarche d’émancipation. Lorsque les messages qui lui ont été transmis la portent à croire qu’elle est une chose par exemple !
 
Si on pourrait craindre un désir de refaire une même que soi les mères aspirent tout de même à ce que leurs filles s’en sortent mieux qu’elles !
 
Si notre société encense les mères il faut rappeler que toutes n’ont pas les moyens d’être des mères qui protègent, éduquent ou promeuvent leurs enfants. Mais ce qui dans la relation a été mal engagé ou qui s’est mal construit peut, le plus souvent, être repensé pour réparer une relation qui a été blessée.
 
 
Anne-Marie FERGÉ-GUEMBÉ
Assistante Sociale & Conseillère du travail



Une passionnée de la presse avec une expérience à l’International ! En savoir plus sur cet auteur


Facebook
Twitter
Mobile