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Dossier : FÊTE DES MAMANS SPÉCIALE


Par | Le 17 Mai 2014 | Lu 1499 fois


Contribution de Franck GARAIN

LA RELATION ENTRE LA MERE GUADELOUPEENNE ET SES ENFANTS EST MARQUEE PAR L'HISTOIRE
Sa descendance est, dans la société traditionnelle, au cœur de ses préoccupations. A ce niveau, les parents considèrent l’éducation des enfants comme un critère de distinction et de réussite. Un enfant bien élevé fait la fierté de ses parents, plutôt que la richesse de ses vêtements. Ainsi, la parole des mères sera-t-elle orientée sur : 1/ la gestion du comportement, 2/ la relation aux autres, 3/ la relation à son propre corps. Autour de ce triptyque, s’est élaborée une parole populaire qui s’est coulée dans les proverbes, dictons et maximes qui constituent tout un éventail préventif populaire plus particulièrement à l‘adresse des filles. Ces paroles sont constitués presqu’essentiellement d’interdits, de ce qu’il ne faut pas faire…Mais elles constituent aussi une éducation permanente à la fonction de mère comme figure totémique de la société :
Ou sèten manmamn w ou pa seten  papa w : Papa ti moun’ sé  sèkrè a manmamn
An pa ka woté boyo pou mèt paiy
Mété manman an di fé pou pitit’, pitit ké manjé y ; mété pitit’ si difé pou manman, i pé ké manjé y
Makak pa ka touvé pitit’ ay lèd
On manman sé on bol a kouvèti
Poul pa ka lésé manglous’ pwan pitit ay
Pa ni pi bon koté ki a ka manman
Tété pa janmen two lou pou lèstonmak
Makak pa ka touvé ti moun ay lèd
Kouyon ka fè fon si kananri  a bèlmè
Bèl mè pa manman
Sa ki manman chien, sé chien
An sé manman, an sé papa
 
Beaucoup de ses expressions ont une portée générale, mais quand elles s’inscrivent dans la relation mère fille, elles invitent à la prudence dans une espèce de contradiction indissoluble qui apparait dans le raisonnement, entre le  désir de satisfaire à la norme sociale qu’est le mariage tout en s’aménageant une arrière cour de liberté :
Dan é lang ka faché
Gran fanmi, gran  mépwi
Kod a zyanm ka maré zyam
Maiyé pa ni dan
Ou sav sa ou ka kité
Sa  ki enmé gonbo, enmé fèy ay
Mayé sé pa rédi chèz bò tab.
Lè ou mayé pa ni vwayagé
Apatoudi mayé, sé ménnaj ki mèt
 
La parole de la mère est aussi une éducation à la méfiance, à être sur ses gardes :
Ayen fôsé pa bon
Apwé ri, sé pléré
Bèf dèyè ka bwè dlo sal
Bèl bouko, mové mori
Bon kòk ka chanté an tout poulayé
Sé la bayè ba, bèf ka janbé
Bon bèlmè, mové manman
Bon valèt ka trapé koud’ pyé
Zanmi  ki fè si krab pa ni tèt
Bon zanmi épi chyen, kannari si tab
 
On pourrait multiplier à foison, ces exemples qui marquaient de façon durable le rapport mère fille jusqu’aux années 80. Aujourd’hui, la parole s’est matérialisée en ce sens qu’elle est une parole d’intendance, quand elle existe. L’irruption des medias, des jeux vidéo,  des tablettes,  le changement intervenu dans la façon d’habiter ont ouvert une brèche dans la relation parent-enfant et plus précisément dans la relation mère fille. Il y peu de parole, mais des mots, des consignes qui régulent le fonctionnement du groupe familial. Or, il est important que la parole circule. Qu’ils ne l’écoutent pas aujourd’hui,  ils s’en souviendront demain, tout de même !
 
Franck GARAIN
Sociologue & Père de 3 filles

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