De la France aux États-Unis, quatre entrepreneures antillaises font bouger les lignes


Par Fabiola Dor | Le 21 Avril 2018 | 0 commentaire(s)


Convaincre le premier client, faire grandir sa startup, réussir sa levée de fonds... Nous avons rencontré quatre entrepreneures originaires des Antilles. Ces cheffes d’entreprises nous racontent leurs expériences à travers le monde, sans langue de bois.



Qu’en est-il de l’entrepreneuriat féminin aux Antilles ? Les Martiniquaises sont celles qui entreprennent le plus… Tel est le résultat d’une étude de l'Insee, publiée l’an dernier. En Martinique, 37% des chefs d’entreprises sont des femmes (soit 4 points de plus que sur les autres territoires ultramarins) contre 28% en France Hexagonale. Autre point positif pour la gente féminine, “les entrepreneuses sont beaucoup plus visibles aujourd’hui, fait remarquer Vanessa Bolosier, la fondatrice de Carib-Gourmet qui met en valeur les produits du terroir antillais. Mais, malgré ces signaux favorables, les femmes entreprennent toujours moins que les hommes.

Comment expliquer cette disparité ? Est-il plus difficile d’entreprendre quand on est une femme ? Est-ce plus dur quand on est une entrepreneure d’origine antillaise ? “Nous avons à peu près les mêmes problèmes que toutes les femmes entrepreneures, nuance Shirley Billot, la fondatrice de Kadalys, une marque de cosmétiques naturels à base de molécules extraites du bananier, qui navigue entre Paris et la Martinique. Nous souffrons presque toutes du syndrome de l'imposteur et nous avons plus de charge mentale que nos homologues masculins...”.

“Faire deux fois plus attention que les autres”

Dans l'éventail des problématiques liées aux femmes, Vanessa Bolosier souligne notamment le sexisme qui n’a pas de frontière. “Il faut apprendre à jongler avec des collaborateurs un peu tendancieux”, regrette cette fervente défenseuse de la culture antillaise qui est aussi l’auteur de Créole Kitchen, un ouvrage culinaire sur les mets des Antilles, publié dans 5 pays. “Nous devons faire deux fois plus attention que les autres”. Et pourquoi ? “Nous sommes dans de petits territoires donc une réputation peut être vite faite”, précise-t-elle.

L’insularité serait-elle un handicap ? “Bien au contraire”, répondent à l’unanimité les quatre speakerines de L’entrepreneure Day, notre événement dédié à l’entrepreneuriat féminin en Guadeloupe, le 27 avril prochain. “Mon parcours atypique m’a ouvert pas mal de portes, confie Ingrid Maisonneuve-Chaine, la fondatrice Shopîles, une startup qui se charge de réexpédier des colis vers l’Outre-mer. L’an dernier, par exemple, lors de la journée de la femme digitale, il manquait la “femme noire”. Évidemment, j’étais la bonne cliente”. Même ressenti pour Mairé Rosa, fondatrice de Relay Shop USA, installée à Atlanta qui a choisi de faire de son histoire un atout. “C’est très bien pour le storytelling et la culture antillaise est super bien perçue aux États-Unis ”

“Tout n’est pas tout rose”

En revanche, malgré ces belles histoires, elles pointent toutes quelques spécificités qui ne favorisent pas toujours le développement de leur activité : la petite taille du marché, le manque de structure d’accompagnement…

Shirley Billot se souvient de ses débuts pas toujours évidents : “Pour la R&D, ce n’est pas facile de trouver les bons outils. Comme l’ont constaté tous ceux qui vivent en région, tout est souvent centralisé à Paris”, explique celle qui prône la mobilité. Et comme, tout entrepreneur qui se respecte, elle a appris à trouver des solutions, et ce même quand elles ne sont pas dans son périmètre géographique.

Du côté de Vanessa Bolosier, installée au Royaume-Uni depuis plusieurs années : “le plus difficile a été de trouver les bons interlocuteurs”, indique celle qui opte désormais pour le bouche-à-oreille. Une expérience similaire à celle d’Ingrid Maisonneuve-Chaine qui mise tout sur les réseaux sociaux : “J’ai essayé d’autres canaux de communication, mais Facebook a toujours été le plus efficace”. Pour Mairé Rosa, startuppeuse à la tête d’une équipe de 7 personnes, qui a d’ailleurs démarré sur Facebook : “ le plus important c’est de se lancer”.

“Il m’a été plus facile de convaincre des partenaires à l’étranger”

Mais, comment dénicher son premier client ? Un vrai casse-tête pour certaines ! “Cela a été plus simple de convaincre des partenaires à l’étranger qu’en France hexagonale”, pointe Shirley Billot qui regrette le manque de soutien de la communauté, malgré l’aide de l’écosystème agricole. Autre challenge : dénicher des fonds et convaincre les investisseurs. Là aussi, elle opte directement pour l’international.

Dans la conquête des investisseurs, Ingrid Maisonneuve-Chaine, a aussi essuyé plusieurs refus. Est-ce que plus difficile de lever des fonds aux Antilles ? “L’éloignement, le manque de connaissances de nos territoires entraînent beaucoup d’inquiétudes du côté des investisseurs”, estime celle qui a fini par lever 100.000 euros en 2014. Mais, si j’avais su, j’aurais demandé une somme plus importante”. Ce manque d’audace est d’ailleurs un vrai handicap pour beaucoup d'entrepreneures. Au moment de lever des fonds, “les créatrices d’entreprise demandent en général 500.000 dollars, quand les hommes n’hésitent pas à demander un million”, regrette Anne Ravanona de Global Invest Her, une plateforme qui aide les entrepreneures à lever des fonds. “Mais je ne referai plus les mêmes erreurs” assure la fondatrice de Shopîles qui prépare actuellement l’ouverture de nouveaux bureaux à la Réunion.

INFOS PRATIQUES : L’entrepreneure Day, notre événement dédié à l’entrepreneuriat féminin en Guadeloupe. Pour en savoir plus, c’est ici !




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