Admiral T : « Je vis créole, je mange créole, je pense créole »


Par | Le 6 Août 2016 | Lu 5983 fois

Ils s’appellent Saïk, X-Man ou encore Kalash. Leurs parcours sont différents, leurs expériences diverses, mais tous ont un point commun : leur amour de la musique a été nourri par l’ascension d’un artiste, Admiral T. Christy Campbell pour l’état civil est l’idole de plusieurs générations, le chantre du dancehall, un homme aux multiples facettes. Il s’est confié à la rédaction de Girlykréyòl à propos de son parcours et de ses projets à venir.


Admiral T : « Je vis créole, je mange créole, je pense créole »

Girlykréyòl : Avec déjà vingt ans de carrière, des prestations dans la Caraïbe, en Europe, en Afrique ou encore en Amérique, quel est le secret de la réussite d’Admiral T ?
Admiral T :
Je n’ai pas vraiment de secret, je dirais que c’est une question de travail et d’humilité. Pourquoi l’humilité ? Parce que ça m’oblige à me remettre en question, à prendre du recul pour pouvoir rebondir quand il le faut. De plus, par rapport à ma musique, ça me permet d’être en constante évolution.

Girlykréyòl : Aujourd’hui, vous êtes reconnu en tant qu’ambassadeur de la Guadeloupe, qu’est-ce que cela vous fait et vous inspire ? Est-ce un rôle difficile à endosser ?
Admiral T :
Ce n’est pas spécialement difficile, mais il est vrai que cela implique une lourde responsabilité. J’ai commencé à chanter très tôt, et des choses plus ou moins engagées. C’est un rôle que j’assume pleinement ; et la confiance que le public m’accorde, à vrai dire, me donne un peu plus de force et d’arguments pour continuer à aller plus loin. Ça fait plaisir.

Girlykréyòl : Vous prônez souvent l’importance de connaître son histoire, de la fierté d’être Antillais ; quel regard portez-vous sur les tensions sociales et raciales qui sont notamment relayées dans les médias ?
Admiral T :
Ça tombe bien que vous m’en parliez parce que j’ai composé un morceau qui sortira bientôt : Délit de faciès. Dans celui-ci, je décris justement, à chaque couplet, des délits de faciès, comme le fait que l’on peut subir des contrôles de police une vingtaine de fois par an à cause de notre couleur de peau, de notre apparence – si l’on a des tatouages ou des locks. Je parle même de la première fois où l’on va manger chez les parents d’une fille et que sa famille ne s’attend pas à découvrir un gars qu’elle définit comme respectable. (Rires) Je n’oublie pas la discrimination au travail… C’est quelque chose que l’on vit au quotidien, surtout en France, parce que la pression est constante. Je me souviens de mes premiers passages à Paris, et je remarque que les choses n’ont pas vraiment changé. Et c’est ce qui est grave, très grave, on a vraiment l’impression qu’il n’y a pas eu d’évolution dans ce domaine. Après, je pense qu’il y a tout de même un certain ressort politique, car si l’on voulait réellement changer les choses, faire évoluer les mentalités, nos politiciens pourraient le faire. Quand je les entends… Ce ne sont pas des exemples et ils sont mal placés pour juger des footballeurs comme Benzema ou encore des artistes.

Girlykréyòl : Parlez-nous de votre amour du créole.
Admiral T :
Mon amour pour le créole, c’est simple : je vis créole, je mange créole, je pense créole. Je vis en Guadeloupe, donc automatiquement, tous les jours, c’est créole. (Rires) C’est vrai que, pour moi, ça a une importance capitale, parce que très tôt, j’ai commencé à voyager grâce à la musique. Et je me suis rendu compte d’une chose, c’est que lorsque tu arrives dans un pays et que tu rencontres une personne, elle veut échanger avec toi, elle veut connaître ta culture, tes coutumes, ta langue. Et à ce moment-là, on se rend compte de sa puissance, de celle de son identité, de celle de sa culture.
Voilà pourquoi c’est important de savoir qui l’on est, et ce qu’on a à partager avec les autres. Lorsque je l’ai réalisé, ça m’a conforté dans l’idée que notre culture est ce que l’on doit mettre en avant. Dans un premier temps, il faut le faire pour nous, il faut rayonner sur la scène internationale, montrer notre culture, car elle est belle. Dans un deuxième temps, il faut le faire pour la partager aussi, et ainsi échanger sur d’autres cultures avec les personnes que l’on sera amené à rencontrer.

Girlykréyòl : Vous parlez beaucoup du soutien de votre famille (c’est d’ailleurs l’une de vos sources d’inspiration), pouvez-vous donner aux lectrices de Girlykréyòl votre définition de la famille ?
Admiral T :
Pour moi, la famille, ça représente l’union, la convivialité, la confiance, le fait de se sentir en sécurité. C’est aussi trouver quelqu’un à qui parler de ses problèmes, de ses difficultés. Mais la famille, ce n’est pas que les bons moments que l’on passe ensemble, c’est aussi les plus difficiles qu’elle nous aide à traverser. La famille, c’est une force. J’ai grandi dans une famille de 10 enfants et je me souviens que petit, je posais plein de questions à ceux de mes amis qui étaient des enfants uniques. Qu’est-ce que tu fais seul dans ta chambre ? Comment fais-tu ? Je n’arrivais pas à imaginer que l’on puisse vivre seul dans une maison et avoir sa propre chambre. (Rires) C’est ainsi que j’ai grandi et c’est quelque chose de très, très important à mes yeux.

Girlykréyòl : Vous êtes un businessman (notamment avec Wok Line), pouvez-vous nous parler de cette casquette de « chef d’entreprise » ?
Admiral T :
C’est vrai qu’à côté de la musique, ma femme et moi avons beaucoup d’ambition. Nous faisons beaucoup de choses. Mais je ne dirais pas que nous sommes un couple de businesswoman/businessman, parce que nous ne fonctionnons pas comme tels. Nous faisons les choses plutôt par passion. Nous avons du mal avec les chiffres et la rentabilité. Et je ne pense pas que ce soit un défaut, parce qu’aujourd’hui nous sommes là où nous en sommes et que nous aimons ce que nous faisons. Je pense que c’est très important d’être fier de ce que l’on fait, en dehors même de tout aspect financier.

Girlykréyòl : On vous a vu acteur, producteur, présentateur, Admiral T a-t-il d’autres projets à nous dévoiler ? Comme la réalisation ?
Admiral T :
Ce serait possible. Mais pour l’instant, ça ne m’est pas encore venu à l’esprit. C’est vrai que les métiers du 7e art, entre autres le métier d’acteur, sont en général très intéressants, qu’ils te permettent de te dépasser… Enfin, tout reste possible !

Girlykréyòl : Bercy (AccorHotels Arena) en 2017, comment appréhendez-vous ce show ?
Admiral T :
Comme je disais à un ami, ce sera très certainement le plus gros spectacle de ma carrière. Après les trois Zénith que nous avons faits, nous allons mettre la barre encore plus haut. Ce sera un show son et lumière, avec mes musiciens et des danseurs… Nous allons sortir l’artillerie lourde. Je vais vraiment tout faire pour surpasser mes spectacles précédents. On parle des shows de Beyoncé et compagnie, eh bien, nous allons leur montrer que les Antilles savent en faire aussi, et à leur manière. J’ai convié plusieurs artistes de marque. Et pour faire les choses en grand, mon prochain album sortira le jour du concert, c’est-à-dire le 15 avril 2017. Ainsi, les personnes qui ont acheté leur ticket recevront en exclusivité l’album durant cette soirée.
Je n’ai pas encore choisi le nom de cet album, je travaille dessus tous les jours, j’ai déjà pas mal de titres, mais je n’ai pas encore fait de sélection. Les choses ont le temps d’évoluer. Mais je suis vraiment, vraiment excité à l’idée de faire Bercy, parce que c’est l’une des plus grandes salles fermées d’Europe, c’est près de 20 000 personnes. Ça va être extraordinaire, en tout cas, on prépare les choses pour que ça le soit.


BONUS (inédits) : GK vous présente " Le Musical " de l'artiste guadeloupéen et vous révèle 5 de ses coups de cœurs musicaux.




Sélène Agapé
Jeune journaliste, ma curiosité maladive se marie plutôt bien avec ma passion de l’écriture. En savoir plus sur cet auteur