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X-Man, le prince du dancehall martiniquais


Par | Le 23 Mai 2015 | Lu 1290 fois

Figure emblématique du dancehall martiniquais, le talent de X-Man n'est plus à démontrer, et la force ses lyrics est une valeur sûre de la musique antillaise. C'est avec sincérité et humilité qu'il s'est confié à la rédaction de GirlyKréyòl, à l'occasion de la présentation de son label “Tônôp Music” et son dernier single “Soumission” au grand public.


X-Man, le prince du dancehall martiniquais

Sa mini-bio

Il y a 31 ans, à Fort-de- France, le petit Xavier Edmond-Mariette voit le jour sur l’île de la Martinique.

C’est dans les quartiers de Trénelle et de Terres-Sainville que ce scorpion (né le 09 novembre) passera une grande partie son enfance, aux côtés de sa mère (aujourd’hui décédée) et sa petite sœur. Arrivé sur les bancs du lycée, il choisit de s’orienter vers un BEP électronique avant d’être happé par sa passion : la musique. À l’instar d’autres jeunes artistes antillais tels qu’Admiral T en Guadeloupe, X prend le micro et chante la réalité de son quotidien.

Pour son blaze, il lui suffira de se tourner vers des “grands patrons” qu’il admire : Beenie Man et Elephant Man, des figures incontournables du dancehall. Un style pour lequel il a eu le coup de foudre. X-Man fait ses premières armes dans l'underground. Il enchaîne les sound-systems et les fêtes patronales au sein de son crew, baptisé RFX, et ses collaborateurs Rott MC et Fo-Del. En 2003, il signe le morceau “TNT”, en featuring avec Rott MC sur la compilation Dancehall Clash 2 de DJ Halan.

En juillet 2004, X-Man sort son premier clip “Soundboy” avec Sim Simma. C’est son premier single en solo “Le P’tit jeu” qui le propulse sur le devant de la scène. En 2006, X-Man passe un nouveau cap dans sa carrière musicale. Cet assoiffé de connaissances et amoureux des choses simples se lance dans la préparation de son premier album en solitaire.

C’est ainsi qu’en 2011, son premier opus “Atypique”, aux allures festives, instructives et explosives, fait une entrée fracassante dans les charts. Il gravit les marches du Bataclan à Paris, met le feu à l’Atrium en Martinique et emmène ses fans au bord de l’explosion durant un show intense réunissant musique, danse et sa passion pour la moto. Trois ans plus tard, en 2014, il signe chez “Step Out” (dont il finira par se séparer après quelques divergences artistiques) et dévoile son second album, baptisé “Saturday Night”.

Un album intemporel qui comble les foules en boite de nuit, mais fait aussi bouger les ménagères. Cette année, X-Man compte veiller près des étoiles… “Soumission”, “Tônôp Music” ne sont que des prémices de ce que prévoit le charmant Martiniquais.
 

On va commencer par une petite question que je me pose depuis quelques années ? Qu’est-ce que signifie le “X-tra terrestre” qui revient dans plusieurs de vos morceaux ?
X-Man : Le “X-tra terrestre” (rires) est sorti par hasard quand j’étais en studio. En fait, je cherchais quelque chose à dire avec X dedans et je crois, si je ne me trompe pas, que c’était pour l’enregistrement de “Si i sav sa”. “An X-tra terrestre dèyè mic’ la”, c’est sorti tout seul en fait. Donc je l’ai gardé.

Comment s’est passée la réalisation de votre dernier album “Saturday Night” ? D’où vous est venue l’idée de décrypter une soirée en 18 morceaux ?
X-Man : À la base, j’avais presque fini d’écrire l’album, mais dans le désordre. Une fois couché à l’hôtel, j’écoutais l’album, les sons et cela m'ennuyait que certains titres un peu dans la même thématique et dans le même style ne s’enchaînaient pas. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de séparer l’album en trois catégories. Donc tout ce qui est festif ensemble, dans “PARTY”. Tout ce qui est plus romantique, thug love comme “Dans les étoiles” dans la partie “AFTER” parce qu’en général apré swaré voilà quoi (Rires). Et toutes les histoires narratives, je les aient placés dans la première partie “BEFORE”.

En quoi est-il différent de votre album précédent ?
X-Man : Je trouve qu’il est plus riche parce que mon album “Atypique” c’était surtout des sons festifs en grande partie. D’ailleurs, 80% des sons de l’album ont fonctionné en boîte de nuit ; que ce soit les titres "Soirée arrosée", "Coup de foudre", "Madinina Kuduro" et j'en passe. "Saturday Night" est différent d'"Atypique": les femmes l'écoutaient dans leurs voitures, à la maison. J'ai fait des millions de vues avec "Dans les étoiles" alors que sur "Atypique", il n'y a que "Madinina Kuduro" qui a dépassé le million, avec ses 7 millions de vues. Je pense que cet album-là ("Saturday Night") est un peu plus large, plus riche et que j'ai touché un plus grand public.


"Ce qui m'intéresse avant tout, c'est l'écriture : les belles rimes, les belles métaphores."

X-Man, le prince du dancehall martiniquais
Vous êtes également auteur : où puisez-vous vos inspirations ?
X-Man : Je suis un fan de mots, de jeux de mots, de rimes. Alors très souvent c'est l'instrumental qui m'inspire. Quand tu connais bien X-Man, tu sais qu'il peut écrire un son sur n'importe quel thème : une fille qui passe par la fenêtre pour aller en soirée; un mec qui est boulé ou encore un mec qui sort de prison. Je rentre dans leur peau. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est l'écriture : les rimes, les métaphores. J'aime qu'il y ait un début, un milieu et une fin dans mes chansons.

Vous dénoncez beaucoup la violence, est un thème qui vous tient à cœur ? Vous avez eu l’occasion d’en discuter avec des jeunes ?
X-Man :
Bien sûr ! Aux Antilles, on vit ça au quotidien. Les faits divers sont quotidiens chez nous, j’avais envie d’en parler depuis fort longtemps. Mais je ne suis un artiste engagé, je préfère faire sourire que diffuser des messages gonflants. Du coup, je cherchais comment aborder le sujet pour que ça puisse être attractif et en même temps conscient. C’est ainsi que m’est venue l’idée de rentrer dans la peau d’un mec qui fait de la prison et qui en sort pour se venger.

Vous êtes beaucoup sur le devant de la scène depuis quelque temps (entre un nouvel album, un nouveau label, de nouveaux clips), vous avez le temps de souffler ?
X-Man : C’est vrai que tout cela est prenant. De plus, j'ai fait de très longues tournées, près de 80 dates par an. Soit plus de 50 villes par an. Souvent, j’appelais des collègues à moi, des DJ, etc... et je leur demandais “Qu’est-ce que je dois faire ? Est-ce que je dois prendre une pause ou est-ce que je dois comme on dit dans le business ‘ramasser de l’argent tant qu’il y'en a à prendre’ ?” Ils m’ont conseillé de le faire, mais j’ai quand même pris une pause de deux mois où je refusais toutes les prestations. Depuis la reprise je sélectionne énormément ce que je fais. Je refuse plus souvent des shows que j’en accepte. J’ai eu des problèmes aux jambes et aux genoux à cause de ça. (À cause de la fatigue ?) À force de sauter sur scène surtout ! (Rires) Et d’enchaîner les prestations.

Ce 6 mai, vous présentez votre nouveau clip, votre nouveau label “Tônôp Music” : c’est un nouveau tournant dans votre carrière ?
X-Man : Oui parce que je suis un producteur, un éditeur et un artiste auteur-interprète officiellement. C’est une nouvelle responsabilité, car je pense signer des artistes, des titres des compils et puis bien sûr voler de mes propres ailes.

Vous savez déjà vers quoi vous vous dirigez avec votre nouveau label ?
X-Man :
Nous n’avons pas de direction musicale. Je pense que dès qu’un truc va me plaire, je vais travailler dessus, que ce soit de la variété française, de la soca music, du rap français, du dancehall. Si ça me plait, je pense que je vais pousser le projet.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter aujourd’hui et pour les jours à venir ?
X-Man : Devenir millionnaire ! D’avoir une grosse maison en Martinique, de rouler dans une belle voiture, de retirer ma famille de la misère. (Rires) Et puis bien sûr que mes fans soient avec moi jusqu’au bout, jusqu’à la tombe… comme Johnny Hallyday.

Je me dois de vous poser cette ultime question pour les lectrices de Girlykréyòl : le cœur de X-Man est-il encore à prendre ?
X-Man : (Rires) Non… Enfin ça dépend, on peut toujours négocier. (Rires)




Sélène Agapé
Jeune journaliste, ma curiosité maladive se marie plutôt bien avec ma passion de l’écriture. En savoir plus sur cet auteur


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