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Vis ma vie de correspondante de presse


Par | Le 28 Février 2012 | 0 commentaire(s)




Vis ma vie de correspondante de presse
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit. Je crayonnais des bouts de phrases sur des nappes en papier et modifiait la fin des histoires de ma bibliothèque rose. Puis, j’ai tenu un carnet intime pour écorcher gaiement ce monde qui marchait la tête à l’envers. À quoi pouvaient bien me servir ces mots griffonnés dans le vide ?

Pas grand-chose. La parole est un mensonge, les mots sont inutiles dans ce monde débile. Mon monde se résume à une philosophie très simple, celle des trois singes. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Une manière d’être et de vivre qui évite tout danger et toute désillusion. J’ai vécu de cette manière pendant mes études.

À cette époque, les études semblaient réservées à une élite. Des écoles qui semblaient ne prendre en considération que les enfants de familles bourgeoises, ceux qui ont des parents ayant fait de brillantes études et ceux capables de combler les lacunes d’un système éducatif insuffisant. Les autres se contentent de désillusion et d’ambition au raz des pâquerettes. Ils sont condamnés à échouer, car égarer au milieu d’une violence scolaire qui détruit toute motivation et avenir.

Je n’étais pas une élève brillante, juste moyenne. À quoi étudier, j’aurais fini caissière comme ma mère de toute manière. J’ai écrit mon découragement et ma colère. Écrire, je ne sais rien faire d’autre. J’écris même si cela ne sert à rien et ne mène à rien. J’écrivais ma vie en HLM où drogue, prostitution, pédophilie et vol à main armée rythmaient le quotidien. J’écrivais pour maudire un petit ami menteur et infidèle. J’écrivais pour changer ma vision du monde.

Même si cela ne sert à rien. J’ai fait des études de secrétariat, pour faire plaisir à ma mère qui espérait m’éviter son sort. J’ai été secrétaire médicale, administrative, dans l’éducation nationale (quelle ironie !) et j’ai continué d’écrire des âneries sur des agendas et des comptes-rendus. Écrire ne servait toujours à rien, sauf à continuer l’ennui du quotidien. L’ennui devenant trop imposant, j’ai voulu changer de métier et ai repris des droits et sociaux. J’ai continué d’écrire, mais cela ne servait toujours à rien. Rien ne changeait, le monde marchait à l’envers et mes mots n’y changeaient rien.

Et puis, j’ai écrit un livre, puis deux, puis trois. Je suis devenu auteure. Mes mots entraient dans les maisons et prenaient un sens. J’ai eue le déclic.

Écrire, pouvait changer des vies et servir à quelque chose. Alors, j’ai décidé d’enseigner les mots aux petits et grands à travers des ateliers d’écriture. Mais cela ne suffisait pas, il me fallait un but précis. Donner une valeur encore plus grande à mes mots. J’ai frappé à la porte de la rédaction d’un grand journal. J’avais brièvement fait des études d’écrivain public et un stage journalistique, pas de quoi oser les importuner. Je ne suis pas journaliste, je ne leur servirais à rien. Mais, je ne sais rien faire d’autre qu’écrire… je veux raconter le monde, MON monde.

Cette phrase semblait valoir tous les curriculum vitae, car ils m’ont engagé pour devenir « correspondante de presse locale ». Mon rôle ? Mettre en valeur la vie de mon quartier, ma commune, ma ville, mon lieu de vie, des lieux qui m’entourent et parfois d’ailleurs. Mettre en lumière, tous ces gens que l’on regarde passer sans rien savoir d’eux.

Faire connaître un petit coin du monde, où des associations, des artistes, des organismes se battent chaque jour pour changer les choses ou simplement avoir l’espoir en un monde meilleur. Faire parler, ceux qui ne trouvent pas les mots ou ne parviennent pas à exprimer leur souffrance.

Oser écrire la pauvreté, la tristesse, le désespoir, mais aussi les réussites, les joies. Les bons moments, comme les mauvais. Réveiller les consciences et ouvrir les yeux de ceux qui liront vos mots. Les mots peuvent changer des vies, le cours de l’histoire. La parole s’envole, les écrits restent.

Aujourd’hui, j’ai trouvé une place pour mes mots, je me suis trouvée une place. J’hurle ce qui doit être gardé sous silence, je clame ce que personne ne voit.
J’éclabousse la misère et attrape la lumière dans l’obscurité grâce à mon appareil photo et mon crayon qui enrage sur mon carnet. J’écris tout ce qui peut-être dit, avant que cela ne soit oublié. Je mémorise des visages et des bouts de vie. J’écris des mots trop vite enfuis.

C’est un métier difficile, parfois ingrat et injuste. Nous sommes les mal-aimés de la profession, les incompris parce que « non-journaliste ».
Nous faisons le même métier, mais dans un secteur plus restreint et en étant moins bien payé.

Parfois, j’enrage et déprime de toutes ces difficultés, mais je retourne sur le terrain à chaque fois vaille que vaille, parce que dehors, des gens ont besoin de mes mots pour changer les choses.


Marie-catherine IDEL
Je suis auteure de romans, nouvelles et livres jeunesse. J’utilise ma plume en tant que... En savoir plus sur cet auteur


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