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Violences conjugales : les femmes en souffrance


Par | Le 2 Janvier 2016 | 0 commentaire(s)


Les violences conjugales sont un phénomène mondial. Partout, les hommes règlent leurs différends avec les femmes en les battants voir même en les tuant. Chaque année, ce sont des centaines de millions de femmes qui souffrent et subissent toutes sortes de violences. Marina est l’une de ces femmes. Battue, méprisée et humiliée par le père de ses enfants durant onze interminables années, elle décide aujourd’hui de nous ouvrir la porte de son cœur ; elle nous partage difficilement et humblement avec émotion sa douleur.



© Monkey Business
© Monkey Business
Un visage rongé par la tristesse, Marina a du mal à trouver ses mots. Tête baissée, elle regarde longtemps le sol comme pour s’en souvenir… Aucun mot ne sort. Le silence parcourt la pièce. Elle lève les yeux et soupirs. Les larmes coulent au compte goutte sur son visage usé par la violence. Marina baisse ensuite ses yeux et soupirs, soupir sans qu’aucun mot ne sorte de sa bouche puis la trentenaire, met ses mains sur les hanches, relève les yeux et me dit : « Tu veux vraiment que je te raconte cette histoire ? ». « Oui, avec plaisir » lui répondis-je.
Un silence s’abat dans la pièce et un cri retentit « Mon mari est un diable. Mon mari est un diable. Mon mari est un diable…» Répète et crie inlassablement Marina. « Nous étions faits l’un pour l’autre. Je l’ai aimé. Je l’ai aimé. Je l’ai aimé…. ». La trentenaire fond en larmes, reprend son souffle et continue « je lui ai fait confiance. On a fait deux beaux-enfants. »…
Seul le bruit de fond de la télévision inonde la petite pièce. « Il me bat quand il en avait envie. Le repas pas prêt, un coup. Le repassage pas prêt, un coup. Plus je hurle et plus il me bat plus fort… » gémit Marina.
« Lorsque je l’entends ouvrir la porte de la maison, la peur m’envahit. » Silence. Marina se mouche et poursuit d’une petite voix : « Souvent, il me laisse finir tout ce que je suis en train de faire, laisse les enfants allés au lit, boit sa bière et me fouette comme jamais avec des fils électriques tressés au lieu de me câliner ». « Je subissais et j’avais peur d’en parler à mon entourage de ce qui m’arrive. C’est quand même honteux d’être une victime. Je subissais en silence. »

Marina, a mis du temps pour réaliser que ce n’était pas de sa faute. Son mari est de nature violente avec tout le monde, au travail et avec la famille. Marina a subi la violence physique et verbale de son époux depuis le début de son mariage. Récemment, cette femme au foyer a porté plainte contre son mari, mais ne souhaite pas divorcer à cause des enfants. Si elle se résigne, c’est parce qu’elle dépend de lui financièrement. Malgré que cet homme soit reconnu comme violent de tous, personne ne souhaite témoigner contre lui. Pour Marina, son mari tient à elle quand bien même ce qu’il peut lui faire. La victime met tout sur la nervosité de son mari et dit qu’il regrette ses actes à chaque fois. L’audience se tiendra fin janvier prochain et Marina nourrit encore l’espoir que son mari change un jour.

Des chiffres qui font peurs

Selon le ministère de l'Intérieur, 118 femmes sont mortes en 2014, victimes de leur conjoint ou "ex", soit presque une tous les trois jours en moyenne. Plus de 200.000 femmes par an seraient victimes de violences conjugales, mais moins d'une sur trois le signale à la police ou la gendarmerie. Le gouvernement a lancé il y a deux ans un plan de lutte contre les violences faites aux femmes, visant notamment à encourager le dépôt de plainte, de préférence aux mains courantes.
- En Guadeloupe : 2100 plaintes ont été déposé en 2015, les associations ont reçu plus de 3 000 appels téléphoniques.
- En Martinique : plus de 1000 plaintes en 2014.
- En Guyane, entre mai 2013 et avril 2014 : 438 sur 828 affaires de coups et blessures sont conjugales.

« Libérez vous, osez en parler »

Madeline est écoutante dans un centre d’écoute. Pour ce faire, elle doit être juriste et a dû recevoir plusieurs formations, notamment sur les techniques d’écoute, de plaidoyer, de communication… En plus des appels téléphoniques, elle reçoit également des mails et des visites sur place. Des dizaines de victimes l’appellent par jour.
Pour la majorité, elles sont issues de milieux défavorisés, sans emploi, n’ayant donc pas les moyens d’avoir un avocat. Ce qui ne veut pas dire que ce sont ces femmes-là uniquement qui subissent une violence conjugale qui touche toutes les couches sociales. « La plupart d’entre elles, pour ne pas dire toutes, nous contactent après avoir tenté la réconciliation avec leur conjoint à plusieurs reprises. Elles ont souvent déjà été en justice », précise l’écoutante.
La violence conjugale est protéiforme. Elle peut être physique, verbale, psychologique (transversal à toute et s’intensifie en fonction du type de violence), économique, sociale (Ex: viol conjugal) mais aussi institutionnelle (mariage forcé, mariage des mineurs, polygamie, répudiation, déchéance du droit de garde…).
Madeline constate que le problème le plus récurrent demeure celui de la violence physique. Bien que ce type de violence soit visible et accompagné d’un certificat médical, les associations restent prisonnières des définitions pénales qui exigent pour la sanction des moyens de preuve précis. Selon le code pénal, en cas d’absence de témoins, comme c’est le plus souvent le cas, l’affaire est classée et le crime reste impuni. Ces violences sont commises dans des conditions privées difficiles à prouver. Le centre d’écoute conseille, oriente les victimes.
Malheureusement, il n’y a pas de coordination entre les différents acteurs. Ce qui ne facilite pas le suivi, pas de traçabilité ni de retour d’information. Le message de l’écoutante aux femmes victimes de violences conjugales est clair : « Libérez votre parole et osez en parler, osez vous confier à une association comme nous, à un psychologue, participez à un groupe de parole, ne restez pas seule. Rencontrez d’autres femmes qui sont dans la même situation que vous ou qui s’en sont sorti ».


Comment lutter contre ce fléau

« Parmi les recommandations émises par la société civile pour atténuer ce phénomène :
-  Informer et sensibiliser le public à ce fléau en multipliant les initiatives de prévention ;
-  Appuyer les centres d’écoutes qui disposent de moyens très faibles pour faire face aux demandes.
- Projet de loi sur les violences faites aux femmes »
recommande Madeline

stop-violences-femmes.gouv.fr : suis-je concernée ?


Nasra ANASSI TARACONAT
Journaliste passionnée par la famille, la santé... « Ecrire, Communiquer, Partager, c’est être... En savoir plus sur cet auteur


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