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Témoignage : Mahite Perrault, je consomme local !



Cela fait déjà six ans que Mahite Perrault a succombé à la nouvelle tendance, celle de consommer des produits régionaux de la Guadeloupe, terre de ses ancêtres. Après des années d’insouciance alimentaire, avec sa double Maîtrise en agro-alimentaire, cette trentenaire décide aujourd’hui de tourner la page. Elle s’intéresse maintenant de plus près à ce qui se trouve dans son assiette. Pour elle, décider de privilégier des aliments locaux au quotidien présente de nombreux avantages. Acheter des produits du pays est une bonne idée, mais c’est une habitude qui s’apprend petit à petit. Pourquoi ce choix de manger local, au juste ? Comment s’y prend-elle ? Les réponses, dans ce témoignage où Mahite met ses convictions et ses expériences à votre disposition.


© girlykréyòl
© girlykréyòl
Mahite, pourquoi, après de nombreuses années, décidez-vous aujourd’hui de manger local ? Comment vous est venue cette envie ? 
Mahite Perrault :
Je mange local le plus possible, car je suis persuadée que tout ce dont nous avons besoin dans notre vie est près de nous. C’est le côté un peu spirituel, une vision de la vie, de l’Univers. Il y a aussi une raison d’engagement face à un système capitaliste illogique qui détruit le lien humain et transforme le citoyen en consommateur. C’est un peu comme une rébellion ; (sourire) Un petit geste à l’échelle individuelle qui peut transformer une société toute entière si ce geste est fait par un plus grand nombre.

Acheter local, qu’est-ce que cela vous évoque ?
Mahite Perrault :
Acheter local, c’est encourager des métiers : artisans, agriculteurs, artistes. C’est faire tourner l’argent afin que cela apporte plus de richesses. Aujourd’hui, l’argent reste très peu dans un territoire. On dit qu’il reste une fois quand il sort de votre banque et qu’il repart dans une grande surface. Tandis que si l’argent est donné à un artisan qui l’utilise ensuite pour acheter son pain, le boulanger l’utilisera pour acheter des légumes... L’argent n’est un outil utile à un territoire que lorsqu’il tourne sur place entre ses utilisateurs. C’est le secret de la prospérité. D’ailleurs, c’est pour cette raison que l’on voit de plus en plus apparaître dans des quartiers ou des régions des monnaies dites « locales. »

‘‘ Vous êtes le propriétaire de votre corps… c’est à vous de choisir aujourd’hui où acheter votre « combustible » et comment le consommer. Votre futur et votre santé sont entre vos mains. ’’


Faites-vous partie d’une association de personnes locavores ? Où trouvez-vous vos produits ? Auriez-vous des magasins, des fournisseurs, un producteur qui vous fournissent ces produits ? Auriez-vous votre propre potager, vos propres récoltes, vos propres arbres fruitiers ? Comment vous y prenez-vous concrètement ?
Mahite Perrault :
Je suis membre d’une association pour la promotion des agricultures paysannes : APECA. Je l’ai intégrée récemment suite au Terra Festival (festival du film sur le développement durable). J’ai envie de m’y investir, car je pense qu’il y a un gros travail à faire pour vulgariser l’information et sensibiliser la population. Sinon j’adore faire le marché ! Rencontrer les agriculteurs, me balader, sentir les odeurs des fruits et légumes frais… Même si je suis consciente que sur un marché, il peut avoir des revendeurs qui proposent des produits importés... C’est toute une vigilance à adopter, mais depuis quelques années, j’ai mes agriculteurs « préférés » ! Sinon chez moi, j’ai planté quelques plantes médicinales, et des bananiers. La famille donne aussi beaucoup de mangues, avocats, maracudjas, pois d’angole quand c’est la saison !

Quels produits phares consommez-vous ? 
Mahite Perrault :
En fruits : bananes, ananas, melons, maracudjas, papayes, mangues, citrons, pamplemousses. Les oranges sont malheureusement des oranges importées... En légumes : gombos (j’en raffole), ignames, madères, patates douces, piments végétariens, fruits à pain, tomates, concombres, choux, aubergines, poivrons, bananes jaunes, pois d’angole… Je suis fan de la farine de manioc que j’utilise pour des gâteaux ou des accras. Je regrette qu’il n’y ait pas plus de farines différentes produites : farine de patates douces, de fruit à pain, dictame...

Un petit mot, un conseil à donner à nos lecteurs ?
Mahite Perrault :
Je crois aujourd’hui qu’avec tout ce que l’on peut voir dans le monde (pollution par les pesticides, crise sanitaire, chômage, etc.) il est important de remettre au centre de nos préoccupations un sujet que nous avons relégué loin derrière le fait d’avoir des biens matériels... sa nourriture ! C’est certes impossible de passer du jour au lendemain à une logique 100 % locale, mais on peut tous faire des efforts pour acheter le plus possible des produits qui ont été cultivés ou élevés sur le territoire. Dans un premier temps, cela permettra de favoriser l’emploi, de court-circuiter la grande distribution qui impose souvent ses marges.Cela permettra aussi de se réapproprier son territoire, sa richesse naturelle et d’avoir une meilleure traçabilité des produits. Enfin Aristote disait : « Que ton aliment soit ton médicament...» Il faut souvent écouter celles et ceux qui sont passés avant nous sur cette Terre !

Consommer local : quel « local » ?

Le terme n’est effectivement pas très précis. Pour certains, cela signifiera manger des produits guadeloupéens, martiniquais, guyanais, (ou français, ou autre encore). Pour d’autres, cela signifiera manger des produits régionaux. Scientifiquement, on parle généralement de « kilomètres alimentaires » (« food miles », pour nos amis anglophones). Au-delà de 500 kilomètres alimentaires, les produits ne pourraient pas être considérés comme « locaux ». De façon plus pragmatique, vous pouvez considérer comme locaux les produits les plus proches de vous. Si vous vivez en Guadeloupe, ce sera la région guadeloupéenne, si vous vivez à Paris, la région parisienne. Ce qui compte en fait est le trajet effectué par les marchandises, leur acheminement de l’espace de production jusqu’au point de vente.

Retrouvez aussi

notre hors-série baptisé "Manjé Kréyòl " qui se consacre à l'alimentation sur nos territoires.
43 pages que vous pouvez consulter sur tous vos écrans est accessible au prix de 2 euros, cliquez ici.


Nasra ANASSI TARACONAT
Journaliste passionnée par la famille, la santé... « Ecrire, Communiquer, Partager, c’est être... En savoir plus sur cet auteur


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