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Swé, le papyon du reggae dancehall


Par | Le 27 Décembre 2014 | Lu 1415 fois

Depuis dix ans, Céline aka Swé trace son petit bout de chemin dans la musique caribéenne. Une histoire d’amour évidente, riche de singles ensoleillés, de mixtapes survitaminées et de récompenses à la hauteur de son talent… qui l’ont hissé au rang de princesse du reggae dancehall. Entre deux répétitions, la jeune chanteuse guadeloupéenne prend le temps de se raconter aux lectrices de Girlykréyòl.


Quelle est l’histoire de Swé et qu’est-ce qui vous a conduit à la musique ? 
Swé : J’ai toujours été attirée par la musique. J’ai commencé à en écouter très tôt, je ne savais même pas marcher qu’il fallait déjà me faire danser. Quand j’avais 4 ans, j’ai demandé à ma mère de m’inscrire à des cours de piano. J’en ai fait durant une dizaine d’années, j’ai appris aussi à jouer du saxophone et de la batterie. Puis j’ai commencé le chant quand j’étais à l’Institut National des Jeunes Aveugles. Parallèlement, j’écoutais beaucoup de musique et dans ma famille, on aime beaucoup ça… donc c’était naturel.

Comment êtes-vous arrivée dans le milieu du reggae dancehall ? 
Swé : Durant mes études d’ingénieur du son, j’ai rencontré un compositeur qui s’appelle Ljy. C’est lui qui a d’ailleurs composé “Papyon”. Il faisait des instrus plutôt hip-hop, soul et c’est ce que je faisais. Ljy et l’ingénieur du son avec lequel je travaille encore aujourd’hui, Anthony Aribo, m’ont incitée à écrire. Un jour, Anthony m’a proposé un riddim et c’est ainsi que j’ai commencé à faire du reggae dancehall. Par la suite, j’ai fait la connaissance de PhAnToM X avec qui j’ai poursuivi sur cette lancée. Mais ce n’était pas ma vocation première.
 
C’est un milieu en majorité masculin, est-ce que vous avez eu des difficultés à vous faire une place ?
Swé : Dans le milieu en lui-même : NON ! Je suis très très respectée parce que les artistes connaissent ma valeur artistique. Disons que c’est plutôt dans les sphères qui y sont liées : les médias, les programmations radios, etc. Comme ils sont habitués aux artistes masculins avec un discours assez machiste, ça a du mal à passer. Arrivée en tant que femme, sans se mettre particulièrement en valeur par ses atouts physiques, pose visiblement un problème à certaines catégories de bureaucrates qui travaillent dans la diffusion musicale.
 
Y a-t-il des artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?
Swé : Oui, bien sûr, je reste très ouverte et n’affiche aucune volonté particulière. Evidemment, j’aimerais vraiment travailler avec les artistes qui m’ont inspirée comme Busta Rhymes, Mary J. Blige, euh… Des pointures ? Oui voilà. Ce serait le rêve ! Je pense aussi à quelques artistes jamaïcains.
La musique est un réseau tellement petit, que je me dis que je finirais par collaborer avec des artistes, pas très éloignés de mon univers. 

Le milieu musical, c’est comme une grande route, avec plusieurs chemins et on finit par arriver à un carrefour où l’on croise quelqu’un qui va nous apporter quelque chose. C’est ce qui est sympa, qui est beau ! C’est un peu comme une grande famille !
 
Vous êtes auteure-compositrice, y a-t-il d’autres aspects de la musique que vous souhaitez explorer ?
Swé : 
C’est bien que vous disiez ça ! En y réfléchissant, j’aurais aimé faire de la musique de films. Ça aurait été vraiment cool qu’on puisse bosser sur ce genre de projets avec PhAnToM X – qui est le co-producteur de “Danjérèz” – parce qu’on a une vision de la musique très imagée. Sinon je pense que je vais sûrement me mettre à pratiquer un petit peu plus niveau instrumental.
 
Votre premier album “Danjérèz” a été beaucoup plébiscité, comment s’est passé sa réalisation ?
Swé :
 Elle a été très très longue. Ça fait 4, 5 ans qu’on a commencé à travailler sur certains morceaux de l’album dont “Papyon”. On a pris notre temps pour essayer de sortir quelque chose de qualité. Sachant qu’on avait déjà sorti pas mal de singles, on ne s’est pas permis de donner au public un album avec 14, 15 titres donc on est allés jusqu’à 19 titres. On a choisi des titres qui donnaient une couleur particulière à l’album et c’est de là qu’est né le concept de “Danjérèz”. C’est une vision de la femme, un peu héroïque ! On est toute une héroïne au fond de nous. J’ai voulu la mettre en avant et montrer à la gente masculine que nous ne sommes pas que futilité comme on essaie de nous faire paraître dans la musique.

Vous vous sentez un peu féministe ?
Swé :
 Comme j’aime à le dire, dans le cadre du reggae dancehall : oui, définitivement. Dans le cadre privé : non, car je ne me bats pas pour les droits de la femme au quotidien. J’estime juste qu’au vu de la vie que l’on mène aujourd’hui que ce n’est pas normal que les artistes féminines ne représentent qu’une partie de la personnalité de la femme. L’image de la femme dans la musique urbaine n’est pas du tout réaliste.

Dans votre album, vous parlez d’amour, de la Caraïbe, ce sont vos thèmes de prédilection ? 
Swé :
 Thèmes de prédilection ? Je ne pense pas vraiment en avoir. Je m’inspire surtout de ce qui se passe autour de moi. Je suis plus axée sur les relations entre les personnes. J’aime bien retranscrire ce que je vois et la façon dont les gens se comportent. Ça peut paraître anodin des fois, mais la façon d’agir et d’interagir peut traduire beaucoup de choses, qu’on ne prend pas le temps de gratter. C’est-à-dire qu’on ne se pose pas les bonnes questions.

Quel est ou sont vos morceaux préférés sur cet album ?
Swé :
 Le morceau de dancehall que je préfère : “Bedroom classic”. Je ne sais pas pourquoi mais je l’adore. (Rires) Il y aussi “On limyè” et “Papyon”, je l’aime beaucoup en live. 

Justement, dans “Papyon” vous parlez essentiellement de votre île, la Guadeloupe, qu’est-ce qui vous manque le plus lorsque vous êtes en France ?
Swé :
 Les odeurs de nourriture ! (Rires) Quand j’arrive en Guadeloupe, que je sors de l’aéroport et que je rentre chez moi, c’est un plaisir de rouler et de sentir les petites odeurs de poissons grillés, de poulet... C’est réconfortant ! Je pense que s’il y avait ça en France, les gens seraient un peu moins malheureux. (Rires) Si j’étais une odeur, je serais du chocolat, je crois.

On sait que vous êtes mal voyante, votre handicap a -t-il été difficile à gérer avec votre carrière ?
Swé :
 Non parce que je le gère au quotidien. C’est compliqué pour les gens qui ont perdu la vue en cours de route, moi j’ai toujours vécu avec, même si ce n’est pas simple. Par contre, les gens ont du mal avec le fait que je ne sois pas totalement aveugle. En général, quand tu n’as pas de canne – j’en ai une, mais je ne m’en sers pas tout le temps – on te prend pour une menteuse. Ce n’est pas évident, mais dès que tu assumes ce handicap chaque jour, ça va pour la carrière. C’est plus délicat lorsque je me déplace en Guadeloupe ou en Martinique, j’ai besoin d’un chauffeur. Voilà, dans ces cas-là, ça demande des dispositions particulières. L’adaptation que je dois faire à ma vie courant est celle que j’applique à mon boulot, simplement.

Quels sont les projets de Swé en ce moment ?
Swé : 
On a des projets de concerts donc il faudra suivre en 2015. Il y a des featuring plutôt sympas à venir et assez inattendus pour certains. Le single “Nou paka mòdé” va sortir, si dieu veut, en début 2015. Et bien sûr, on bosse sur la suite. Il faudra rester à l’écoute !

 





Sélène Agapé
Jeune journaliste, ma curiosité maladive se marie plutôt bien avec ma passion de l’écriture. En savoir plus sur cet auteur


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