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Sabine MONPIERRE : destination CANADA via MISS CREOLE QUEBEC


Par | Le 13 Septembre 2014 | Lu 695 fois

Bien Guadeloupéenne, bien Antillaise, bien Créole et bien Québécoise tout autant - c’est Sabine MONPIERRE. I an zafè-ay anbala ! Elle prouve ainsi que vivre à l’étranger peut exacerber les liens natifs-nataux, peut permettre d’encore mieux se (re)trouver (soi-même et les siens de la même veine). Elle a choisi le Québec et le Québec le lui rend bien pour être la terre de presque toutes les libertés notamment celle offerte aux communautés de nourrir le tissu socio-culturel et de continuer à enrichir le Canada… Sabine a pris ses aises et lance avec le Komité Miss Kréyôl, la première édition de Miss Créole Québec qui aura lieu ce 20 septembre 2014.


Crédit photo : Nadia Zheng
Crédit photo : Nadia Zheng
Sabine, pourquoi avoir émigré au Québec et y avoir pris racines depuis ?
Il y a 8 ans, je m'y installais avec ma petite famille. Après avoir vécu en Haïti, Porto Rico, République dominicaine… c’était l’endroit idéal : un des 2 pays au monde (avec l’Australie) qui comptent sur l’émigration pour aider à construire leurs territoires.  Quand on vit un certain temps à l'extérieur, il est très facile de se sentir "étranger" chez soi et surgissent alors des frustrations. Il peut arriver facilement que penser autrement dérange et ne plaise à tous!… J'avais d'autres projets en vue pour mes enfants, contribuer à leur épanouissement dans une ambiance sécuritaire : ici, pas de stress. Beaucoup d’opportunités d’études : mes enfants auront accès à des emplois que je ne pouvais imaginer exister. Tu as des opportunités de carrière et surtout tu peux te reconvertir à tout moment. C’est un pays de droit, donc tu as le droit de faire des choses  (tu as aussi des devoirs - Rires -)… et tu peux même revendiquer tes droits ! Je recommande le Canada à tous les gens de nos territoires et sans modération aucune.
 
Le Canada correspond parfaitement à votre caractère et à vos attentes ?
Oui, il faut savoir «être soi-même» : on ne peut pas passer son temps à faire tout comme tout le monde. Ici, je me sens libre. Je peins. Je suis une passionnée de lecture (grâce à mon père). J’aime écrire, surtout de la poésie engagée (Sangs mêlés…) : j’ai même écrit un livre (Mélanges et Liyannaj…). Ici, en 8 ans, j’ai surtout accompli des choses que je n’aurais peut-être pas faites en une vingtaine d’années en vivant autre part. On est dans un pays où l’on tient compte beaucoup des compétences transversales que tu peux avoir et que tu peux transférer dans un autre emploi. On ne te juge pas sur ton apparence mais sur tes compétences, tes capacités, tes aptitudes, sur qui tu es… J’apprécie beaucoup cette diversité qu’il y a même d’une rue à l’autre, d’un quartier à l’autre : 90 % de mon quartier sont des gens de partout… Aucune communauté n’est vraiment arrivée avant l’autre (du moins personne ne le revendique) : les gens semblent heureux de vivre ensemble et de construire ensemble le Canada.
 
Votre lien avec votre terre natale ?
Les Antilles me manquent, les odeurs, une bouffe particulière (même si on trouve les produits ici, ce n’est pas pareil !), la famille, la mer… je ne peux pas le cacher : on peut pas renier d’où l’on est (Rires) ! Mon mari et moi avons donc décidé de créer un organisme culturel pour promouvoir notre identité guadeloupéenne : Latitude Kréyol. Structure culturelle mettant en valeur la culture créole antillaise : le gwoka, les gâteaux traditionnels (doucoun), les rythmes des tambours à peau… Il nous semblait important de positionner la culture guadeloupéenne jusqu'alors peu connue par les Québécois. Nous sommes donc agents-managers d’artistes émergeants qui promeuvent le ka dans leurs créations. Ici je peux vivre ma créolité avec facilité et fierté. Tout le monde arrive à vivre pleinement avec sa culture : personne n’est brimé pour - par exemple - porter son foulard et comme il veut… Ici, tu es à l’aise. «Je suis créole» donc j’appartiens à une des nombreuses communautés du Canada et suis reconnue en tant que telle. C’est ça le Canada, la diversité et le Québécois est par définition, très curieux de «l’autre».
 
Et le créole dans tout cela, une langue, un concept, une attitude… ?
J’ose le dire : en organisant le concours de Miss Créole Québec, je souhaite  «vendre» (comme on dit en pays anglo-saxon) tout ce qui est «créolité» : la langue, le vêtement, la destination et surtout la réunification des peuples créoles au Québec. C’est se rassembler parce que l’on se reconnait dans une identité, l’identité créole : on est plusieurs à parler la langue créole. Une même histoire, une même culture qui s’est métissée. Les candidates sont donc toutes issues de territoires créoles : 1 de la Réunion, 4 de Haiti, 1 de l’Ile Maurice, 1 de la Martinique, 1 de la Guadeloupe. Pour les prochaines éditions, nous relancerons les territoires tels Saint-Barthélémy, Sainte-Lucie, La Guyane, La Dominique, Les Seychelles… Tenez, la candidate de la Réunion est aussi «chaperonnée» par les 2 autres iles-soeurs : Les Seychelles et l’Ile Maurice. Une vraie synergie. Montrer aux Canadiens et aux Québécois : «voilà ce que sont et ce que font nos cultures créoles !». «Nous cohabitons avec vous, vous nous avez acceptés pour faire partie du paysage démographique : notre culture (créole) c’est ça !». Lors de leur présentation individuelle au public, les candidates devront se présenter dans «leur» créole. (A propos de la survie du créole : s’est développé un jargon couramment utilisé par des jeunes de la communauté (dont mon fils ainé fait partie), fait de créole haïtien, de français québécois et d’anglais).

Durant son règne, la Miss aura t-elle à sexprimer en créole ?
Oui, puisque la mission de la Miss ainsi élue ce 20 septembre sera entre autre, de représenter la femme créole et toutes les communautés créoles (la façon d’être et l’élégance «créoles»), faire la promotion de sa destination «créole», participer notamment au «Mois du créole», etc. Des ateliers et des cours lui permettront d’améliorer sa maîtrise du créole - le sien et les autres parlés au Canada - notamment le créole haïtien le plus parlé ici (au Québec, il y a essentiellement des cours de créole haitien) afin de pouvoir s’adresser à toutes les communautés créoles dans ses déplacements et rencontres. Bien sûr, la Miss devra à tout moment servir de modèle et d’inspiration aux générations qui suivent et issues de ces communautés créoles (beaucoup de jeunes dans les foyers «créoles» au Canada n’ont pas si facilement accès à leur histoire, à leur culture, à leur langue… pour des raisons diverses notamment le choix ou la gêne des parents).
 
Dans l‘élection, le madras devient-il un incontournable ?
Le madras étant LE tissu emblématique des territoires créoles, le logo révèle du madras. Et toutes les candidates dans tous leurs déplacements ont toujours une «tèt maré». C’est un tissu que l’on retrouvait systématiquement dans la garde-robe des dames d’avant (tête attachée : façon de s’affirmer en tant que «fanm doubout», code social…). Encore une fois, je tiens à «vendre» ce retour aux sources, cette «créolité endormie» et espère qu’au-delà de ce concours, les madras vont être arborés plus automatiquement par nos femmes, nos jeunes filles dans leur quotidien.
 
Ce concours de Miss, en quoi est-il organisé sur des bases différentes par rapport peut-être à une élection de Miss aux Antilles ?
Toutes les candidates sont donc originaires de «quelque part» et ont toutes, un réel projet de vie (citoyennes canadiennes ou résidentes permanentes ou ayant un permis d’études minimum de 2 ans sur le territoire). Elles représentent chacune leur communauté (en proportion, la communauté haitienne est donc plus représentée). Dans leur sélection, nous avons fait fi des silhouettes «occidentales» (la femme créole est «en chair» et nous ne voulions pas d’anorexiques). Nous avons abaissé la taille à 1m65. Nous tolérons les tatouages tant qu’ils ne sont pas visibles (cependant aucun piercing). Ici au Canada on fait très attention à l’hypersexualisation et donc ce concours veille à éviter de présenter la femme-objet. Et la mission de ce concours est bien de valoriser la femme créole et ses attributs, rendre hommage à nos mères et nos grands-mères, proner cette identité créole. De façon plus globale, nous avons lié ce concours à une cause qui nous est chère : celle de «la surdité et le trouble du language». A cet effet, les candidates devront même signer quelques mots en language des signes. Puis, le bénévolat notamment au niveau du comité est le mode de recrutement - toutes pourront arguer de cette expérience pour rechercher du travail. Il est ici vivement recommandé de le faire figurer en bonne place dans un cv : c’est très valorisant. Le bénévolat est reconnu comme une expérience professionnelle dans les pays anglo-saxons. Il permet de voir ce que tu es hors de ton travail : comment tu t’impliques dans la société, tes autres compétences, les autres traits de ta personnalité… Et enfin, nous avons la prétention d’en faire un évènement de qualité, avec un cachet, donc «tenue de gala exigée» : les gens porteront plus des tenues longues distinguées…
 
Et pour conclure : quels sont les qualificatifs-tags qui vous définissent au mieux ?
Engagée, entière, généreuse, novatrice, visionnaire, entreprenante, organisatrice (d’évènements sociaux et privés), fédératrice, esprit d’équipe, sincère, déteste conflits et hypocrisie, spirituelle dans le quotidien, audacieuse, esprit de famille (le socle), créative, leadership, sociale (aime les gens en général et je travaille dans le social), prise de la parole aisée. Et bien sûr, j’aime entreprendre, réaliser des challenges, partir de rien et arriver à quelque chose… mais j’adore rester dans l’ombre : je trouve ma satisfaction dans le fait d’avoir contribué à faire les choses bouger. GirlyKréyôl, Mèsi épi fos pou zot !
 
Miss Créole Québec
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Une experte de la presse avec une expérience à l’International ! En savoir plus sur cet auteur


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