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Rencontre avec Yoan : “Je suis un ‘kiffeur’ de la vie”


Par | Le 26 Décembre 2015 | Lu 3621 fois

Sa voix a séduit les férus de R&B et envoûté ceux de zouk. Tel un caméléon, Yoan navigue avec brio dans l’industrie de la musique. Et derrière ses allures de séducteur et de charmeur, ce guadeloupéen de 33 ans est avant tout un homme simple et chaleureux, qui aime profiter de la vie. Il a dévoilé fièrement, le 30 octobre dernier, son premier album intitulé “Premier souffle”. Aujourd’hui, cet artiste talentueux se confie à Girlykréyòl sur son opus, ses inspirations et son parcours.


Du groupe Trade Union à votre carrière en solo vous en avez fait du chemin, racontez-nous votre parcours ?
Yoan : (Rires) J’ai commencé comme vous l’avez évoqué avec le groupe Trade Union, qui est en fait une histoire de famille avec mon petit frère et mon petit cousin, Gregz et Chacha. On était “managés” (“gérés” - NDLR) par un grand cousin à nous, c’était vraiment dans une aventure familiale.
Entre-temps, j’ai fait plus ample connaissance avec Dj Jaïro – que je connaissais déjà un peu – et il m’a fait découvrir ce milieu caribéen, dans lequel j’évolue aujourd’hui. Je vous confie une petite anecdote : le premier titre qui s’appelle Sauvons, je l’avais fait à la base sur un dub reggae. Et c’est Jaïro qui m’a proposé de le faire sur une version zouk, parce qu’il s’est dit que le reggae est un peu plus compliqué à travailler dans notre milieu. C’est également lui qui a proposé le morceau à Titice, qui a aussi été retravaillé par Ali Angel. Le tout a donné cette merveille.
Franchement, je ne m’attendais pas du tout à un tel succès, je ne pensais pas du tout en arriver là, au vu de mon style avec tous mes tatouages, mes locks, mes piercings… tout ce qu’on n’aime pas au pays normalement. (Rires) J’ai été agréablement surpris, et je le suis toujours maintenant quand je vois des mamies qui viennent me féliciter et me dire que je suis encore plus mignon qu’à la télé. Disons que nous avons un peu cassé la fausse image du rasta, comme ils disent… ce que je ne suis pas d’ailleurs.

Le premier morceau de votre album “Premier Souffle” (intitulé Sauvons) est sorti en 2011. Pourquoi avoir attendu 4 ans pour réaliser cet opus ?
Yoan : Eh bien parce qu’à la base, j’avais fait ces sons pour le plaisir de la musique et pas dans un but de commercialisation. Comme je l’expliquais précédemment, j’ai été pris au dépourvu par la réception du morceau. Je ne pensais pas que cela aboutirait à une carrière. Ça a vraiment été le kiff de me dire que je suis antillais, je suis guadeloupéen et j’ai la chance d’avoir cette culture donc pourquoi ne pas délirer sur tout ça.
Au final, tout ce “délire” a conduit à la réalisation d’un album. Il m’a fallu 2 ans pour le travailler parce que ce n’était pas mon but initial par rapport au concept que Jaïro m’avait proposé. À vrai dire, c’est surtout les fans qui me demandaient tout le temps quand j’allais sortir un album. Et puis au bout d’un moment, déjà, par respect pour eux et aussi pour me permettre d’avoir un vrai support, je me suis dit ‘allons-y, on tente l’aventure de l’album !’. La réalisation des 16 morceaux n’a pas été si compliquée parce que nous avions déjà sorti 5 singles et que je bosse pour le plaisir. De plus, j’ai toujours de l’inspiration, je suis parti au pays (la Guadeloupe - NDLR), et j’ai fait pas mal de voyages grâce à mon aventure caribéenne. Et puis, vu que les histoires que j’aborde dans mes chansons tournent toujours autour de mon vécu et des gens que j’aime, c’était simple.

Quelles sont vos inspirations ?
Yoan :
Je suis inspiré par mon quotidien, la vie de tous les jours. Je suis quelqu’un de simple, qui aime les choses simples. Je suis un kiffeur de la vie. En tant qu’artiste, je pense que tout est bon à prendre. Musicalement parlant, je m’inspire des ‘anciens’, c’est-à-dire des artistes qui ont fait le zouk rétro. Parmi les artistes que j’aime beaucoup, il y a Kassav, Gilles Floro, Patrick Saint-Éloi. Je suis assez ouvert.

Quels sont vos morceaux préférés sur l’album ?
Yoan :
Bon, je vais commencer par répondre un peu comme tout le monde, mon album, je l’aime entièrement. Mais c’est vrai que j’ai un petit faible pour “Nan Kem”, parce que cette chanson est le fruit de ma rencontre avec le compositeur Joe Dwèt Filé. En fait, c’est un jeune homme à travers lequel je me suis pas mal reconnu. En plus, il m’a fait découvrir l’univers de la musique haïtienne et surtout du kompa. Dès que je suis arrivé dans le milieu du zouk, j’ai trouvé qu’il y avait vraiment du talent, ainsi que dans celui du kompa. C’est tellement beau. Et puis j’adore découvrir de nouvelles choses.

Vous mêlez des sonorités R&B et afros (c’est-à-dire du zouk, du kompa, de la kizomba), comment définiriez-vous votre style ?
Yoan :
Je dirais que mon style est purement caribéen. Je ne suis pas un grand fan des concepts où on mélange des styles pour ensuite, par exemple, les rebaptiser en tant que R&B kompas. Je suis venu faire du zouk. Maintenant, je suis issu du milieu du R&B, j’ai une voix qui s’apparente au R&B et je ne suis pas là pour venir réinventer de la musique. C’est simple, je fais du zouk à la Yoan, c’est-à-dire que je chante à la Yoan sur du zouk. Et qui dit musique caribéenne, dit zouk, reggae, kompa, etc., des genres dans lesquels nos parents ont baigné, et qui font notre héritage. Quant à la kizomba, c’est un style de musique que j’ai découvert dernièrement. C’est aussi un style de danse très prisé que j’apprécie énormément. Je me suis dit que le mélange de tous ces styles donnerait un bon rendu.

Avec quels artistes souhaiteriez-vous faire un featuring ?
Yoan :
Oui, j’aimerais bien collaborer avec Lycinaïs Jean, car c’est une artiste que j’affectionne. Je pense également au chanteur de kompas, Arly Larivière et au groupe Harmonik. Comme je suis un bon vivant, je me suis dit ‘pourquoi pas’, dès que le feeling passe, que la musique est bonne et qu’il y a une cohésion entre les artistes. Par contre, je ne ferais pas de featuring “buzz” ou comme on dit commercial, car si les gens sont très portés sur ce phénomène, ce n’est pas mon cas. Je suis là pour donner de ma personne, ça vient de mon cœur et je veux que l’on ressente mon amour pour ma musique.

Sur votre album, il y a beaucoup de chansons sur les relations amoureuses, l’amour est votre thème de prédilection ?
Yoan :
C’est mon thème de prédilection, car pour moi, c’est le reflet de la réalité. On ne fait pas de politique sur du zouk, ce serait débile. J’ai voulu explorer l’amour sous toutes ses formes. On a tendance à oublier que l’amour ne se résume pas qu’à une relation de couple (‘monsieur-madame, monsieur-monsieur, madame-madame’). Il y a l’amour que l’on a et qu’on reçoit de ses enfants, l’amour de ma mère, de nos amis. Une diversité et une richesse qui me permettent de m’adresser à tout le monde.

Et puisqu’on parle d’amour, les lectrices de Girlykréyòl seraient ravies de savoir si Yoan est un cœur à prendre ?
Yoan :
Non, je ne suis pas du tout un cœur à prendre. Mon cœur est bien placé où il est. (Rires)

Vous avez déjà réalisé tous les clips de “Premier souffle”, quel est celui que nous allons prochainement découvrir ?
Yoan :
En toute honnêteté, nous sommes en pleine réflexion. En regardant tous les clips, on ne sait pas lequel choisir. Mais je vous fais une confidence, on a une préférence pour le morceau “Tou lé dé”. Mais ça reste entre nous !

Comment gérez-vous la notoriété ?
Yoan :
Je dis souvent aux artistes que je côtoie et ainsi qu’à mes amis que je ne suis pas là par hasard, mais par choix. Certes, je ne m’attendais pas à une telle notoriété, mais j’en connaissais les revers et j’estime que ça fait partie du jeu. Une fois que tu es médiatisé, tu sais que tu devras jouer le jeu des photos avec les fans, répondre à des demandes et des sollicitations un peu partout. Si tu gardes la tête sur les épaules, que tu as confiance en toi et en ton travail, que tu sais d’où tu viens, tout se passe très bien. Je suis un peu fatigué en ce moment avec la promotion de l’album, mais j’ai la chance de faire ce que j’aime. Et quand tu aimes ce que tu fais, tu ne peux pas te plaindre, car ce n’est pas donné à tout le monde.

Quelle est l’actu de Yoan en cette fin d’année ?
Yoan :
Pour l’instant, je vais principalement enchaîner les prestations, faire la promotion de mon album. Ce n’est pas le tout de sortir un album, il faut le défendre ! Faire vivre un album est une lutte perpétuelle. (Rires) J’espère également faire pas mal de concerts live, car c’est ce qui m’intéresse le plus.
 


BIO EXPRES

Il y a 33 ans, le petit Yoan Melody voit le jour dans le 15e arrondissement de Paris. C’est à l’âge de 6 ans qu’il commence ses premières expérimentations dans la musique. Mais ce n’est qu’une fois placé à l’internat par sa maman qui l’élève seule, avec son petit frère Greg (dit ‘Gregz’), qu’il prend ses premiers cours de chant. À la maison, Yoan et son frère sont bercés par la musique des Antilles par leur maman, danseuse folklorique (de gwo ka et de biguine).

En 1994, les deux frères fondent, en compagnie de leur cousin Chacha, le groupe Trade Union. Unis par la même passion de la musique et inspirés des plus grands dans l’univers du hip-hop et du R&B comme les Boyz II Men, Stevie Wonder, Michael Jackson ou encore leurs références en France, K-Reen et Moise (Tribal Jam), ils font le tour des scènes parisiennes afin de se faire connaître et remarquer.

Une initiative réussie, puisque trois ans plus tard, ils sortent leur premier morceau intitulé “D’1 mot”.
En 2006, c’est une collaboration qui va complètement changer la destinée de Trade Union. Yoan, Gregz et Chacha interprètent Au bout des rêves aux côtés du rappeur Booba, et sont ainsi largement reconnus par le public français.

Quelques années plus tard, ces amoureux du R&B français décident de se séparer pour que chacun puisse mener à bien ses projets personnels.
Et c’est une autre rencontre qui va bouleverser la carrière de Yoan. Le jeune homme se laisse convaincre par l’artiste guadeloupéen, Dj Jaïro, de se lancer dans une nouvelle aventure aux consonances caribéennes avec une pointe de R&B. Un choix, pour l’instant, plus que judicieux puisque le chanteur est aujourd’hui une star montante dans le milieu du zouk.

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Mise à jour : février 2016




Sélène Agapé
Jeune journaliste, ma curiosité maladive se marie plutôt bien avec ma passion de l’écriture. En savoir plus sur cet auteur


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