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Rencontre avec Victor O : “Je me vois plutôt comme un chroniqueur de l’ère du temps”


Par | Le 21 Mai 2016 | Lu 1174 fois

Si la musique est véritablement la langue des émotions, Victor O (Emmanuel Valere pour l’état civil) sait la manier avec ferveur. Fort de 25 ans de carrière, le chanteur d’origine martiniquaise ne sait pourtant jamais sur quel chemin le conduira une chanson. Auteur, chroniqueur et fin observateur du monde, il s’est arrêté un instant à la rédaction de Girlykréyòl pour parler d’amour, de géopolitique, de créole pop et, bien entendu, de musique, un art essentiel à sa vie.


Rencontre avec Victor O : “Je me vois plutôt comme un chroniqueur de l’ère du temps”
Pour ceux qui ne connaissent pas votre histoire, d’où vient votre nom de scène : “Victor O” ?
Victor O :
Je suis le dernier d’une fratrie de 5 garçons. Quand j’étais petit, j’étais un peu l’intouchable de la maison. Un jour Gérard, l’un de mes frères, m’a pris à part et m’a dit : “Tu sais quoi, tu n’es pas notre petit frère. Tu as été adopté et ton vrai nom, c’est Victor Orebon”. Ça me faisait pleurer enfant. Quand j’ai décidé de lancer ma carrière en solo, j’ai cherché un pseudonyme parce que j’aimais bien les artistes qui en avaient comme David Bowie avec Ziggy Stardust ou encore M pour Matthieu Chedid. Alors, j’ai choisi celui de Victor O, c’était vraiment LE NOM pour moi, vraiment.

Vous sortez un album collector, après deux albums studios (Revolucion Karibeana, Diasporas (In Tempore Conquestus), pour quelles raisons ?
Victor O :
En octobre dernier, je suis parti en voyage à Montréal pour un gala. J’ai emmené avec moi le photographe Georges-Emmanuel Arnaud, dans l’idée de faire un shooting. Durant mon séjour, on m’a demandé si je n’avais pas un support qui regroupe tous mes titres. Je me suis dit qu’un album collector serait bien accueilli. Alors, on s’est servi du shooting prévu pour faire la cover et l’atwork du collector. Tous mes “succès” datant de ces 6 dernières années sont réunis sur cet album, en particulier des morceaux importants de ma discographique qui étaient dispersés sur des compilations, pas identifiés en mon nom propre, comme “Vini Dou” ou “Chacha”. Il y a également sur ce CD deux remix, celui du titre “Saudade” qui a été composé par Gilles Voyer ainsi que celui de la chanson “Soudoyé Sa”, fait par un ami à moi : DJ Walter Wallace. Et puis, il y a aussi un morceau inédit, un tube qu’on avait depuis un moment en gestation avec Joël Jaccoulet [PDG du label B. Carribean], qui est mon associé, un frère, et une pièce maîtresse du projet. Nous avons décidé de l’inclure à l’album, il s’agit de “No limit”. Ce collector est le projet le plus rapide de ma carrière.

Comment avez-vous sélectionné les morceaux qui figurent sur cet opus ?
Victor O :
La sélection a été assez simple, j’ai décidé d’y mettre tous les titres qui avaient eu un clip, et un remix. L’idée, c’était que les gens qui découvraient ma musique à travers ce support puissent aussi avoir le support visuel de chaque chanson. Le choix des titres n’a pas été difficile, contrairement au choix de leur ordre dans l’album, car tous les morceaux n’ont pas connu le même succès. Nous avons donc décidé, avec Joël Jaccoulet, de procéder selon notre ressenti.

Vous êtes un artiste très éclectique, comment définiriez-vous la musique de Victor O ?
Victor O :
Je suis profondément caribéen, inspiré par la musique des Caraïbes et la musique antillaise. Je définis cela par un terme que nous avons trouvé avec Joël Jaccoulet : créole pop [Créole Pop est également le nom d’un album produit par ce dernier]. Pas pop créole, parce que c’est une musique qui est pop parce qu’elle est créole [rires].

Vous avez beaucoup voyagé et cela se ressent dans vos morceaux, comme par exemple dans “Dansi Mang”. Comment trouvez-vous le juste-milieu dans toute cette mixité ?
Victor O :
Le mélange, ça a toujours été ce qui me constitue artistiquement. Par exemple sur “Dansi Mang”, l’idée était vraiment celle d’un partage. Je pense que dès le départ, il s’agit de démarches artistiques très sincères. Ensuite, j’ai une certaine facilité pour les mélodies.

Y a-t-il des lieux que vous appréciez particulièrement ?
Victor O :
J’aime beaucoup la Guyane. C’est bien plus qu’une région française, c’est vraiment un pays. Parce qu’il y a quelque chose de tellurique en Guyane, on se sent en rapport avec la Terre, c’est difficile à expliquer.

Y a-t-il des artistes avec lesquels vous souhaiteriez travailler ?
Victor O :
Il y a quelques chanteuses et notamment lusophones avec qui j’aimerai bien chanter. Sara Tavares par exemple, que j’aime beaucoup. Pour faire un duo, il faut vraiment qu’il y ait une envie et un sens artistique communs. Quand je fais une invitation scène, ce n’est jamais pour faire une affiche. Sur mon dernier album, j’en ai fait une avec Dominik Coco [“Redemption Time”] parce qu’il y a un feeling entre nous, et je pense qu’on fera d’autres choses ensemble. C’est important pour la sincérité et la force du spectacle que les choses viennent du cœur.

Vous avez abordé des thèmes qui restent encore “tabous” comme l’identité, la crise (avec “No Crisis”), comment vous y êtes-vous pris ?
Victor O :
Ces thèmes, ce sont des choses qui nous gouvernent aujourd’hui. L’identité, c’est profondément le sujet français du moment, et la crise tout autant. En tant qu’auteur, je me vois plutôt comme un chroniqueur de l’ère du temps. Le rôle de l’artiste, c’est toujours de devancer le ressenti. Je me sens aussi comme un chroniqueur de la chose amoureuse, ça me passionne.

Rencontre avec Victor O : “Je me vois plutôt comme un chroniqueur de l’ère du temps”
Est-ce qu’il vous reste des rêves à réaliser ?
Victor O :
J’ai envie de rencontrer des cultures différentes, pour encore faire du mélange musical. J’ai envie de voyager. Sachez que j’ai un véritable respect pour le public qui m’a porté et emmené où je suis. Ce que j’aime et ce que j’ai fait avec Diasporas, c’est amener le public vers d’autres destinations.
Il y a un continent qui me fascine, c’est l’Afrique. Je lis beaucoup de choses dessus, étant passionné par la géopolitique, et je pense que l’Afrique aura quelque chose à voir avec mon futur. J’ai envie de rencontrer des terres qui nous parlent à tous, Antillais, comme le Bénin, parce que c’était le royaume du Dahomey. J’ai aussi envie de connaître le Congo Kinshasa. J’ai un grand rêve : aller à Lubumbashi [ville située en RDC].

Si vous deviez changer le monde demain, que feriez-vous ?
Victor O :
Je m’attaquerais à l’inégalité sociale. C’est très large, mais je mettrais un peu d’égalité, sans être utopiste. Un peu plus de justice sociale. (Et dans la musique antillaise ?) Je changerais l’état d’esprit. J’insufflerais l’esprit de conquête.

Concernant l’actualité de Victor O…
Victor O :
La promotion de l’album Diasporas reprendra au cours de l’année. Deux autres clips devraient voir le jour : “Marianne” et un autre titre, mais je vous réserve la surprise !

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Sélène Agapé
Jeune journaliste, ma curiosité maladive se marie plutôt bien avec ma passion de l’écriture. En savoir plus sur cet auteur


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