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Photos d'art de Philip DELOS au Cimetière de Morne-à-l'Eau, à la Toussaint


Par | Le 1 Novembre 2014 | Lu 740 fois

Qui aurait pensé qu'un cimetière puisse être photographié pour donner des photos d'art et faire l'objet d'un beau-livre ? Philip DELOS a relevé le défi, ou du moins le cimetière de Morne-à-l'Eau, avec son allure remarquable réhaussée à la Toussaint a fait son invitation. Cette année-là ils se sont conviés, ils se sont bien trouvés : la chimie a opéré. Donnant-donnant, 200 clichés de conversation graphique entre ces deux-là. En résultat, deux expositions dont une majeure sur les grilles du cimetière et aujourd'hui un bel ouvrage. Rien de sinistre, que des couleurs primaires (rouge, jaune, bleu) et scintillantes au vent dans cette nuit constellée de Toussaint. Des pages et des textes (traduits en 4 langues), des détails sur lesquels nos yeux n'ont peut-être pas pris le temps de s'attarder par pudeur. Des ambiances feutrées et des décors propices au recueillement si justement retranscrits photographiquement donnent tout son relief à cette féerie graphique et chromatique qu'offre ce cimetière, à ce moment de l'année si religieusement suivi autant par les familles que les touristes.



Photos d'art de Philip DELOS au Cimetière de Morne-à-l'Eau, à la Toussaint
ALORS PHILIP DELOS : POURQUOI AVOIR CHOISI DE PHOTOGRAPHIER UN CIMETIERE, CE CIMETIERE A LA TOUSSAINT ?
D'abord honneur à mon grand-père, passionné de photographie et de cinéma. Dès l'âge de 7 ans, je capturais, je mitraillais de mon Instamatik presque tout ce qui composait mon environnement en Guadeloupe. A la Toussaint, je passais devant ce cimetière illuminé sans y rentrer : dans ma famille, c'était une affaire d'adultes. En grandissant, j'ai toujours été fasciné. Et en tant que photographe confirmé, ce qui m'a le plus attiré, ce n'est pas le monde de la mort (qui généralement repousse un peu), c'est l'effet des lumières. J'ai voulu mettre à profit mes connaissances en photographie, notamment de la technique de la pause longue sur un sujet comme celui-là. Je m'y suis rendu la première fois avec des amis métropolitains : le «phénomène Tour Eiffel», vous savez : on ne visite pas nos sites, les touristes eux visitent ! Ils ne m'ont donc pas laissé le choix. J'ai amené mon appareil photo. Je n'étais pas à l'aise pour prendre des photos car j'étais avec eux, pour une soirée découverte. Je me suis dit que j'y retournerai. Entre-temps, j'ai voulu faire voir les résultats et j'ai moi-même été surpris par la qualité des photos due à la richesse du sujet en fait.
 
2008 : LA BONNE ANNEE POUR ETRE AU BON ENDROIT ?
J'y suis donc retourné l'année d'après, en 2008. Et là, j'avais le bon matériel : un trépied (pour la photo de nuit). J'étais donc tout seul pour ne pas être perturbé. Je suis rentré comme un visiteur - toujours craignant de gêner. Et au contraire, c’est les gens qui croyaient qu’ils me gênaient. Ils ont été très conciliants, très agréables. Jusqu’à se baisser sous mon appareil photo pour ne pas me gêner. Et là j'ai découvert, ce que je raconte un peu en préface du livre : un monde incroyable, un univers où des gens rigolent… il y a quelques larmes un peu retenues, des gens qui se mettent dans leur coin pour prier… Dans l'ensemble il y a cette atmosphère gaie - on va dire, plutôt joyeuse - le mot est peut-être un peu fort ! On va dire, enjouée.
Et donc, c'est à ce moment, là que je me suis pris au jeu. J'étais en plein dedans : la photographie conceptuelle qui me permet de "montrer ce que l'oeil ne voit pas", d'accentuer le cas échéant les couleurs et les contrastes. J'ai commencé à faire ces photos, dans les moindres détails. Il y a tellement de détails. Chaque détail est important. Il y a tellement de matières : les lumières, les ombres…  ces impasses étriquées qui laissent entrevoir d'autres sépultures… ces effets de tunnels… C'était vraiment fascinant. Je suis rentré au cimetière sous le coup de 19 heures, j'en suis sorti vers 22 heures. Et c'est le gardien qui m'a dit : "Monsieur on ferme" ! La bonne année, celle de ces 200 clichés !

DE LA PHOTOGRAPHIE D'ART DANS LE CIMETIERE DE MORNE-A-L'EAU ILLUMINE : SACRE DECOR SACRE ?
Exact, je n'avais rien à mettre en place. Tout était en place : les lumières, le décor, le paysage (d'ailleurs, la plupart des photos sont au format paysage, c'est-à-dire horizontales)… C'était comme dans un studio, en fait. Je baignais dans un paysage d'ombres et de lumières - voilà tout trouvé le titre de la première exposition dans le hall de RFO en 2009 puis de l’ouvrage !
Il y avait beaucoup de gens… des gens que j'ai évité de photographier volontairement par souci du droit à l’image et surtout pour respecter leur recueillement. Je me suis dit que c'est vraiment le lieu qui m'intéressait de capturer et non les individus en tant que tels. En fait, on sait très bien que les flammes ne se sont pas allumées toutes seules… donc la présence humaine est indéniable. C'est elle qui "donne vie" à ce lieu, voire qui y met de l'ambiance, des couleurs… en un tel jour de célébration. Comme des fourmis-ouvrières qui rentrent dans le cimetière, se faufilent dans les allées, transportent des bougies et des lumignons, les allument avec des allumettes, décorent les tombes de leurs proches, vont et viennent, s'animent, animent le cimetière… et au fur et à mesure le cimetière se remplit en personnes et en éléments de décor.
J’ai retrouvé - si je peux ainsi m'exprimer - la féerie de mes Noëls d'avant - où mes parents mettaient des porte-bougies dans le sapin puis les chaussaient de bougies (qu'on allumait pas pour éviter tout feu), puis sont venues les guirlandes scintillantes… A Noël aussi donc, c'est crescendo que les choses s'illuminent, sont décorées et les humains s'animent, se réunissent… Ce sont mes souvenirs de gamin. Point commun au religieux : l'illumination, le feu omniprésent… ! J'espère que ces lueurs vont rester ! On est passé des bougies aux lumignons… j'espère que ça ne va pas finir avec des faux lumignons à piles que l'on trouve sur certaines tables de nuit ! (Rires de nous deux : car j'avoue que je n'avais pas pensé à ces lumignons à piles, comme alternative possible dans un futur lointain !)

Photos d'art de Philip DELOS au Cimetière de Morne-à-l'Eau, à la Toussaint
VOUS SEMBLEZ AVOIR MEME CAPTURE LES «DERNIERS» KAKABOUJI ?
Les "anciennes" bougies, les chandelles, les bâtons de paraffine, c'est ce qui donnait autrefois, cette couleur jaune à l'illumination. Ca se perd. Je suis arrivé à en photographier au pied de la grande croix, alors que ces bougies étaient sur leur fin, déjà réduites en kakabouji. Aujourd'hui, les lumières sont un peu moins vacillantes, un peu confinées dans un globe - certes pour mieux résister au vent et à la pluie et surtout pour des raisons de propreté du cimetière. Cependant, même si nostalgique, je dois avouer que les lumignons ont rajouté du rouge à mes prises de vue. Contre le noir et le blanc des damiers : il y a le jaune (un peu proche du blanc), le rouge très vif des lumignons et des fleurs (sort du monochrome), le bleu (de la nuit et du reflet de certains carrelages). Tout a contribué à la richesse et à la magie de ces photos.
 
QUELLES SONT LES PREMIERES RETOMBEES DU LIVRE DANS LE PUBLIC ?
Tout juste débarqué sur le marché, je n'ai pas vraiment de retour sur les réflexions du grand public. Mes connaissances m’ont dit avoir souhaité l'acquérir en disant que "C'est un ouvrage à posséder, comme un beau livre dans sa bibliothèque !". J’ai appris que certaines personnes semblent en vouloir pour leurs amis et enfants vivant en France ou à l'étranger. La Toussaint 2014 est définitivement le bon moment pour le faire connaître au grand public et aux passionnés des beaux sites qu’offre l’Archipel Guadeloupe. De plus, le fait qu’il soit en français, créole, anglais et espagnol autorise cet ouvrage à voyager au-delà de toutes les frontières.
 
LES 10 QUALIFICATIFS/TAGS POUR DECRIRE LE CIMETIERE DE MORNE-A-L'EAU A LA TOUSSAINT ?
Monumental / Sa forme en arène / Incontournable (par son architecture et sa localisation) / Féerique (peut-être pas approprié pour un cimetière ?!?) / Surtout pas mortuaire, ni macabre (désolé, avec tout le respect que je porte à la nature première de ce lieu !) / Magique / Ambiance humaine conviviale et pleine d'humilité / A découvrir absolument, "même si on n'a pas de parents enterrés là") / Très graphique (par les damiers, l'architecture, la disposition des tombes…) / Une découverte socio-culturelle à portée patrimoniale.
 
VOTRE MOT DE LA FIN
Je ne peux conclure sans exprimer ma reconnaissance à Monsieur LOMBION, Maire de Morne-À-L’eau qui, ce jour de novembre 2009, après avoir pris le temps de découvrir mes clichés du cimetière de Morne-À-L’eau exposés dans le hall de RFO, a exprimé sur mon livre d'or, combien il avait été séduit ainsi que des encouragements à poursuivre. Et la suite ne fut que succession de belles aventures, de belles rencontres et de belles actions. En 2010, la commune a adhéré à mon projet d’exposition "A Ciel Ouvert" sur les grilles du cimetière… Et voilà, cet ouvrage que je vous présente ce jour, dont est éditeur la ville de Morne-À-L’eau. Merci à chacune, à chacun et à tous ceux sans exception qui y ont contribué avec passion et professionnalisme. Et des salutations particulières à mes amis-touristes qui un jour m’ont poussé à rentrer visiter ce cimetière…



Une experte de la presse avec une expérience à l’International ! En savoir plus sur cet auteur


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