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Nolween Eawy : "Je crois que mes livres parlent pour eux-mêmes"


Par La Rédaction | Le 31 Janvier 2012 | Lu 1010 fois


Nolween Eawy est votre pseudonyme d'auteure ?

Oui, en effet. D’ailleurs, je paie chèrement, aujourd’hui, le fait d’avoir opté pour un pseudonyme sur un coup de tête il y’a quatre ans. Avec mes multiples activités professionnelles, les gens ne savent plus comment m’appeler et moi non plus d’ailleurs (rires).
Au niveau administratif et bancaire, mon pseudonyme est devenu un vrai casse-tête à dompter. Mais je ne peux plus faire marche arrière, mon pseudonyme a acquis sa propre identité et est devenu indissociable de mes livres. A l’époque je ne souhaitais pas utiliser mon véritable nom, afin de ne pas inclure ma famille dans mes étranges lubies.
De plus les thèmes difficiles abordés dans mes ouvrages auraient semé le trouble et donné lieu à des amalgames avec ma vie réelle. Je souhaitais éviter cela.  De plus, il n’était pas très « bankable » sur une couverture de livre. Franchement entre Nolween Eawy présente et Marie-Catherine Marguerite Idel-Vichery, quel livre achèteriez-vous? Ne mentez pas (rires).
Mon pseudonyme est un hommage à ma fille aînée et à une forêt près de la ville de Rouen, qui m’a toujours effrayé. Je suis terrifiée par les forêts depuis l’enfance et cela ne s’arrange guère avec le temps. Une jolie façon de me moquer de mes frayeurs et phobies.
Stéphane "le doc" Jarrin
Stéphane "le doc" Jarrin

Pouvez-vous vous présenter ?

Tu as quelques décennies devant toi ? Plus sérieusement, je suis comme les chats, j’ai vécu plusieurs vies. Cela s’appelle de l’hyperactivité pour la médecine et de l’instabilité pour le Pôle-Emploi. Difficile de me présenter avec ce  labyrinthe et toutes ces personnalités qui parsèment ma vie. Pour résumer, j’étais une petite fille joviale qui s’inventait un monde imaginaire déluré. Je vivais dans un HLM avec ma mère et n’avais aucun projet d’avenir concret. J’ai cumulé les petits boulots et les études sans conviction et motivation, lors de mon départ en Métropole.
J’ai écumé les Secours Populaire et les fins de mois difficiles en me demandant ce que j’allais devenir. Ma rencontre avec mon mari, a été le véritable déclic. Il m’a redonné confiance en moi et en mes capacités et c’est là que le terme « artiste » s’est imposé à moi. Je l’avais toujours été, sans vraiment exploité cette fibre, il m’a aidée à faire le tri dans mes choix et laisser commettre des erreurs afin de trouver la voie qui me conviendrait le mieux. On ne devient pas artiste avec le temps, c’est un mode de vie et un art de vivre qu’il est difficile d’accepter.
On n’entre pas dans le moule de la conformité et dans la pensée collective, être artiste n’est pas un métier. II m’a fallu des années pour accepter ce statut et ne plus chercher à me conformer au « métro-boulot-dodo », avec tous les inconvénients qui en découlent. La vie d’artiste est difficile, je le confirme au quotidien. Mais c’est mon choix.

Qu'est-ce qui vous pousse à l'écriture ?

Si j’avais du choisir réellement, je ne serais jamais devenu auteur. D’ailleurs, je ne cesse de dire à mes filles, de ne surtout pas choisir cette voie si elles ne veulent pas finir sous les ponts (rires). L’écriture s’est toujours imposée à moi depuis l’enfance et j’ai passé des années à ignorer ses appels. Je me rappelle gamine que je modifiais les fins des histoires de ma collection de comtesse de Ségur.
La Princesse égorgeait le Prince et finissait dévorer par ses enfants. Une manière maladroite de broyer le noir que m’imposait un quotidien dans un quartier difficile.  Quand tout allait mal, j’écrivais des bouts d’histoires au lieu de pleurnicher en vain. Quand tout allait bien, j’écrivais des  histoires sombres pour maintenir le mal dans mes pages et non dans ma vie.
Puis j’ai totalement cessé d’écrire, jusqu’à que cela me reprenne vers mes 19 ans. J’avais gagné le prix du meilleur auteur de fan-fiction sur un forum et j’ai persévéré dans cette voie. J’ai écris mon premier ouvrage, « Les enfants de l’ombre » en Avril 2008 et ma touche Eawyienne s’est imposée d’elle-même.

Comment décidez-vous de vous orienter dans le genre Fantastique-Horreur ?

(Rires) Si j’avais pu décider j’aurais opté pour la « chick-lit » (romans pour les filles) ou la « bit-lit » (Littérature d’amour et de fantasy urbaine telle que la saga Twilight) et certainement pas pour le genre Fantastique/Horreur qui ne dispose pas d’un grand lectorat. Hormis Stephen King ou des Dean R. Koontz, qui ont trouvé la formule magique, les auteurs de ce genre ont bien du mal à conquérir le grand public. La terreur se vend bien au cinéma, beaucoup moins dans la littérature. C’est un genre qui s’est imposé directement à ma plume. J’aime à dire que j’écris pour éviter de sombrer dans la folie et ce genre est parfait pour évacuer la noirceur des âmes. Néanmoins, depuis que je suis maman de deux adorables fillettes, j’ai aussi envie de joie et de soleil dans mes écrits, sans perdre ce style qui m’est cher. J’écris aussi des livres pour enfants qui abordent leurs peurs et donnent vie à leurs imaginaires.

Parlez-nous de vos livres ? D’où vous vient l’inspiration ?

Je crois que mes livres parlent pour eux-mêmes et que je suis la plus mal placée pour en parler (rires). Si je pouvais tenter de les résumer, je dirais qu’ils expriment notre quotidien. Toutes ces horreurs que l’on lit dans les faits-divers ou qu’on voit au journal télévisé, sans y prêter attention. Nous avons l’impression que le malheur restera toujours à notre porte et cela ne nous concerne pas tant qu’il ne nous touche pas directement. Les Hommes sont ainsi, ils ont l’œil rivé sur leur nombril et pensent qu’ainsi le malheur ne concernera que son voisin. Hélas, nos enfants grandissent dans cet univers et eux ne ferment pas les yeux sur ce qui se passe autour d’eux. Ils se forgent avec ce monde laissé par des adultes aveuglés et sont souvent les premières victimes de ce mal qui nous encercle et nous engloutis un peu plus chaque jour. De victimes, ils deviennent aussi bourreaux, copiant la violence sans faire la différence entre le bien et le mal. Voici les thèmes récurrents de mes livres et j’aime dire qu’ils sont plutôt à classer dans le style « terreur psychologique ». Je pense qu’il n’y a pas besoin d’effusion de sang pour effrayer le lecteur, il suffit de lui dire ce qu’il préfère ignorer et cela fait bien plus mal encore.

Nolween est aussi gérante de Ma Boit'aplumes, partagez avec nous en quelques lignes votre univers ?

Les auteurs vivent difficilement de leurs plumes, très peu font partie de l’élite.  Je dois travailler, comme tout le monde, pour gagner ma vie. Mais je tenais à rester dans l’univers littéraire et l’art créatif qui sont mes passions. J’ai donc crée « Ma Boît’aplumes », après avoir suivi une formation d’Ecrivain Public, afin d’aider et soutenir les artistes de tous horizons et tout bord, pour leur projets et leur promotions.
Je propose aussi des animations d’atelier d’écriture et d’arts créatifs aux enfants, adolescents, adultes, personnes âgées, associations, écoles, bibliothèques, centres pénitentiaires.
Il m’est encore difficile de boucler mes fins de mois avec cette activité néanmoins très riche en rencontres et en joie. Je travaille aussi en tant que correspondante locale pour le France-Antilles, une autre manière de manier ma plume en valorisant les communes du Sud de la Martinique.

Vous êtes Martiniquaise, comment voyez-vous l'évolution d'un auteur aux Antilles-Guyane ?

Sincèrement, le marché du livre va très mal et la frilosité des éditeurs Antilles-Guyane ne fait qu’empirer la situation.  Les gens lisent de moins en moins, le livre a été remplacé par d’autres médias plus attrayants (télé, radio, jeux-vidéos et surtout internet).  L’apparition des livres numériques et des supports innovants, semble apporter une réponse à ce besoin de modernité dans la littérature mais ne peut enrayer dans l’immédiat cette défection des lecteurs.
Les maisons d’édition tentent de changer la donne en innovant sans relâche. Hélas, les maisons d’édition Antilles-Guyane ont des trains de retard à ce niveau et ne semblent pas vouloir avancer, se campant sur des positions désuètes.  Sans parler de leur manque d’ouverture au monde. Ils sont campés sur des thèmes comme l’esclavagisme, la créolité, le tourisme ou la politique des îles, et ne laissent pas la moindre chance à tous ces jeunes auteurs qui écrivent sur des thèmes plus variés.
Promouvoir les îles à travers la littérature est une bonne chose, mais en 2012, il serait temps aussi d’écrire sur d’autres thèmes et laisser les auteurs s’exprimer autrement.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans l'écriture ?

Ne pas céder aux chants des sirènes des éditeurs véreux et ne pas baisser les bras face à toutes les barrières qui ne manqueront pas de barrer leur chemin. C’est un univers de requins et les plus reconnus ne sont pas forcément les plus talentueux.
Le milieu littéraire doit faire face à une crise sans précédent et les auteurs sont les premiers à en pâtir. Sans parler de la technologie numérique et des supports visuels devenus nécessaire à la promotion des auteurs, qui ne sont pas à la portée de tous. 
Je dirais simplement, de croire en leur talent et surtout de garder espoir et patience. Ce qui n’est pas mon fort (rires).

Quels sont vos projets pour l'année 2012 ?

Au niveau littéraire, je recherche activement des éditeurs pour mes derniers ouvrages et revoit totalement ma promotion pour mieux inclure les nouvelles technologies.  Une année charnière pour donner un second souffle à mon univers littéraire qui souffre beaucoup face à toutes ces innovations et ces promotions pétaradantes.
La concurrence est devenue audacieuse et créative, car tout le monde veut sortir son épingle du jeu et il faut un budget conséquent pour y parvenir. Le talent suffit de moins en moins. Au niveau professionnel, j’espère développer de manière plus régulière mes ateliers d’écriture et d’arts créatifs. Pour cela,  je souhaite m’investir un peu plus avec les écoles.
J’ai aussi proposé un projet de recueil collectif avec le centre pénitentiaire de Ducos et c’est mon souhait le plus cher pour la nouvelle année.

Un dernier mot ?

Malgré les phases de découragements et les difficultés à payer les factures, je ne regrette pas mon choix de vie. La vie est trop courte pour ne pas faire ce qui nous plaît vraiment. Voilà pourquoi, je m’investis beaucoup avec les enfants pour leur donner le goût des arts, s’ouvrir au monde et qu’ils sachent que dans la vie… tout le monde a le choix, il suffit de s’en donner les moyens. 
Merci pour ce temps de parole, que vous m’accordez et j’espère ne pas en avoir trop abusé (rires).







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