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Nèfta Poetry : "Mon métier est universel"


Par La Rédaction | Le 23 Novembre 2010 | Lu 1862 fois

Spécial Femme Active. Fanm, Fanm doubout. Nèfta Poetry est Stéphanie Melyon-Reinette, notre première interview Femme, ça commence Fort....


Nèfta Poetry : "Mon métier est universel"
Qui est Nèfta Poetry ?
NP : Nèfta Poetry est mon alter ego, à moi Stéphanie Melyon-Reinette. Je pense que chaque être est fait de logique et de raisonnement, d'une part, et de sensibilité, de sensitivité et de sensualité, d'autre part. Stéphanie est ma partie logique et raisonnable (raisonnée) et Nèfta est la partie poétique, sensuelle... J'ai voulu faire la part des choses. Mais au fond, ce sont les deux faces d'une seule pièce, les deux visages d'une seule femme. Nèfta est ma part fémininement sincère, sensuellement honnête, sensément femme... Nèfta est donc une femme qui s'exprime par des vers, avec son corps aussi... âme, esprit et corps. L'art, c'est un peu l'expression du lien que l'on tisse entre ces trois choses...

Quel est votre parcours professionnel ?
NP : mon parcours professionnel... Il est complexe parce que multidimensionnel et pluriel. Tout individu est pluriel. Il lui reste à exploiter cette multiplicité d'êtres. Donc Stéphanie a toujours concilié à plus ou moins juste mesure, son « pile » découverte (rappelez-vous les deux côtés de la même pièce) et son « face » artistique. En tant qu'universitaire et chercheur (sociologie, civilisation américaine), Stéphanie a initié des études des langues étrangères à 'université Paris XII (Créteil) en LEA anglais/espagnol – commerce international, pour se rediriger en Langues, Littératures et Civilisations Etrangères (LLCE) anglais... Une filière purement littéraire. Sciences Humaines. Les langues continuent à me passionner parallèlement à un intérêt grandissant pour les sociétés noires (nègres). Je m'intéresse aux cultures noires, aux histoires (esclavage, colonisation, etc. ). Je dirais que c'est aussi un héritage familial. Reinette est un nom qu'il faut assumer... En Guadeloupe notamment. Enfin, je l'accepte et essaie de le transcender. 

C'est une quête identitaire que j'essaie de satisfaire en rentrant aux Antilles pour étudier les civilisations de la Caraïbe anglophone. J'ai poursuivi toutes mes études aux Antilles jusqu'à ma thèse de doctorat. Parallèlement à cela, j'ai continué la danse. Je crois que je danserai tant que j'aurais des jambes. Depuis que je sais penser et que je comprends ce que je perçois, la danse est devenue ma passion. Et j'ai tanné mon père pendant deux ans pour danser. Il m'y a inscrit à l'âge de 6 ans. Depuis, je m'épanouis à travers ce mode d'expression, de recherche et de création. J'ai enseigné la danse dans des ateliers (Lucette Bogat) dès le collège. Elle m'a permis de faire mes premières armes et de laisser libre cours à mon processus créatif... Ensuite, partie en France hexagonale trois ans pour mes études, j'ai pris des cours au Studio Harmonic (quoique les études universitaires prédominaient). 

Dès mon retour en Guadeloupe (2002), la danse reprend une place primordiale, je travaille avec Erik Gagneur et anime des ateliers en tant que première assistante du chorégraphe et danseuse semi-professionnelle. Expérience très enrichissante encore. Par la suite, je continue mon chemin entre études et danse... L'écriture est là, en filigrane. Il y a l'écriture rédactionnelle (université), l'écriture corporelle (danse) et l'écriture poétique... Cette dernière reste cachée, secrète, cathartique, exutoire... De retour à Paris, début 2009, je dans pour Erik : expérience nouvelle. Ce type de danse requiert une vision différente : de l'espace, de la danse en tant qu'idiome par ailleurs... De belles scènes : Olympia (Erik), Scène bastille (Erik Cosaque, Erik... ), La Cigale (Erik)... En un an... De belles rencontres. 

Et puis, je publie mon recueil – sous mon nom de plume Nèfta – en 2009. Les Bleus de l'existence apparaissent dans la collection Slam de L'Harmattan. Mon premier recueil de poèmes que je fais vivre avec force et motivation sur la scène poétique et dans le milieu littéraire. Enfin, je crée le concept N'Ka SLAMik qui me permet de faire vivre ma poésie à travers ma voix et mes rencontres... Ce concept est basé sur le partage d'une émotion, d'idées, de vibrations... Les mots vibrent de maux qu'il nous faut exorciser, vivre, libérer, digérer...

Est-il difficile d'être une Femme dans votre milieu Professionnel ?
NP : il est toujours difficile d'être une femme quel que soit le milieu professionnel... Une femme doit toujours – pour ainsi dire – prouver deux fois plus de choses... On sait que les inégalités sociales et salariales existent encore entre hommes et femmes. Toutefois, je pense qu'une femme doit donner le maximum... En ce qui me concerne, je n'ai pas à me plaindre. Je n'ai jamais eu de soucis en tant que femme... Ni pour négocier mes contrats, ni pour imposer ou partager mon point de vue... Je pense que les femmes artistes ont une place conséquente dans les sphères de création aujourd'hui. Donc...

Comment voyez-vous votre métier en Guadeloupe ?
NP : je vis et travaille actuellement en Guadeloupe... Mais ça n'a pas toujours été le cas. J'ai toujours voyagé et mon travail m'amène à beaucoup me déplacer, à beaucoup partir de mon île. Je suis pour la mobilité : la recherche comme l'art me pousse à sortir des frontières physiques de mon île. J'ai fait une grande partie de mes études en Guadeloupe, mais j'ai toujours vu l'ailleurs. Etats-Unis, Caraïbe et Europe... Je ne m'impose pas de frontières créatrices, philosophiques, ou de recherche... Et mon identité ne s'en trouve certes pas altérée... Mon métier est universel. Je pense que l'art à cela d'exceptionnel, c'est que tout en émergeant à travers des codes et des univers de sens propres à l'artiste, il peut toucher tout le monde...

Votre vie de Femme Active, comment conciliez-vous la vie familiale et professionnelle ?
NP : je dirais simplement « une femme suit facilement son mari, le contraire est moins vrai »... Cela dit, je n'ai pas encore d'enfant donc il est plus aisé pour moi aujourd'hui de voyager (ce qui est essentiel pour moi) et de développer mes idées et les différents concepts que j'ai en tête... Toutefois, j'ai le sens de la famille. Et lorsque j'aurais trouvé l'homme qui me conviendra et me comprendra (Je ne suis pas adepte de l'idée qu'une femme devrait tout sacrifier à sa famille ou à son mari... Un parent est d'abord un individu qui a besoin d'être épanoui...) je pense que je ferais ce qu'il faut pour aménager ma vie de couple, de famille et de création...

Avez-vous déjà été confrontée à un dilemme de Femme Active ?
NP : qu'est-ce qu'un dilemme de « femme active »... ? Qu'un homme vous demande de choisir entre votre métier et lui... ? (rires). Peut-être... Cela dit, je pense que rien ne me détournera de moi-même... Si demain, je faisais un de ces choix où l'on aurait l'impression de sacrifier ses rêves et ses ambitions, je pense que je l'aurais décidé. Que se serait réfléchi...

Elle vous fait rêver, qui est votre Femme Active préférée ?
NP : je ne suis pas une « fan »... Je pense par ailleurs que la plupart des modèles qui m'ont exhortée à me dépasser sont du sexe opposé... J'ai aimé Bob Marley pour ses idées, Che Guavara pour son combat... Mais si je devais parler de femme... Je pense que je nommerais Rachida Dati sans en être fan pour autant... Elle est belle, élégante, intelligente, c'est une femme de poigne, et faite pour diriger... Le fait qu'elle ait été « moquée » parce que deux jours après son accouchement, elle a repris le boulot a été très symbolique pour moi. Elle voulait incarner la femme active et moderne qu'elle est et que toute femme aspirerait à être, mais on aurait attendu d'elle – visiblement – qu'elle reste alitée comme toutes les femmes... Elle aurait pris deux mois qu'elle aurait été vue comme une « femme » inapte à exercer le pouvoir... Quel dilemme...

Nous ne serions pas des Femmes, si nous ne parlions pas chiffons...
Une Femme active a un Style...

Alors, vous êtes plutôt Style BCBG, Glamour, Tendance ou Naturel ?
NP : je définirais mon style comme naturel et ethnique. Je ne suis pas de mode particulière. Je ne m'inscris pas dans une tendance... Je pense simplement à me sentir à l'aise dans ce que je porte. Je n'aime pas les artifices et les dépenses inutiles. Je ne suis pas une fan de shopping même si je peux être coquette. Je n'aime pas me maquiller (excepté pour les représentations et les sorties, mais ça reste léger...), ni aller chez le coiffeur pour user et abuser de produits coiffants... Froufrous, paillettes et bijoux ne sont pas mes apanages préférés... Pour une femme n'est jamais plus belle que lorsqu'elle – et son conjoint – est naturelle...

Si vous deviez partir sur l’îlet du Gosier avec un seul objet, quel serait cet objet ?
NP : un livre...

En conclusion, quelle est la rubrique que vous pourriez lire d'un trait sur GirlyKréyol ?
NP : j'aime la mode et les conseils de beauté... Je suis une femme... J'aime cuisiner, j'aimerais enfanter, et le sexe fait parti de notre vie à tous... Je choisirais par ordre de préférence « cuisine & Déco »...

GirlyKréyol gratifie la femme active, un dernier mot ?
NP : Fanm doubout... Fanm sé zéléman... La femme est essentielle et forte...





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