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Nathaly Coualy : "il faut oser être soi"


| Le 31 Mars 2012 | Lu 1471 fois

Lors de la Fête de la Femme organisée à la Casa del Arte, Nathaly Coualy, comédienne d'origine guadeloupéenne, a proposé de lire deux textes extraits d'un livre de Régis Jauffret. Suite à cette lecture, elle a gentiment accepté de répondre à quelques questions.


Est-ce que tu peux nous parler de ton prochain spectacle ? Le titre par exemple...

Le titre c'est "Culottée"... C'est vrai que le dernier spectacle s'appelait "Elle ne fait pas sans blanc" en deux mots.
Là c'est plutôt "Elle ne fait pas semblant", mais en un mot...
Donc j'aime bien m'amuser avec les mots, j'aime bien m'amuser avec les émotions. Et en fait c'est un petit peu la suite des autres spectacles que j'avais fait, où c'était une nana qui avait symboliquement tué le père, de manière freudienne, pour se réconcilier avec les hommes. Donc elle avait écrit un spectacle pour "pécho" comme elle dit, pour rencontrer un homme peut-être dans la salle.
Chaque soir j'ai fait mon casting et puis voilà...
Crédit photo :  Olivier Allard
Crédit photo : Olivier Allard

Après, cette fille dans ce spectacle raconte ses rencontres avec les hommes... Mais elle dit tout haut ce que les femmes pensent tout bas, elle est très culottée. Il y a un sketch qui s'appelle "le cunnilingus", elle dit que des fois les mecs le font pas super bien et qu'il faut leur dire à un moment donné...
Les mecs qui vous embrassent mal... Donc voilà, ce sont des trucs où les nanas se retrouvent beaucoup ! Bon alors les hommes sont plutôt hyper sensibles et ils le prennent un petit peu de travers, alors qu'en fait c'est pas dit contre eux... C'est juste que je milite pour l'écoute des corps, l'écoute des sens, l'écoute de l'autre, pour qu'on puisse avancer, et puis surtout pour que la femme ne perde pas sa féminité, et qu'elle essaye d'arrêter de se fondre en l'homme, c'est-à-dire d'essayer d'être son égale. Et justement dans le 2ème spectacle elle commence vraiment à dire que l'égalité des sexes franchement c'était un piège.
Elle, elle veut qu'on lui porte son sac ! Elle veut pas l'égalité des sexes, elle veut l'égalité des droits ! Mais elle veut qu'un homme reste un homme et qu'une femme reste une femme. Et le texte va être encore plus axé sur le sexe.
Je reprends beaucoup de choses de l'ancien spectacle. J'ai fait un mélange avec des nouveaux textes, et ça touche toujours les relations homme-femme : le fait de s'écouter, sur un plan sexuel, effectivement... Mais ce n'est pas pornographique... loin de là ! Parce qu'elle a une chose, c'est qu'elle est guadeloupéenne, elle est comme à l'ancien temps. Pour elle ce qui est important c'est l'éducation, la bonne éducation...
Et donc elle fait sa recherche. Mais bon, elle a quand même un ptit grain, il faut le dire, elle est complètement délurée... Mais elle est assez attachante. Elle parle aussi du métissage, du fait qu'elle soit indienne, corse... Mais comme beaucoup d'antillais en fin de compte ! Si on fait une prise de sang à n'importe qui ici, on est tous mélangés. Chacun de nous a une part de blanc péyi en soi. Après c'est juste une question de pigmentation de peau... Et puis d'éducation... Donc voilà, c'est une confidence. C'est une femme qui parle, qui raconte, qui se raconte, qui est touchante, qui est drôle, qui est sur un fil du rasoir et qui ne veut pas tomber dans la vulgarité. Mais elle ose, elle est quand même gonflée ! Et elle adore son pays...

Justement pourquoi c'était important que la première représentation de ton prochain spectacle se fasse en Guadeloupe et non à Paris ?

Parce que je ne l'avais jamais fait et que je suis arrivée maintenant à un moment de ma vie où j'étais prête... J'ai perdu mon père... Mes spectacles précédents parlaient de lui. En fait j'ai utilisé mon père comme l'homme antillais, le modèle de l'homme antillais... J'en ai fait une caricature, mais c'était quand même mon papa, et il est décédé pendant que je jouais. Donc ça n'a pas été évident de continuer... C'est pour ça qu'il a fallu que je l'enlève un petit peu du spectacle... Et puis c'est pour lui rendre hommage, parce que c'est pour lui. C'est lui qui m'offre aussi la possibilité de le faire. Donc c'est son pays... et j'avais envie de lui rendre hommage, de rendre hommage à ce pays qui m'a accueillie et qui a accueilli ma vie... Et c'est important.

Nathaly Coualy est née et a grandi en Guadeloupe, jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Elle revient régulièrement dans l'île. Et elle se souvient de l'éducation antillaise qu'elle a reçue. Même si, selon elle, cette éducation s'est beaucoup perdue aujourd'hui... Ce qui rend triste le personnage de son spectacle... Mais est-ce uniquement le personnage ou bien est-elle elle-même triste en effectuant ce constat ?

Alors il y a toujours moitié fiction moitié réalité dans mes textes. J'aime bien le fait que l'on se dise "ça c'est vrai ou ça c'est pas vrai ?", "elle a fait ça ou elle a pas fait ça ?". Alors c'est vrai que j'ai rencontré beaucoup d'imbéciles qui ont pensé que ce que j'ai dit sur mon père était vrai, il y en a beaucoup qui se sont vexés. Beaucoup d'hommes se vexent... Mais bon, sur mon affiche il y aura écrit : "hommes sensibles, s'abstenir" ! Ils sont prévenus !

Peux-tu nous parler de tes racines, de ton métissage, guadeloupéen – indien - corse ?

A l'enterrement de mon père il n'y avait pratiquement que des indiens ! Mais je ne les connais pas beaucoup. Avec le recul je comprends encore mieux pourquoi je n'ai pas connu toutes ces origines-là, c'est parce qu'on vit tellement en communauté et par classe sociale aux Antilles, qu'en fin de compte on ne rencontre pas grandchose de nos communautés... Après je ne fais pas une généralité, je parle pour moi bien sûr ! Mais cela m'intéresse beaucoup, surtout spirituellement... Donc j'aimerais aller à Pondichéry... On a retrouvé de la famille là-bas. Côté corse, ça remonte à tellement loin... Je retrouve pas ! Mais bon en même temps comme je le dis dans mon spectacle Napoléon était corse. Donc peut-être que c'est lui, il fait partie de ma famille... On sait pas ! Ou Johnny... Depp ! Pirate des Caraïbes... Parce que les corses, c'étaient des corsaires !

Donc c'est ça, le jeu avec les mots...

Oui, j'aime bien. C'est vraiment dédramatiser, c'est vraiment dire ce qui fait mal en rigolant... C'est important de rigoler de ce qui fait mal... Je parle effectivement dans mon spectacle de mes origines... Beaucoup de choses m'ont d'ailleurs été reprochées... De parler des origines. Depuis que je suis revenue à la Guadeloupe, je n'ai jamais autant vécu de sectarisation, de communautarisme, alors que je trouve justement que ce métissage... Je pense qu'il faut construire une guadeloupe unie ! Et je veux que mon spectacle soit ouvert à tout le monde ! Il y a une comédienne que j'adore et qui s'appelle Isabelle Kancel. Elle a des salles magnifiques, il y a toutes les couleurs, toutes les communautés sont réunies, et voilà et c'est ça. Le but c'est ça. Parce que c'est universel, ce dont je parle est universel. S'unir est universel !

Pourquoi avoir choisi de lire ces deux textes de Régis Jauffret ?

Je suis tombée amoureuse de cet auteur, je suis tombée amoureuse de son culot. J'adore le culot. Je me dis que sans culot, si on n'ose pas, on est mort. Et ici, on n'ose pas... Moi j'ai été élevée comme ça. Ma personnalité, je l'ai construite seule... Loin. Et aujourd'hui je rencontre beaucoup de gens sur la défensive, qui vous coupent la parole pour dire : "non mais il faut pas croire que", "il faut que tu penses que", "il faut que tu comprennes"... D'abord il y a "il faut", toujours... C'est très dur mais c'est très intéressant ce mode de fonctionnement, et à chaque fois je me dis "il faut oser être soi"... Trouver son coeur... Soi. Dedans... Qu'est-ce que je pense, qu'est-ce que je suis. "Je"... Parce qu'on est dans un pays très croyant, "je" c'est Dieu. Le "je", le verbe "être", c'est soi, donc soyons ! Et arrêtons d'aller à l'église et d'emmerder son voisin ! Et de lui cracher à la figure ! Le sang n'a pas de couleur, il a la même couleur pour tout le monde, le sperm aussi d'ailleurs. Donc à un moment faut arrêter parce qu'on va se noyer... Donc exorciser tout ça pour moi parce que je suis une artiste et donc je suis forcément quelqu'un d'hyper sensible, qui a beaucoup de douleurs, comme beaucoup de monde, mais qui les traite par le spectacle, par les mots, par la littérature et ce monsieur (Régis Jauffret), il est extrêmement critiqué mais il a un toupet, moi je dis chapeau ! Il ose ! Et donc voilà, le spectacle on s'est dit on va l'appeler "Culottée". Et puis zut, j'y vais ! J'ai plus que ça à faire de toute façon !!!!





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