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Meemee Nelzy : « J’aime profondément évoquer les choses du quotidien, qui parlent à chacun d’entre nous, qui nous entourent »


Par | Le 3 Décembre 2016 | Lu 296 fois

Le hip-hop, la soul, le R&B… Meemee Nelzy ne se limite pas et suit les courants qui l’éveillent. Cette chanteuse-interprète, auteur, compositrice et productrice est l’une des voix de la créole soul. Un courant musical novateur antillais qui grise les mélomanes. Nourrie de ses 10 ans de carrière, l’artiste d’origine guadeloupéenne et martiniquaise continue de se dévoiler au sein de ce nouveau projet, baptisé « DeEPly Rooted ».


© Adéola Bambé
© Adéola Bambé

Girlykréyòl : Racontez-nous l’histoire de votre nouvel EP : « DeEPly Rooted » ?
Meemee Nelzy :
En anglais, le nom de mon EP signifie « profondément ancré ». C’est une expression que j’aime beaucoup et que j’utilisais déjà notamment dans ma biographie. Je trouvais que le titre s’accordait vraiment bien avec mon projet qui possède une vraie couleur créole, antillaise. Il se démarque de mes précédents projets ; j’ai d’ailleurs travaillé avec beaucoup de musiciens originaires des Antilles sur « DeEPly Rooted ».

Girlykréyòl : Vous évoquez votre empreinte beaucoup plus créole sur cet EP, et certains de vos fans vous incluent dans le mouvement créole soul. Comment définiriez-vous votre identité musicale ?
Meemee Nelzy :
La créole soul est un mouvement qui existe depuis plusieurs années. Au départ, c’était tout simplement le fait de chanter de la soul en créole. C’est un courant qui a été initié par la chanteuse guadeloupéenne, basée à Paris, Ines Khai. Elle interprétait des morceaux de soul américaine qu’elle avait traduits en créole. Puis, petit à petit, elle a intégré de plus en plus de rythmiques caribéennes ainsi que des instrumentations traditionnelles. De nombreux artistes ont alors suivi, comme Erik Pédurand, Stevy Mahy, ou moi-même. À la petite différence que lorsque j’ai sorti mon premier album en 2009, il sonnait un peu plus R&B/hip-hop. En plus, cet opus était quasiment tout en français, avec quelques titres en créole. C’est vraiment en 2011 que j’ai commencé à utiliser davantage le créole tout en gardant mes influences R&B, hip-hop et la kako mizik (courant musical antillais qui mêle la musique traditionnelle avec des sonorités plus modernes et musiques électroniques). Je pense que c’est ça ma singularité : une fusion de plusieurs genres tout en préservant mon identité créole, à travers des thèmes, des orchestrations particulières, l’instrument Ka qu’on peut entendre en toile de fond.

Girlykréyòl : Dans votre dernier EP, vous chantez en créole, en anglais et en français. Comment arrivez-vous à trouver le juste milieu ?
Meemee Nelzy :
C’est un peu le fruit du hasard. J’aime bien dire que « DeEPly Rooted » est une compilation de morceaux écrits ici et là. Ce n’est pas vraiment la direction que j’avais prise pour cet album au départ. Certaines chansons ont été écrites en créole parce que j’ai collaboré avec des artistes guadeloupéens. Par exemple, le titre Siziem Kontinan a été composé à l’origine pour un concours international de chant qui se déroulait en Martinique il y a deux ans. Je représentais la Guadeloupe. La chanson Doux lendemain a été écrite en français parce que je participais à une résidence d’écriture de chansons francophones. Concernant l’utilisation de l’anglais, j’avais déjà eu l’occasion d’écrire dans cette langue sur d’autres projets. Je voulais aussi ouvrir ma musique à plus de personnes, peu importe leur langue. Je ressens surtout le côté « DeEPly Rooted » dans les thèmes et les collaborations que j’ai faites. Et puis aux Antilles, nous avons cette proximité avec des cultures et des langues diverses, ce qui nous ouvre de nombreuses possibilités d’écriture. Pour moi, être caribéenne c’est aussi être universelle.

Girlykréyòl : Où puisez-vous vos inspirations ?
Meemee Nelzy :
J’écoute ce que font les jeunes artistes antillais actuellement, comme G’Ny et Erik Pédurand. Je ne dis pas qu’ils sont ma source d’inspiration, mais plutôt que je me laisse porter par le courant. Après, j’aime profondément évoquer les choses du quotidien, qui parlent à chacun de nous, qui nous entourent. Pour citer un exemple, dans « DeEPly Rooted », il y a la chanson Mèm bitin menm bagay, composée par Chyco Simeon. Nous voulions parler de l’amitié entre Martiniquais et Guadeloupéens, parce que certaines personnes continuent leur petite guéguerre entre les deux territoires.

Girlykréyòl : Vous êtes friande de prestations live. Qu’aimez-vous dans cette pratique d’interprétation ?
Meemee Nelzy :
Je pense avoir toujours été une artiste qui se produit en live. J’aime la scène. J’aime la scène, j’aime ce qu’on ressent lorsqu’on est entouré de musiciens. J’aime ce qu’on ressent face au public. J’aime aussi organiser des concerts. Plus j’ai de musiciens pour m’accompagner, plus j’ai de possibilités de faire des improvisations, de faire évoluer des chansons au-delà de leur version audio. Ça me plaît énormément. Je suis ravie de présenter mes projets de cette manière. Bien sûr, ça ne m’a pas empêchée jusque-là de travailler sur bande parce que je viens du milieu hip-hop alors je collabore par moment avec des DJ. Mais c’est vrai que si on me laisse le choix, le live reste super important, à mes yeux, pour continuer de s’exprimer et de faire vivre et évoluer sa musique.

« Aux Antilles, nous avons cette proximité avec des cultures et des langues diverses, ce qui nous ouvre de nombreuses possibilités d’écriture. »

Girlykréyòl : Y a-t-il des instruments que vous appréciez particulièrement ?
Meemee Nelzy :
Je suis une amoureuse de la basse. J’aime aussi la contrebasse. C’est un instrument très important dans la musique urbaine américaine. J’ai toujours écouté beaucoup de hip-hop, jazz, soul. J’aime les sonorités assez lourdes. En général, quand je compose et réalise avec des musiciens, je prête beaucoup d’attention à la basse. J’aime tous les apports des instruments de musique. Et j’aime aussi l’instrument que représente la voix. Je suis choriste et, en tant que telle, faire des harmonisations vaut pour moi autant que le travail d’un musicien. J’ai déjà essayé d’apprendre la basse, mais j’ai dû arrêter, faute de temps. En fait, plus il y a d’instruments avec moi, mieux c’est. (Rires)

Girlykréyòl : Certains trouvent justement qu’il se dégage une petite influence d’Erykah Badu dans votre musique, qu’en pensez-vous ?
Meemee Nelzy :
Oui, j’ai déjà entendu des gens dire cela, mais je n’en ai pas l’impression. D’une manière globale, je suis plus influencée par la néo soul. Je viens vraiment de l’école de la néo soul. C’est un courant qui a débuté en 1995, si je ne me trompe pas, quand j’étais ado. Ce côté néo soul, je dirais que c’est la parfaite fusion entre le hip-hop, la soul des années 70 et la technologie actuelle. Erykah Badu est un peu le porte-drapeau de ce genre musical, donc elle est souvent citée.

© Cribiish
© Cribiish

Trois questions de fans ont été sélectionnées 

Question de fan : Quels sont les artistes que vous admirez ?
Meemee Nelzy :
J’en admire beaucoup trop ! (Rires) Un artiste que je cite souvent : James Brown. Je l’ai beaucoup écouté et je l’écoute encore. C’est une référence, il reste encore à la base de la musique urbaine actuelle même si des gens ont tendance à l’oublier. Il a vraiment beaucoup apporté à la musique noire américaine. Je citerai également ex aequo Erykah Badu, D’Angelo et Jill Scott. Quand ils sortent quelque chose, je me tiens au premier rang.
Il y a aussi évidemment des artistes antillais. Mais j’en aime tellement que c’est compliqué. Alors je vais juste citer Dominik Coco. Oh, il y a encore Christian Laviso, et tout ce qu’il apporte à la musique traditionnelle. C’est un guitariste guadeloupéen qui fait actuellement un beau travail. Il a mis au goût du jour le gwoka moderne, et chaque fois que je vais le voir sur scène, je passe vraiment un agréable moment.

Question de fan : Vous avez chanté avec des artistes antillais tels que Dominik Coco. Y a-t-il d’autres artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ?
Meemee Nelzy :
Du côté de la Guadeloupe, j’aimerais bien travailler avec Jean-Michel Rotin, Erik Pédurand. Erik Pédurand, lui il le sait ! (Rires) Et du côté des artistes américains, pourquoi pas Robert Glaspert ? J’aime aussi beaucoup le chanteur Dwele.

Question de fan : Avez-vous un mantra dans la vie ?
Meemee Nelzy :
Non pas vraiment, mais je devrais en avoir un. Laissez-moi réfléchir… Je veux juste être libre, je suis libre, je m’efforce de respecter cette liberté, de profiter de cette liberté. Voilà.

Meemee Nelzy participe au Prix Ricard SA Live Music 2017, le projet est d’offrir au public de grands concerts gratuits et de soutenir l’essor d’artistes en développement. Si vous souhaitez voter pour elle, cliquez sur ce lien.




Sélène Agapé
Jeune journaliste, ma curiosité maladive se marie plutôt bien avec ma passion de l’écriture. En savoir plus sur cet auteur


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