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Mairé Rosa de Relay Shop USA


Par La Rédaction | Le 19 Avril 2014 | Lu 5747 fois


© JAREK JAMES
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Mairé Rosa, vous avez fait un sacré périple de la Guadeloupe à Atlanta via Bogota ?
Mairé Rosa : J'ai 30 ans et je suis originaire de la Guadeloupe, plus précisément de Marie-Galante. En 2000, après mon bac, j'ai quitté Marie-Galante pour aller étudier au Canada, je suis restée presque 9 ans. J'ai étudié dans le social et je me suis spécialisée en prévention de la criminalité auprès des jeunes. J'ai pu ensuite travailler dans ce domaine à Montréal pendant quelques années puis à Atlanta. J'ai par la suite eu l'opportunité d'aller travailler à Londres pendant un an et demi afin de mettre en place des programmes (travail social de rue), ce qui m'a permis de faire un échange en Colombie avec un organisme de travail social de rue dans les favelas de Bogota. En 2011, je décide de retourner à Atlanta, car c'est une ville que j'avais trouvé très inspirante pendant mon séjour précédent. Vous aurez constaté que je n'ai pas de cursus entrepreneurial tel qu'on l'entend. Mais à mon avis, tout peut s'apprendre sans nécessairement passer par les bancs de l'école, il suffit d'y mettre beaucoup d'efforts... Et de vouloir !

© JAREK JAMES
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Comment naît un tel concept, une telle startup - est-ce que vous-même avez été frustrée un jour de ne pouvoir commander quand vous viviez hors des USA ou est-ce suite à plusieurs services rendus à des amies ?
MR : Le concept Relay Shop USA est né par hasard. L'entreprise est basée à Atlanta. Cette entreprise permet à toute personne qui n'habite pas les Etats-Unis et qui souhaite acheter sur des sites en ligne qui ne livrent qu'aux Etats-Unis, de pouvoir acheter et recevoir son colis chez elle en passant par l'adresse de Relay Shop USA. Pour la petite histoire, quand je suis revenue vivre à Atlanta, des proches, de la famille me demandaient souvent de leur envoyer des choses. À cette époque, je n'ai jamais eu l'idée de business : j'étais trop occupée par mon travail.

Donc, une fois, je me suis achetée une paire de chaussures sur un site, je ne me rappelle plus si ces chaussures étaient trop grandes ou trop petites et au lieu de la renvoyer, j'ai les ai proposées sur mon Facebook en précisant le prix et les frais de port à peu près 20 dollars. (Sourire) Il y a eu tellement de réponses : « Super affaire, 20 dollars pour une paire similaire à une que je dois acheter à 40 euros, etc. » Ce bon retour a alors suscité ma réflexion : « Si 200 personnes sont intéressées : c'est qu'il y a une demande, de la réactivité... voilà il faut que je crée une page pour vendre des vêtements, chaussures, accessoires pour femme... mais au-delà de l'idée, c'était beaucoup de travail, de stock à gérer.

Finalement, ces clientes avec lesquelles j'étais en contact, ont fini par me faire savoir qu'elles préféreraient procéder elles-mêmes à leurs achats sur des sites aux USA. Du fait que ces clientes étaient passées par moi jusqu'alors pour leurs achats, je me suis rendue compte qu'il y avait intérêt pour moi à créer Relay Shop ne serait-ce que pour répondre à leur nouvelle demande.
 
Est-ce que c'est facile de gérer les législations et tarifs entre différents pays, etc.
Relay Shop USA relève de la législation de l'état de Georgie (USA). La seule démarche qui est compliquée, c'est la déclaration de douane (customs declaration) qui empêche certains commerces de livrer à l'international. Il faut plusieurs documents pour chaque colis, à remplir en quatre exemplaires : en résultat, plus de travail que de livrer localement.
 
Est-il plus facile (administrativement et fiscalement parlant notamment), de s'installer aux USA ou en France ?
Je n'ai aucune idée pour la France : j'ai quitté la Guadeloupe à 17 ans pour l'étranger et n'y suis jamais revenue y vivre. J'ai cru comprendre que monter une entreprise est plus simple aux Etats-Unis, on n'a pas à se déplacer, toutes les démarches se font en ligne. Et fiscalement, c'est plus avantageux : on a moins d'impôts à payer surtout dans le cas d'une startup.

Vous touchez Monsieur et Madame-tout-le-monde, vous leur proposez d'acheter sur des sites en ligne même sans carte bancaire (option 2), est-ce une pratique commune aux USA ?
MR : Avec Relay Shop USA, on a l'option 1 qui permet aux individus d'acheter eux-mêmes avec leur carte en utilisant l'adresse de Relay Shop USA avec une réexpédition ou l'option 2 qui est pour les clients désirant acheter sur un site qui n'accepte pas les cartes bancaires internationales, mais aussi pour ceux qui n'ont pas de carte bancaire. Ils envoient donc l'argent par Western Union (un service très demandé et utilisé par certains pays de l'Afrique, Amérique latine et la Polynésie française qui non pas un accès facile à la carte bancaire). Et justement, c'est Relay Shop USA qui s'occupe des achats et de la réexpédition chez eux. Il faut dire que ce n'est pas pratique commune aux Etats-Unis parce qu'il est très facile de détenir une carte bancaire sans compte bancaire (on peut se procurer une carte débit en pharmacie, boutique, station-service).
 
Pourriez-vous si possible nous dire, quel est le top des produits les plus réexpédiés par vos soins ?
MR : Le top des achats, c'est les vêtements et aussi les chaussures achetées sur des sites tels Forever 21, Shoedazz, WallMart. Les produits capillaires que l'on ne peut trouver en France, aux Antilles ou dans d'autres pays. Savez-vous que certaines entreprises passent par nous pour leur business : acheter des produits que l'on ne trouve qu'aux Etats-Unis. Les produits (accessoires, vêtements) pour bébé sont très prisés. Le top number one, c'est définitivement les produits de beauté pour femmes. Les hommes s'achètent tous ce qui est chaussures, articles de sport, des protéines, des suppléments vitaminés... sans oublier les pièces auto-moto, de l'électronique (téléphones, tablettes) surtout quand il y a des soldes monstres au moment des fêtes de Noël.
La e-boutique top c'est Amazon USA. Les gens profitent des affaires sur Ebay, Amazon, Wall Mart. Relay Shop USA encore en période de lancement, ne fait pas payer l'entreposage. Ce qui permet aux clients de pouvoir garder un certain temps leurs achats dans nos locaux. Ils peuvent ainsi cumuler leurs achats et quand leur boite d'expédition est bien remplie, ils nous demandent de procéder à la réexpédition. Il faut savoir qu'aux USA, les frais de port à l'international ne sont pas donnés. Les gens sont incités à acheter des choses qu'ils ne peuvent pas trouver chez eux parce qu'il faut « continuer à faire fonctionner l'économie ». Et c'est là que Relay Shop USA joue son plein rôle et fait la différence : permettre d'acheter ce que l'on ne trouve pas chez soi.

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Quels conseils donneriez-vous pour franchir le pas : c'est-à-dire s'expatrier et créer aux USA ?
MR : S'expatrier aux USA n'est point une démarche facile. Le processus d'immigration est très long et très exigeant. Le fait que je sois passée par le Canada en tant qu'étudiante a facilité les choses. Certaines personnes semblent préférer passer par le Canada. Il faut décrocher un permis de travail. La résidence permanente est très difficile à obtenir. Le statut d'étudiant est un biais. Sinon aux USA, la création d'entreprise se fait en ligne, c'est basique : en passant par Google, on trouve les liens, c'est très bien expliqué. Une fois qu'on est rentré aux USA, le plus dur est de décrocher le visa permanent. Si j'ai un conseil à donner pour s'installer à l'étranger : c'est le Canada, voire l'Asie, en sachant que l'avenir est en Chine.

Comment expliquer ce rôle d'"angel" qui semble vous allez si bien : avez-vous été "escortée" dans vos premières expériences à l'étranger ou justement, cela vous a-t-il manqué ? Vous voilà en train d'envisager d'escorter de jeunes antillais dans leur immersion aux USA ?
MR : À 17 ans, je suis partie de Marie-Galante, seule. Je n'ai pas eu de support particulier. Je suis arrivée à l'université dans la ville de Québec ou il y a moins d'étrangers. Dans ma classe, j'étais la seule étrangère : c'était quelque peu difficile. Mes premières expériences... deux ans au Québec... Je me suis adaptée : je suis débrouillarde à la base. Je suis devenue alors encore plus débrouillarde. J'y suis arrivée toute seule. Je me suis fait des amis, j'ai rencontré du monde. D'ailleurs quand on part à l'étranger, selon moi, c'est beaucoup mieux de partir sans contacts et d'essayer de s'intégrer soi-même. En cherchant à rencontrer du monde, on apprend la culture, on apprend à y vivre et y survivre. Je suis très très très fière d'être arrivée au Canada sans connaître personne et d'y avoir développé tout un réseau. Quand on arrive en terre étrangère et que l'on connait quelqu'un, on ne va pas nécessairement chercher à rencontrer du monde, à faire des choses par soi-même. C'est définitivement un avantage d'arriver sans connaître personne. Du moins avec ma personnalité, cela m'est convenu, cela m'a réussi. À chacun de voir !

Pour répondre à la deuxième partie de la question. En effet, mon domaine, c'est le social : j'aime travailler avec un jeune public, j'aime aider... Je veux faire du social. Je prévois que quand Relay Shop USA sera bien lancée, d'utiliser cette structure, mon entreprise pour donner à des jeunes en Guadeloupe, Martinique, Guyane, France, l'opportunité de venir faire un stage ou y travailler pendant quelques semaines ou mois. Excellente façon de découvrir la culture en milieu professionnel aux Etats-Unis. Car je trouve que la mentalité ici est excellente : les gens se donnent à fond avec perfection et ce, quel que soit le niveau d'intervention. Par exemple, le service à la clientèle est tout aussi excellent. N'est-ce pas un modèle à reproduire aux Antilles-Guyane, en France... et spécifiquement en Guadeloupe. J'aurai aimé permettre à nos jeunes de vivre ces expériences et de ramener toutes ces bonnes choses au pays. Permettre aussi à des jeunes qui « se cherchent » de venir découvrir une contrée nouvelle, de parler l'anglais, de fréquenter des américains pour mieux vivre avec eux, de faire des choses différentes, de partager... J'irai jusqu'à ouvrir Relay Shop USA à des jeunes américains qui ne trouvent pas de travail autre part afin de leur permettre d'agrémenter leur cv. Et voilà, en résultat, je me suis générée dans le cadre de Relay Shop USA une sorte de synergie entre jeunes antillais, français et américains.

Que souhaitez-vous pour Relay Shop USA ?
MR : Bien sûr que Relay Shop USA continue à grandir. Ce n'est pas facile, mais j'ai beaucoup de soutien de la part de ma famille, des amis... des amis de Facebook. Il ne s'agit pas juste de récupérer des colis et de les renvoyer. Relay Shop USA, ce n'est du tout ça : c'est énormément d'organisation, de travail, d'argent à investir... Chez Relay Shop USA, on fait du « bootstrapping » (c'est en quelque sorte une procédure d'amorce) : il n'y a pas d'argent qui «rentre», tout l'argent est réinvesti dans le développement de l'entreprise. On souhaite réussir cette année à commencer à recevoir des jeunes avec la collaboration la Région Guadeloupe par exemple. On espère que tous nos projets vont aboutir.
 
Et pour conclure, j'espère que tous ceux d'entre vous qui ont des projets qui ont l'air énorme, difficile, impossible, rien n'est impossible ! Il faut se lancer, essayer - par contre cela demande beaucoup d'énergie. Quand on a une idée, un but à poursuivre, cela peut prendre du temps : il faut être patient, battant. Il ne faut pas lâcher prise. Il faut beaucoup réseauter. Quand vous rencontrez quelqu'un, restez en contact. Quand vous lisez un article à propos de quelqu'un, prenez contact. Alimenter le fait d'être toujours en contact avec des gens. Un réseau, c'est super important. Veiller aussi à prendre du temps pour soi. Par exemple : au début, je travaillais tous les jours, le week-end. Aujourd'hui, j'apprends à prendre du temps pour moi, je fais du vélo, je passe du temps avec mon mari... Si on est en couple, si on a des enfants : il faut prendre le temps d'être avec son mari, sa famille, c'est bon pour le moral ! Mais surtout le plus essentiel est de ne pas abandonner même si votre idée ne fonctionne pas, cela va vous projeter sur quelque chose d'autre qui finalement va réussir. Donc n'écoutez pas les gens qui vous disent que « c'est difficile, c'est impossible ». Si c'est difficile, ça ne veut pas dire que ça ne peut pas se faire. D'autres, l'on fait avant vous, alors allez-y !

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