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Lynnsha : « Je fais de la musique, et avant tout, la musique que j’aime »


Par | Le 18 Juin 2016 | Lu 1218 fois

Musicophile depuis sa plus tendre enfance, Lynnsha enchante la scène de sa voix mélodieuse.
La chanteuse d’origine martiniquaise de 37 ans compte déjà un beau palmarès : quatre albums solos, une multitude de collaborations, une flopée de voyages. Icône RnB, ambassadrice du zouk et plus encore… Cette artiste accomplie et douée de multiples talents réserve encore de belles surprises à son public.


Vous êtes surnommée la « Aaliyah française », cette appellation vous représente-t-elle ?
Lynnsha :
Ça faisait un long moment que je n’avais pas entendu ce surnom. C’est vrai que mes derniers albums et mes dernières apparitions sont plutôt liés au monde afro-caribéen. Mais j’ai déjà fait trois albums RnB. À une certaine période de ma carrière, j’ai eu droit à ce genre de surnoms ou de comparaisons. Je trouve que ce serait faux de seulement me comparer à cela parce que d’une part, je suis moi, Lynnsha. J’essaie d’avoir mon propre style musical et je n’ai jamais essayé de copier un style particulier. Mais attention, je trouve ça forcément flatteur, et ça m’a toujours fait sourire d’être comparé à Aaliyah ou à Brandy. Aaliyah, c’était la reine du RnB.

Vous oscillez entre le RnB et le zouk, quels sont les autres genres que vous aimeriez explorer ?
Lynnsha :
Comme je le dis souvent, je suis chanteuse. Je n’aime pas qu’on mette une étiquette sur ma musique parce qu’elle est justement un mélange de plusieurs choses. J’ai eu la chance d’apprendre à chanter sur les bancs de l’église, dans les chorales de gospel. Ce côté gospel, on le retrouve souvent au niveau de mes harmonies et de mes arrangements vocaux. Je suis née en France, j’ai vécu en banlieue donc j’ai été bercée par plusieurs courants musicaux, comme le raï, la variété française ou encore la pop. Et j’ai toujours écouté différents styles. Donc, il y a un peu de pop dans ma musique, il y a forcément du RnB parce que c’est l’une des musiques que j’écoutais le plus. Sinon, j’ai déjà fait de la rumba, de la musique afro, de la musique caribéenne. J’ai également chanté de la variété française, par exemple lorsque j’ai repris le titre Si maman si de France Gall ou encore Tandem de Vanessa Paradis. J’ai justement toujours voulu montrer que j’aime cette mixité, mélanger mes musiques, même si on peut dire que la première reste le RnB. Je ne fais pas que du RnB, je fais de la musique avant tout. Alors, si on me propose un morceau qui fait plus pop rock, mais qu’il me touche et me parle, je le ferai. Je ne vais pas m’arrêter sous prétexte que, comme je suis antillaise, je ne dois faire que du zouk, ou que comme j’ai fait beaucoup de RnB, je ne fais que du RnB. Je fais de la musique, et avant tout, la musique que j’aime.

Vous avez collaboré avec des chanteurs caribéens, africains ou encore américains (Craig David, quel duo incroyable !), y aurait-il un artiste avec lequel vous souhaiteriez chanter ?
Lynnsha :
Là, tout de suite, je ne pense pas à un artiste particulier. En fait, ce qui se passe le plus souvent me concernant, c’est une histoire de feeling. J’ai la chance de voyager énormément par rapport à mon métier. Et on fait de belles rencontres. De belles rencontres artistiques, pas seulement de belles rencontres avec son public. Le plus souvent, les duos se font comme ça, ou bien il y a un artiste qui apprécie ce que vous faites et qui cherche à entrer en contact avec vous. Aujourd’hui, c’est super facile grâce à Internet. De belles rencontres qui se font, ce sont de belles surprises artistiques. Bien évidemment, j’aurais voulu faire un duo avec Michael Jackson, ou avec un artiste moins improbable. J’aime beaucoup le travail d’Usher par exemple. Il y a beaucoup d’artistes RnB que j’apprécie, mais de là à faire un duo avec tous… Cependant, tout est possible. Mais si j’avais un choix à faire néanmoins, ce serait Ne-Yo. J’aime beaucoup ce qu’il fait. J’aime beaucoup son univers.

Vous avez participé à plusieurs projets humanitaires (et fait notamment des singles caritatifs), pourriez-vous nous en dire plus sur ces causes que vous soutenez ?
Lynnsha :
En tant qu’artiste, on a la chance d’être écouté, d’avoir la possibilité de parler et de toucher les médias, c’est pour ça qu’on fait appel à nous. Et c’est une chance et une fierté pour moi d’utiliser ma voix à bon escient. Je dis souvent que faire du bien, ça fait du bien. Ma chance, c’est d’être appelée et de pouvoir aider sur différents problèmes et thèmes. Donc, c’est vrai qu’à chaque fois, hélas, qu’il y a une catastrophe, les artistes sont souvent appelés pour faire un single et pour récolter des fonds.
Il y a eu entre autres le tsunami, Haïti… J’avais été fortement touchée par Haïti, parce que, juste avant, j’avais vu des reportages sur le pays et je me disais : Haïti, c’est une île cousine de la Martinique, on est si proches et il y a un tel décalage de niveau de vie. J’avais vu un reportage dans lequel les gens mangeaient des galettes de terre dans la rue, ça m’avait un peu traumatisée. Lorsque s’est passé le tremblement de terre en Haïti, Jacky des Nèg' Marrons m’a appelé et m’a dit : « Lynnsh écoute, il faut qu’on fasse quelque chose ! Qu’est-ce qu’on peut faire ? » On s’est réunis, avec je ne sais pas combien d’artistes, j’ai trouvé ça fort, je me suis sentie utile et j’étais heureuse de pouvoir aider à ma façon. Il y a des projets comme ça.
Il y en a aussi un autre, qui s’appelle Moov for your country, un projet qui m’avait beaucoup touchée, parce que c’était par rapport aux guerres en Côte d’Ivoire. On a essayé de redonner le sourire aux gens, surtout que la Côte d’Ivoire est un pays tellement vivant. C’est un pays qui m’a tellement donné et j’ai voulu lui dire : « Même loin de toi, on t’aime. » Nous avons réuni avec mon ami Erico Séry [NDLR producteur et réalisateur télé ivoirien] des artistes comme Jacob Desvarieux, Singuila, Kaysha. Et nous avons fait cette chanson Moov for your country, en collaboration avec la fondation de mon ami Salomon Kalou. D’ailleurs, cette fondation dont je suis marraine a permis la construction d’un bâtiment pour recevoir les personnes dialysées. Ses membres se déplacent également auprès des personnes qui ne sont pas capables de se rendre en ville.
Je peux aussi parler du collectif « Brazza, j’y crois  », un projet pour lequel j’ai été sollicitée, avec d’autres artistes, par Olivier Doumou. On a fait une première version et on est partis en décembre en Afrique pour un grand concert de solidarité.

« C’était important pour moi de mettre à l’honneur la femme noire que je trouve très forte ».


Dans votre album Île & Moi, vous parlez d’amour, des femmes caribéennes, mais aussi de sujets plus profonds comme la violence faite aux femmes, pourriez-vous nous donner votre avis sur les tristes chiffres communiqués en 2015 ? **
(**216 000 femmes sont victimes de violences chaque année en France, majorité 30 à 49 ans.)

Lynnsha : Dans Île et moi, je parle beaucoup d’amour, d’amitié, de relation homme-femme. Je ne parle pas seulement des femmes caribéennes, je parle de la femme noire. À un moment donné, c’était important pour moi de mettre à l’honneur la femme noire que je trouve très forte, car dans notre culture afro, voire surtout caribéenne, elle se retrouve souvent seule à élever ses enfants et n’est pas forcément soutenue par un compagnon. C’est une femme qui va travailler, va s’occuper de sa famille, va élever, éduquer ses enfants. Je voulais tirer mon chapeau à toutes ces femmes que je trouve très fortes et pleines de pudeur. En fait, c’est vraiment la femme en général. Pour parler des titres dont les thèmes sont plus profonds, j’ai parlé dans le titre Elle prie, elle crie de la violence conjugale qui n’est pas forcément une violence physique, elle peut être aussi verbale. J’ai voulu vraiment souligner ces deux aspects. Ce sont des chiffres qui font encore peur à l’heure actuelle. C’est pour ça justement que moi, en tant que femme qui ait vécu certaines choses ou par rapport à l’expérience de proches, je me dis qu’il y a des choses qui doivent cesser, mais il n’est pas évident d’en parler parce que c’est tabou, parce qu’on a peur, parce qu’on a honte.
C’est aussi pour ça que je participe au collectif « Unissons nos voix  ». Un collectif de femmes composé d’artistes, de chanteuses, de sportives, de journalistes ou encore d’actrices. Des femmes qui ont envie de dire « Arrêtons le silence ». On a fait deux beaux singles, c’est vrai que c’était important pour moi d’en parler, de dire que ça peut arriver à n’importe qui et que ce qui est important, c’est de savoir que ce n’est pas de sa faute, et que les choses peuvent changer. Par contre pour qu’elles changent, il faut le mettre le doigt dessus et en parler.


Avec Retiens-moi et C’est dommage, Lynnsha dévoile les prémices de son cinquième album. Prévu en fin d’année, cet opus marchera dans les pas du précédent, avec notamment des sonorités afro-caribéennes et sa touche personnelle de RnB dans les mélodies et les harmonies. Mais la chanteuse de 37 ans confie son envie de vouloir aller plus loin, de porter encore plus haut l’évasion et la magie que procure sa musique. L’attente n’en sera que plus longue...

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Sélène Agapé
Jeune journaliste, ma curiosité maladive se marie plutôt bien avec ma passion de l’écriture. En savoir plus sur cet auteur


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