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La Martinique : l’île des enfants sans père


Par | Le 25 Avril 2015 | 9 commentaire(s)




© Vitalinka - Fotolia.com
© Vitalinka - Fotolia.com
Après avoir apporté ma vision et ma plume sur les thèmes " le couple d'hier et d'aujourd'hui " et " les relations parents-enfants aux Antilles ", j'en arrive logiquement à la fameuse ritournelle, qui se chantonne dans de nombreux foyers "Où t’es ? Papa ou t’es ?". Comme le chante si bien ce grand artiste qu'est Stromae :

" Dites-nous qui donne naissance aux irresponsables ? 
Ah, dites-nous qui, tiens
Tout le monde sait comment on fait des bébés
Mais personne ne sait comment on fait des papas."


S'il fallait faire un cliché photo d'un foyer aux Antilles, on y verrait plus souvent une mère avec ses enfants, ainsi que leur grand-mère - ou autre équivalent féminin - les serrant chaleureusement contre son cœur.... qu'un père, une mère et leurs enfants. On va encore dire que je suis trop mauvaise langue, mais dites-moi si j'ai tort ? Continuons sur cette lancée et approchons un micro près de la bouche de cette fameuse mère.

1ère question : Vos enfants ont-ils le même père ? Vous aurez ... disons 85% de chance que ne soit pas le cas.

2ème question : Où sont les pères de vos petits ? Vous aurez ... disons 78% de chance qu'elle vous réponde "Ils sont là, sans être là. Vous savez comment sont les hommes de nos jours !"

3ème question : Comment vivez-vous votre statut de "mère seule" ? Vous aurez ... disons 99,99% de chance qu'elle vous balance un "TTCCCHHHIIIPPP" retentissant bien de chez nous, pour finir avec un créole agri "mwen pa bizoin nom' an la vi mwen !".

Les familles matrifocales, les mères célibataires, les femmes poteau-mitan.... ces fameux concepts qui désigne un certain type d'organisation familiale qui prévaut aux Antilles. Mais où sont les hommes dans tout cela ?
Cette question brûle toutes les lèvres ! D'ailleurs la chaîne ATV en a fait récemment son thème de reportage dans l'émission "An tje peyi a", un vrai buzz sur l'île. Il y'a de plus en plus de mamans qui élèvent seules leurs enfants et quelques papas. Choix ou fatalité ? Comme l'introduisait la présentatrice Regine Germany.

Tout le monde y va de son commentaire, dans les rues et de manière plus libérée sur les réseaux sociaux. Il semble il y'avoir tant de raisons diverses et variées. 

L'explication la plus répandue est la suivante :

Le statut de mère seule est un choix purement pécunier pour ces dames. Il est plus rentable d'être allocataire de la Caisse d'Allocation Familiale (CAF) que de s'épuiser à supporter les affres et mesquineries de ces messieurs. Yo pa janmin ni lagen, la caf ni ! Il semblerait que le ticket gagnant soit le combo mère seule avec trois enfants. Un jackpot que certaines semblent apprécier. Les hommes sont des parasites dans cette équation.
Way mannicou mi zafè ! comme dirait la génération d'antan !

La seconde explication, mais qui arrive loin derrière :

Les mentalités ont changé. Avant on réparait ce qui était cassé, maintenant on jette et on passe au suivant. On change de papa, si le précédent ne fait pas l'affaire. Et si aucun ne fait l'affaire, on s'en passe tout simplement ! Les femmes sont devenues des êtres totalement indépendants.
"Tchip, un homme pour quoi faire han ? C'est avoir des problèmes que l'on n'aura jamais eus toute seule", dirait une femme bien de notre génération. Ils ne sont plus concubins, partenaires, maris... mais ils restent des pères non ? S'ils paient la pension alimentaire certainement. Néanmoins, sa présence est loin d'être obligatoire et indispensable. Et dans le cas contraire, il n'est plus utile ! Qu'il aille butiner et se répandre ailleurs.

D'ailleurs en parlant de butiner, j'en arrive à la troisième raison évoquée... ou à peine évoqué.

Ce phénomène provient du temps de l'esclavage, ou les hommes étaient conditionnés par les maîtres à aller copuler à droite et à gauche, pour permettre la reproduction optimale et donc le plus d'esclaves possible. Ce fameux code noir, article 12 : « Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents ». Depuis la fidélité n'est plus inscrite dans les gènes de ces messieurs. Leurs foyers sont éparpillés et les mères bien seules face à ces coqs de basse-cour qui ont le mode d'emploi de la reproduction, mais pas celui d'être père.

Notez comment je parviens à boucler la boucle avec brio ! On en revient au début ! Les géniteurs ne sont pas des pères et les mères sont seules !

Jetons un œil rapidement aux statistiques. Selon le groupe d’études de lutte contre les discriminations (GIP), les Antillaises sont beaucoup plus actives que les métropolitaines vivant en île de France, avec un taux moyen d’activité de 78% contre 56% pour les Franciliennes. Elles travaillent doublement pour assurer la charge de leur famille qu’elles assument souvent seule. Il faut savoir que près d’un quart des mères antillaises élèvent leurs enfants seules, contre une Francilienne sur dix.

En découle des clichés qui se transmettent de génération en génération : La mère a l'aura d'un être exceptionnel, elle est combative, elle faiblit mais ne rompt jamais. Elle revêtit la douceur de la femme et la force de ce père absent. Elle doit cumuler de nombreuses casquettes jusqu'à l'épuisement pour faire vivre et survivre les siens. À l'inverse, les hommes sont des irresponsables, machos, menteurs, infidèles, dépravés et paresseux de surcroît, incapables d'assumer le fait d'engrosser à tour de bras.

Des clichés on en fait une réalité et surtout des généralités. Et si le problème était justement là ?

On en revient "aux couples d'hier et d'aujourd'hui ", car avant d'être des parents, il faut savoir être un couple avec deux individus à part entière. Cesser de se bercer dans les clichés et les "on-dit" pour s'adapter au cas par cas. Il n'y a pas "que" des mauvais pères, ou des géniteurs incapables d'assumer, ou "que" des mères seules qui l'ont décidé et le vivent très bien.... il y a aussi beaucoup de souffrances, de larmes, d'incompréhensions, un manque d'attention et de discussion. Les victimes sont ces enfants sans pères, qui ne feront que reproduire inlassablement les erreurs de leurs parents.

À méditer !


Marie-catherine IDEL
Je suis auteure de romans, nouvelles et livres jeunesse. J’utilise ma plume en tant que... En savoir plus sur cet auteur


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