Connectez-vous S'inscrire

Franck Danican, un styliste guadeloupéen à New York


Par La Rédaction | Le 4 Juin 2016 | Lu 2463 fois

Basé à New York, mais né en Guadeloupe, ce styliste, dont la carrière a débuté il y a vingt ans, a présenté son défilé de mode lors du Best of France édition 2015. Il est aussi l’égérie de la nouvelle campagne de la marque Levi’s dans la Big Apple.


Quel petit garçon étiez-vous à Morne-à-L’Eau ?
Franck Danican : 
Un garçon turbulent. J’aimais crier, sauter, danser... J’étais un enfant plein d’énergie et très intelligent.

Comment est né le styliste Franck Danican ? Racontez-nous votre cheminement.
FD: Je crois avoir « réalisé » le rêve de ma mère. Elle avait une machine à coudre de la marque Singer à la maison, elle aimait créer, cependant, elle trouvait que ses créations n’étaient pas à la hauteur... Elle aurait aimé faire une école ou suivre une formation, mais avec sept enfants, elle a dû rester à la maison pour nous élever, voilà... Chez nous, on a toujours aimé les belles choses, le fashion, le look était primordial… Petit, je n’avais pas encore défini ma branche professionnelle, mais je savais que c’était « une histoire de mode ». Après mon bac, je suis parti à Lyon, chez ma sœur, pour intégrer un BTS habillement. Ensuite, j’ai été sélectionné pour le concours « Le fil d’or », je me suis rendu à Paris, et là, j’ai fait l’école de la chambre syndicale de la haute couture. J’ai commencé à travailler chez Dior dans l’atelier haute couture de monsieur Ferré. Quelque temps après, je suis parti chez Franck Sorbier. Par la suite, j’ai décidé de voler de mes propres ailes à Paris, puis Miami. C’est à ce moment que j’ai fait de belles rencontres comme Janet Jackson ou Lenny Kravitz.

Est-ce que vous rêviez déjà enfant de la « Grosse Pomme » (New York) ?
FD : Enfant, je rêvais de rencontrer les stars, d’être une star, je ne savais pas encore que j’allais y vivre. C’est lors de ma première visite que je suis tombé amoureux de la « Grosse Pomme ». C’est après le décès de ma mère (morte depuis 15 ans) que je m’y suis installé. J’adore la ville, les lumières, l’énergie...

Aujourd’hui, vous y êtes installé depuis plus de dix ans. Comment se passe la vie à New York ?
FD :
J’ai emménagé juste avant le 11 septembre et depuis les jours ne sont plus comme avant le 11 septembre, la vie a changé. Et la mort de ma mère a bousculé ma vie. Pendant longtemps, j’ai été relax, le temps de retrouver le goût de foncer... On fait avec, on avance, il faut se bouger, arrêter de pleurer sur son sort, surtout que l’eau n’est pas chère à NYC [rires]. Je me suis mis à fond dans mes créations… Je viens de décrocher une campagne avec la marque Levi’s, je suis l’égérie sur l’ensemble des réseaux new-yorkais (mon image sera sur les bus, le métro et les trains) à mon âge, c’est plutôt flatteur !

En septembre dernier, vous participiez à la 3e édition de Best of France à Times Square, qu’avez-vous ressenti ?
FD :
C’était magique ! Super ! Honoré d’avoir été sélectionné par le comité du Tourisme des Iles de Guadeloupe pour représenter la Guadeloupe, l’élégance à la française en présence du président Hollande. Le défilé a été très applaudi (plus de 8 000 personnes), toutes ces chaînes de télévision, c’était géant, je viens de loin : la Guadeloupe. Joëlle Ursull avait fait spécialement le voyage pour moi, c’était un événement majeur !


Vous êtes désormais un créateur renommé, comment le vivez-vous ?
FD :
Je fais très attention, je vis normalement, j’ai plusieurs projets : je suis à l’affiche pour Levi’s, je prépare le clip de Joëlle Ursull. J’aimerais présenter mon défilé en Guadeloupe en fin d’année... J’ai d’autres projets : le cinéma, la télévision, mais je préfère rester discret.

Franck, qu’est-ce qui vous inspire ? Vos créations ? La mode vestimentaire de la femme guadeloupéenne est-elle significative à vos yeux ?
FD :
L’inspiration est partout, les souvenirs de l’élégance de ma mère, les films (le cinéma) comme le fashion des James Bond. Oui, je me retrouve dans le style antillais : sophistiqué, glamour, nous, antillais, nous aimons les belles choses, les matières riches, nobles et précieuses, les plumes d’autruche, je reste toujours en admiration devant les créations des femmes matadors « créoles ». Par contre, je suis plus un créateur dans la couleur « noir »… Mon style, c’est le black gold Franck Danican... J’aime aussi les dentelles d’Oscar de la Renta, le style d’Alexander Mc Queen (1), le look de Rick Owens (2) et l’histoire des enveloppes d’Yohji Yamamoto (3). Au plus profond, mon fashion est international, c’est du Franck Danican tout court !

Voulez-vous bien partager avec nous votre leçon de style ?
FD :
La leçon de style sera très courte : « on ne peut pas changer les taches d’un léopard ». C’est-à-dire qu’on est fashion designer ou pas. Mais, j’ai envie de dire qu’on doit faire rêver et rêver aussi, car c’est notre métier... En ce moment, nous avons besoin de rêves dans le monde... En tant qu’artistes, nous nous devons de partager des instants de rêves et de bonheur, alors il faut rêver ! Je donne du rêve à mon île.

Un dernier mot ?
FD :
Merci beaucoup à Joëlle Ursull pour son aide, à mon père Serge Danican, à la ville de Morne-à-l’Eau, à la Guadeloupe.

 

(1) créateur de mode britannique
(2) créateur de mode américain 
(3)  styliste japonais





Retrouvez votre webzine
sur l'APPLI Google Play
Téléchargez le Hors Série
Magazine PDF