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Fêter Noël aux Antilles: une tradition ancestrale qui se modernise


Par | Le 21 Décembre 2013 | 0 commentaire(s)




© Arawak - Kros.blog.org
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Les Antillais traînent depuis des décennies cette image envieuse de fêtards et bons vivants sous les tropiques. Cocotiers, plages, rhum pour chauffer les gosiers servis par des doudous bien en chair, en tissus madras, pour finir de réchauffer l'atmosphère. Des clichés qui ont la dent dure, qui continuent de se propager dans les médias du monde entier. Nos Noëls tropicaux font aussi le bonheur des agences touristiques qui gargarise les touristes rêveurs de clichés obsolètes. Leur trame publicitaire favorite étant celle de la nostalgie, débutant par "an tan lontan".

An tan lontan, les "man Titine" et " tonton Jacko" préparaient les traditions culinaires de Noël dès septembre. Il ne fallait pas blaguer avec ça ! Les punchs coco, liqueurs fruitées et autres schrubb se préparaient avec beaucoup de patience et de savoir-faire. Un zoom sur les écorces d'orange et de citron séchant lentement sous le soleil étouffant des Antilles, puis mis à macérer dans les rhums aux arômes divers et variés.

An tan lontan, les foyers avaient leur cochon bien dodu dédié, gavé toute l'année avec amour, qui aurait son sort scellé la nuit fatidique de Noël. On tirait à la courte paille, avec des branches de filaos qui étaient le sapin traditionnel de l'époque, celui ou celle qui le ferait passer d'une vie de léthargie grasse à trépas. Une mort dans les honneurs pour agrémenter les boudins, ragoûts et pâtés salée. Dans le cochon tout est bon !

An tan lontan, on se regroupait chez "tonton Jojo et man Finotte" pour chanter les cantiques et on s'époumonait  jusqu'au milieu de la nuit sur la naissance prochaine du Christ. On frappait aux portes des voisins pour souhaiter les meilleurs vœux, partager Ignames, pois d'Angole, ragoût de porc et autres gâteaux préparés avec amour et dévotion par les maîtresses de maison. Les lendemains soirs, on recommençait chez le voisin d'à côté. Le même cérémonial de Noël, jusqu'au 25 décembre, au son d'instruments tels que le cha-cha, tambours, ti-bois au rythme des Biguine, Mazurka et autre Valse.

J'aurais encore beaucoup d'An tan lontan à vous narrer, mais la place me manque. Les anciens compléteront d'eux-mêmes. Je clôturerais ce moment de nostalgie avec un ...

An tan lontan, Noël était avant tout une fête de retrouvailles et de partage. Les modestes foyers offraient une sucrerie ou un ballon de baudruche aux tout-petits ravis de cette étrenne. L'apothéose se célébrait à la messe de minuit dans une belle ferveur qui inondait les corps et les âmes.

Mais aujourd'hui que nous reste-t-il de tout cela ? Beaucoup d'anciens diront la langue amère "il n'en reste rien ! Tout a foutu le camp". D'autres, plus modérés, diront "La tradition perdure, mais elle a évolué avec les générations et le mélange des cultures".

Oui, la tradition du Noël antillais est encore bien ancrée dans nos coutumes, mais la mondialisation est passée par là.

Désormais les jambons de Noël et pâtés salés sont fabriqués en quantité industrielle et remplissent les chariots des supermarchés qui ne désemplissent pas pour les fêtes de fin d'année. Les filaos de nos campagnes ont été remplacés par les sapins plastifiés et importés. Les décorations sont désormais pétaradantes et aveuglantes. Une compétition de m'as-tu-vu, que supportent difficilement les centrales d'EDF. Les "chanté nwel" restent l'étape incontournable, mais sont gérés par les municipalités et l'animation est assuré par des groupes professionnels.

Le soleil tropical qui fait notre fierté plie sous le poids de la neige artificielle, mode imposé par des publicistes égarés.  Les enfants d'autrefois, heureux de recevoir un "Filibo" en étrenne, sont remplacés par des listes de cadeaux de Noël sans fin. En cause, un père Noël sponsorisé par Coca-Cola qui ensevelit les rêves d'enfants sous des tonnes de cadeaux, soi-disant, indispensables. Papa et maman iront faire un crédit à la consommation pour ne pas frustrer leurs chérubins. N'oublions pas la solitude des oubliés, qui ne bénéficient plus des visites du voisinage qui venaient frapper à leurs portes pour partager de chaleureux moments. Rares sont les quartiers qui poursuivent vaille que vaille cette tradition ancestrale. Noël est un business mondial et les Antilles ne dérogent pas à la règle.

Ne broyons pas du noir, car un élément essentiel demeure: "Les Michaud veillait" et "Joseph mon cher fidèle" eux restent fidèle au poste.
 


Marie-catherine IDEL
Je suis auteure de romans, nouvelles et livres jeunesse. J’utilise ma plume en tant que... En savoir plus sur cet auteur


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