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Faut-il être Nappy pour être Afro-Féministe ?


Par Emlyn Tisba | Le 23 Mai 2015 | 0 commentaire(s)


Qui n'a jamais fait l'erreur de penser que le mot « afro » dans l'expression « afro-féminisme » désignait obligatoirement une coupe de cheveux ? Il est peut-être temps Mesdames d'éclairer ce point !



© Scott Griessel
© Scott Griessel
La tendance « Nappy » ne date pas d'hier. Les femmes noires sont maintenant de plus en plus nombreuses à revendiquer le naturel et prôner le retour de leur afro. Cette tendance fait aujourd'hui beaucoup d'adeptes un peu partout dans le monde. Aux États-Unis, même nos stars favorites affichent fièrement leurs origines. Alicia Keys, Erykah Badu, Janelle Monae, l'actrice et modèle Yaya Dacosta et surtout Solange Knowles, la petite sœur de Madame « Girl Power » elles-mêmes, ne jurent que par le naturel. Exit les extensions et lace wigs à gogo ; les afros sont bels et bien de retour !

Pendant ce temps, les afro-féministes, ces femmes noires qui militent à la fois contre le sexisme et le racisme, prennent d’assaut les réseaux sociaux. Alors, bien sûr, on s'imagine aisément que seules celles qui portent fièrement leurs cheveux crépus peuvent être de vraies femmes afro et féministes. Il faut tout de même nuancer ce propos …

Le « Nappy Hair », mouvement de révolte ou simple tendance ?

Bien plus qu'une coiffure, le « Nappy Hair » est avant tout une réaffirmation, une réappropriation de ses origines. Dans une société où les femmes sont marginalisées, où le cheveu crépu est souvent victime de cette assimilation entre position sociale et couleur de peau, il est parfois difficile, voire inimaginable pour certaines, d'arborer cette coupe qui leur est propre. C'est pourquoi quelques « naturalistas », comme elles se font appeler, tiennent avant tout à la revaloriser face aux sceptiques. Il s'agit de lutter à la fois contre le sexisme et le racisme, et c'est la raison pour laquelle les radicalistes de ce mouvement prennent également le nom d'afro-féministes.

D'un autre côté, avec son émergence sur les réseaux sociaux, le « Nappy Hair » reste une tendance à part entière. Les blogs sur les cheveux naturels se multiplient, les pages Facebook et Instagram envahissent la Toile. Il y a même des chaînes Youtube où ces femmes partagent l'évolution de leur retour au naturel. Du Big Shop (l'instant T où le cheveu abîmé est enfin coupé), en passant par les techniques de soins pour finir par les différentes coiffures possibles, toutes plus originales les unes que les autres ! Bref, le phénomène « Nappy » continue son petit bonhomme de chemin et, bien qu'il compte parmi ses membres un grand nombre d'afro-féministes, la réciproque n'est pas toujours vraie.

L'afro-féminisme, une histoire de convictions

Inspiré du Black feminism, ce mouvement féministe né dans les années 70 aux États-Unis au moment même du nationalisme noir, l'afro-féminisme se veut évidemment plus moderne. En France par exemple, le militantisme se fait principalement via les réseaux sociaux. L'objectif ? Être entendues, reconnues et lutter à la fois contre le racisme et le sexisme qui continuent d'exister dans nos sociétés actuelles.

Mais voilà, à aucun moment le cheveu naturel n'est devenu une obligation ou un gage de dévouement. Il est vrai que dans les années 60, par revendication politique, les Black Panthers, étroitement lié au Black feminism, se laissaient pousser les cheveux afin d'affirmer leur appartenance ethnique et lutter contre la ségrégation raciale. Mais aujourd'hui les mentalités ont évoluées. Alors on devrait plutôt se demander : doit-on forcément être « Nappy » pour être une « vraie femme noire » ? Être une femme afro et engagée ne se limite pas à une coiffure.
Coralie, 25 ans, Guadeloupéenne et métissée, nous explique : « Pour moi, le terme 'femme noire' représente toute une déclinaison de couleurs de peau, de comportements et d'idées propres à une afro-descendance. Alors non, je ne me sens pas moins 'femme noire' qu'une fille plus foncée de peau, plus naturelle dans sa manière de s'occuper de ses cheveux ou qui dansera mieux que moi. Il s'agit d'un état d'esprit que je pense avoir et qui fait de moi une véritable femme afro ! »

Et si nos « Black Queens » commençaient par se soutenir entre elles ?

Adepte du défrisage depuis plus de 10 ans maintenant, Amanda, 23 ans, explique : « Je me défrise les cheveux depuis très longtemps, mais je ne me suis jamais sentie moins 'noire' que les autres. J'aime essayer différentes coiffures, parfois j'opte pour les braids, ou alors les tissages ; j'ai même testé le curl ! Je ne renie pas ce que je suis, une femme noire et fière de l'être, tout simplement parce que je m'amuse avec mes cheveux ! Au contraire, je suis contente que ma nature, oui car à la base, j'ai les cheveux crépu, me permette d'oser toute sorte de coiffures différentes. Je ne comprends pas pourquoi, entre 'sœurs', on est si critique. Ça n'a aucun sens ! »

Eh oui, malheureusement, ce sont souvent les femmes noires qui sont le moins indulgentes. Les extrémistes du mouvement afro-féministe, en affirmant vouloir lutter contre le sexisme et le racisme, créent en réalité une nouvelle forme de discrimination. Nul ne sait pour quelle raison chaque femme décide de porter une coupe plutôt qu'une autre, le défrisage plutôt que l'afro. Pourtant, alors qu'elles prônent la lutte contre les codes imposés par les canons de beauté occidentaux, certaines afro-féministes cherchent à imposer leur propre vision de la femme black. Paradoxal, n'est-ce pas ?
On serait même tenté de parler d'hypocrisie. Bien qu'elles refusent d'être traitées différemment des autres, c'est pourtant entre elles que les femmes noires sont le moins tolérantes, sous prétexte qu'il devrait y avoir des critères de sélection pour avoir le droit d'être ce que l'on est.

Au final, la femme noire ne se définie plus par une couleur de peau plus foncée ou plus claire, ou par le port du cheveu naturel.

Alors oui, l'afro est un signe évident d'appartenance à une ethnie, et un moyen comme un autre de revendiquer ses origines. Mais il ne devrait pas être une forme d’oppression, un dictat l'obligeant à se sentir inférieure si elle n'est pas « naturelle ».




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