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Et ben oui… Je vis avec l'Endométriose


Par PSJ | Le 7 Mars 2015 | 0 commentaire(s)


Qui m'aurait dit un jour que je trouverais un nom à ces douleurs et à l’infertilité. Qui m'aurait dit un jour que j’aurais fait ce témoignage, que j’aurais trouvé les mots et le moment pour le dire ! Voilà…



© Herjua - Fotolia.com
© Herjua - Fotolia.com
J’ai donc 8 ans et quelques mois, le gynécologue a annoncé à ma mère que je suis précoce et là commence la gestion de ce qui coulera entre mes jambes.
Une fois par mois pendant 8 jours, la petite fille que je suis vit le martyre : les douleurs sont tellement fortes que je me couche sur le sol froid pour m'apaiser. Je rate la classe parce qu'en pleurs, je demande à ma mère de me laisser subir ma douleur à la maison loin des yeux de mes camarades.

Quelques années sont passées et je suis rentrée dans le monde de l'adolescence avec ces non-dits, ces non-révélés aux autres. Maintenant, que je suis bien plus grande, je me suis familiarisée avec mes fameuses douleurs : une gynécologue m'a prescrit de l’Antadys, le médicament «miracle» qui me laisse croire que tout va bien. Ma vie évolue autour de ce médicament sur ordonnance et chaque mois l'anxiété me fait perdre pied. S'il ne reste plus qu’1 comprimé dans la plaquette (parce qu'entre nous, je ne dois pas dépasser la dose prescrite de 3 comprimés par jour), j'en deviens folle, comme quelqu'un en manque. A chaque crampe virulente, machinalement, j'en prends plus que la dose prescrite. Et un beau jour, la petite fille ayant grandi… ma vie sentimentale se précise et les premiers rapports sexuels rentrent dans l'équation.

Pour mon plus grand désespoir, au fil du temps, ces expériences riment avec douleurs et sensations désagréables et me laissent même à croire à une frigidité qui restera dans mon inconscient pendant de longues années. Curieuse, je m'oblige à mieux découvrir ce corps et à vouloir connaître le plaisir décrit dans les films et mes lectures à l’eau de rose. Sans crier garde, mon corps se décide à me répondre, je découvre les premiers émois, le plaisir charnel… mais toujours ponctué de souffrance. Pour autant, personne ne peut m'expliquer cet enfer… Arrive le moment où il faut créer une famille. Là, je n'ai plus le choix… ma phrase fétiche « je ne veux pas avoir d'enfant » reste sans réponse aux oreilles de mon époux. Malgré quelques années sans contraception, mon ventre n'a pas envie de grossir.

Est-ce que c’est de ma faute ? Le gynéco me conseille de patienter, de laisser Mère Nature agir.

Mon corps enfle et certains de mes membres se contractent de douleur, jusqu'à ce qu'un médecin me dise, « c'est une inflammation… vous êtes mariée, vous ne prenez pas de contraception et vous n’avez toujours pas d'enfant… avez-vous vu le gynéco, peut-être que c'est une maladie gynécologique ? » J'ai envie de lui crier que la plupart des gynécologues que j’ai consultés me laissaient comprendre qu'il n'y a aucun problème.  Quelques semaines après, comme pour confirmer le diagnostic de ce cher médecin, mon corps se paralyse. Je me souviens que malgré les crispations, c’est sourire aux lèvres que je me rends aux urgences. Quelques heures d'attente, pour m'entendre dire après diverses analyses et échographies : « on ne peut pas vous laisser rentrer chez vous, vous êtes entre la vie et la mort ». Je reste à la clinique, l'opération est reportée, toutes sortes de pistes de maladies - même MST - sont explorées, jusqu'au jour de ma sortie, où je repars avec une ordonnance.

J'écoute ma petite voix, ma voix intérieure… je vais consulter une gynéco, là, c'est une femme et j'ai l'espoir qu'elle me comprendra. Pendant la consultation, elle prend connaissance du dossier remis par la clinique et alors qu’elle visualise une échographie, elle me dit « vous devez à nouveau rentrer en clinique pour vous faire opérer, vous avez une endométriose ». Une quoi ?
A peine sortie de la clinique, m’y voilà ré-adressée sans aucune préparation mentale. Je me sens vide. Opération… puis les jours qui suivirent, j’ai dû garder le lit.
De retour chez moi, ma gynéco m’a prescrit des comprimés pendant 6 mois, une ménopause artificielle. J'entends, mais je ne comprends toujours pas, est-ce qu'après, ce sera terminé ?
La vie continue, ma vie continue… malgré la ménopause, des douleurs empoignent le bas de mon ventre. Je me retrouve en Métropole et y recherche un gynéco pour faire un contrôle : j'ai besoin de comprendre pourquoi je souffre même quand je ne suis pas en période de règles.

Un an à peine passé, me voilà contrainte de retourner au bloc, cette fois-ci avec le regard inquiet de ma mère. Eh oui, re-belote, en sortant du bloc, le gynéco m'annonce que c'était plus grave qu'elle ne le pensait. Convalescence encore et cette fois-ci, c'est une infirmière, qui tous les 3 mois vient me faire une piqûre pour que le processus de ménopause artificielle recommence. On m'explique qu'après un an de traitement que je devrais essayer d'enfanter (Fécondation in vitro) - puisqu'au fil de l'âge, mes chances de devenir Maman s'amoindrissent en plus d'avoir une endométriose sévère.

A ce jour, la bataille n’est pas achevée, mais j’ai décidé de ne pas me mettre la pression parce qu'avant tout, j'ai besoin de ressentir à nouveau mon corps reprendre vie.

MON CORPS reparle à nouveau avec moi ou c'est moi qui l'écoute et au même moment, une amie me parle des bienfaits d'une alimentation équilibrée, des produits à bannir, je fais des recherches sur le net et je découvre que si je pratiquais plus d'activités sportives, j'aurais eu moins de douleurs, que si j'avais mangé autrement, si j'avais fait plus de bien à mon corps que j'aurai vécu autrement avec ma maladie. Mes différentes recherches m’amènent à découvrir que l'endométriose peut être héréditaire… tous les explications sont recevables… mais en l’occurrence, sans rentrer dans plus de détail, l’hérédité semble être la bonne piste...

2 ans se sont écoulés, j’apprends chaque jour à écouter ce corps qui m'en a voulu de le persécuter. Je fais le maximum au niveau de mon alimentation, je fais de la méditation, je me relaxe, j’évite de me soigner par les médicaments, j’essaye de privilégier le naturel, je fais attention à lui (mon corps).
Depuis un moment, j’avoue que nous recommençons, mon corps et moi à faire la paix. Il y a encore bien sûr quelques cris de douleur poussés, mais qui s'espacent, des coups de fatigue de temps en temps, je lui dis en permanence combien je l'aime.

A 33 ans et 7 ans de mariage, même si mon ventre ne pousse pas… on commence à trouver ensemble (mon corps et moi) une certaine forme de sérénité.

Ma dernière visite chez le gynécologue, il y a à nouveau des kystes endométriosique. Je vis avec mon endométriose, peut-être devrais-je plutôt dire aujourd’hui… je suis atteinte d’endométriose…  mais je suis en paix avec mon corps.




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