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Ces mamans qui ont donné la garde


Vie de maman célibataire | Le 15 Octobre 2016 | Lu 6337 fois



Ces mamans qui ont donné la garde
Pour ma dernière chronique, j’ai décidé d’aborder un sujet fort épineux. S’il est tabou dans d’autres pays, sous nos latitudes antillaises, nous frôlons le scandale ! Selon les chiffres du ministère de la Justice, lors d’une séparation ou d’un divorce, la garde des enfants est confiée dans 71% des cas à la mère, 12% des enfants sont confiés au père et les 17% restant résident une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre.

Aux Antilles, les statistiques concernant les foyers monoparentaux avaient déjà été évoquées dans les articles « La Martinique l’île des enfants sans pères » et « Mères isolés, mères courage » il en découle que les mamans ont généralement la garde exclusive des enfants. Dans une moindre mesure, face aux statistiques de la Métropole, les enfants sont gérés en garde alternée ou en droit de visite pour le père. Si nos quotas, reste en adéquation avec les statistiques de France Métropolitaine, nos réactions et mentalités ne sont pas les mêmes face à ces mamans qui pour mille raisons n’ont pas la garde exclusive ou alternée de leurs enfants. Ailleurs, elles suscitent curiosité et dans le pire des cas quelques suspicions voilées. Dans nos îles, elles sont d’office coupable des pires méfaits !

Dans la philosophie de notre société matriarcat, un enfant vit avec sa mère, point à la ligne ! Lorsque ce n’est pas le cas, celle-ci est la cible de toutes les accusations et moyens de culpabilisations possibles des proches, amis et alliés. Une mère doit s’occuper de ses enfants, c’est une obligation à laquelle nulle mère ne peut s’exempter. Si les pères peuvent se permettre abandon, absence, ou désertion sans qu’aucun reproche réel ne soit proféré par la société… Une mère doit rester fidèle au poste. Toute désertion de leur part, équivaut à une lapidation en place publique, comme au bon vieux temps de la chasse aux sorcières. Une mère sans ses enfants, au sein de son foyer, est bien moins considérée que la femme adultère à l’ancienne époque.

Pourtant, ces mères existent, les statistiques sont claires, 12% des enfants sont confiés à la garde exclusive du père. 

Si nous laissons de côté, les raisons de santé, judiciaire ou la disparition/désertion de ces mères qui peuvent justifier une telle décision juridique… Il reste le cas de ces mères qui ont pris la décision de confier les enfants aux pères. Oui, messieurs et dames, il existe des mères qui ont refusé la garde de leurs enfants temporairement ou définitivement. J’entends déjà les sifflets, quolibets, insultes et voit les jets de pierres s’abattre sur les malheureuses. Pourtant, les raisons peuvent être multiples et logiques. Il peut s’agir d’une décision prise pour préserver les habitudes et l’équilibre des enfants en cas de déménagement dans une contrée/ville lointaine de la mère. Il peut s’agir d’une raison financière et logistique si le père dispose de moyens plus adaptés à la gestion des enfants. Ou encore d’un besoin de se ressourcer impérieux avant de retrouver sa cape de super-maman. D’un moyen de préserver les relations d’une famille recomposée trop chaotique. Ou encore pour s’épargner une guerre déclarée lors d’un divorce houleux ou tous les coups bas sont permis. Bref ! Chaque maman à son propre parcours et ses raisons.

Elles sont devenues des « mamans du week-end ». Des mères qui retrouvent leurs enfants un week-end sur deux, ou lors des grandes vacances ou autres arrangements.

Si on devine aisément l’impact psychologique et moral que cela peut engendrer, on devine moins les conséquences de cette décision sur les relations avec autrui. Les regards accusateurs et condescendants. Les questionnements et réactions expéditives. Les sous-entendus et coups bas. Quand on sait qu’une maman qui va s’amuser en soirée les week-ends en laissant les enfants avec la nounou, est déjà mal perçue… Imaginez la mère qui tourne le dos à ses enfants, pour vaquer à sa vie ! Que le ciel la foudroie sur place !

Si je peux me permettre d’émettre un avis, je trouve ces femmes pourtant bien plus courageuses que celles qui décident de garder leurs enfants dans de mauvaises conditions. Je pars du principe qu’un enfant ne nous appartient pas, il n’est pas un objet que l’on garde envers et contre tout. La priorité doit rester son bien-être et son évolution pour lui permettre de devenir un adulte autonome.

Je vais prendre deux exemples concrets, pour étayer ma pensée.

 J’avais cette amie, qui avait dû confier deux de ses enfants aux pères. La raison ? Elle traversait une mauvaise passe psychologique et avait des soucis d’addiction aux drogues. Lucide sur son incapacité, elle a préféré mettre ses enfants en sécurité loin d’elle et les a récupérer quelques années plus tard une fois sevrée et apte à reprendre son rôle.

Je vais prendre mon cas, moins extrême. Après une année de garde alternée, une semaine sur deux, qui était l’idéal, j’en conviens. J’ai pris la difficile décision de déménager, dans une commune lointaine pour reprendre mes études et donner une seconde chance à ma vie. La garde exclusive de mes filles m’a été confiée. Elles voyaient leur père un week-end sur deux ou quand bon lui semblait. Mais cette expérience m’a ramené à la cruelle réalité et mis en lumière les failles de cette décision. Seule pour gérer la vie de famille, sans la moindre famille à proximité, sans moyen de locomotion pour gérer les urgences et l’organisation, sans moyen financier suffisant pour assurer les loisirs, l’occupation et la moindre baby-sitter, entre boulots la journée et étude universitaire le soir… Je ne m’en sortais plus ! Le bilan ne s’est pas fait attendre, il fallait prendre la décision de les confier à leur père afin d’offrir à nos filles une vie plus équilibrée et sécurisante. Chez lui, avec l’aide de leur belle-mère, ils disposaient de bien plus de moyens organisationnels et de stabilité pour entourer leur évolution et leur éducation. Bien plus que je ne pouvais le faire seule dans ma situation actuelle.

Plutôt que l’égoïsme forcené, « ce sont MES enfants », j’ai choisis de leur offrir un meilleur équilibre de vie. Une séparation extrêmement douloureuse, qui me plonge dans la tourmente à chaque week-end ou vacances trop vite passés en leur compagnie. Mais qui me rassure sur mon choix, quand je les vois plus épanouis, meilleure élève à l’école et ravie de leurs activités de loisirs. Je reste leur mère, présente d’une autre manière qui a choisi de se mettre en retrait pour leur permettre d’avoir le meilleur. J’aime leur dire que je n’ai pas baissé les bras, je suis simplement en train de me reconstruire pour revenir plus forte et meilleure maman encore.

Cette dernière chronique avait pour but, d’aider ces mamans du week-end à dédramatiser un peu. S’effacer temporairement, ne signifie pas qu’on abandonne son rôle de mère. On agit comme il nous semble juste pour l’avenir de nos enfants. Comme dit l’adage, une famille ce n’est pas seulement ces personnes qui vivent sous le même toit… Mais ceux qui restent souder même disperser aux quatre coins du globe. Il serait bon de cesser de blâmer ces mères, qui subissent déjà une grande souffrance intérieure et plutôt les soutenir pour trouver leur place auprès de leurs enfants malgré la séparation et la distance.

Comme on dit dans les îles « Tchimbé red pa moli ». A très bientôt amis lecteurs, par ici et ailleurs pour de nouvelles aventures plumesques et d’autres… polémiques (rires).





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