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Antillo-guyanais, consommons-nous trop de sucre ?


Par La Rédaction | Le 2 Avril 2016 | 0 commentaire(s)


Le sucre est indispensable – pour le cerveau, carburer les cellules – mais comme toute bonne chose, consommé à outrance, il peut devenir un fléau pour une bonne santé. À l'heure actuelle, il y a une prise de conscience, mais c'était sans compter sur une donnée vitale, le bec des habitants des Outre-mer est plus sucré que ceux de l'hexagone.



© redav
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Dis-moi la quantité de sucre que tu consommes, je te dirai quelle est ta maladie ? Les risques d'une trop grande consommation de sucre sont la prise de poids menant au surpoids, à l'obésité, à des maladies cardiovasculaires, cancers et ce qu'il y a encore de pire, c'est un taux de glucose (sucre) trop élevé dans le sang avec l'émergence du diabète sucré en plus de ses complications (amputation, cécité). L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) recommande un apport en sucres libres – ajoutés et naturels – à moins de 10% de la ration énergétique, l'idéal serait de diminuer à 5% de la ration énergétique totale, donc 25 grammes par jour soit environ 6 cuillères à café.
Seulement, en 2011, la Guadeloupe découvre grâce aux travaux du docteur André Atallah (cardiologue au Centre hospitalier de Basse-Terre) que les produits sucrés commercialisés en Outre-mer sont doublés en sucre par rapport à l’hexagone, comme par exemple les produits laitiers, les friandises... Et c'est en 2003, que la loi « sucre » dite LUREL – publiée le 4 juin au journal officiel – mettra fin à cette pratique avec un premier article interdisant une teneur en sucre supérieure à l’hexagone : 
« Art. L. 3232-5. Aucune denrée alimentaire de consommation courante destinée au consommateur final distribuée dans les collectivités mentionnées à l'article 73 de la Constitution ainsi que dans les collectivités de Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon ne peut avoir une teneur en sucres ajoutés supérieure à celle d'une denrée similaire de la même marque distribuée en France hexagonale. »
Son application totale devait rentrer en vigueur 6 mois après sa promulgation, mais cela n'a pas été le cas. Les produits fabriqués et exclusivement destinés à la consommation locale n'avaient toujours pas vu leurs limitations de taux de sucre (soda, glace) réglementé. Il aura fallu compter sur la détermination des Domiens de la Réunion pour la voir s'appliquer normalement à 100 % au cours de cette année 2016 . Nous savons maintenant que nos palais ont été conditionnés. Mais quels impacts de ce trop de sucre sur notre santé ?

Lors d'une émission récente « les témoins d'Outre-mer » sur le thème du « Diabète, trop lente prise de conscience ?  », le Médecin nutritionniste, présidente de l'association Nutricréole, Marie-Antoinette Séjean s'exprimait sur cette loi : « J'ai une réaction de colère, à partir du moment où Monsieur LUREL a mis en exergue ces problématiques de sucres, nous les nutritionnistes, médecins, nous avons sonné la sonnette d'alarme – depuis des années – sur une importante quantité de sucres dans les aliments. La loi a été votée, mais il y a eu une inertie gouvernementale, je pense que c'est un problème de santé publique... »

LE DIABÈTE ÉLEVÉ DANS NOS DÉPARTEMENTS

Les écarts entre le nombre de personnes traitées sont énormes entre la Métropole et les Antilles-Guyane : Guadeloupe 8,1% , Martinique 7,4% , Guyane 7,3% ; des chiffres significatifs lorsqu'on sait qu'ils tournent entre 3,2% pour Paris à 5,4% maximum dans le nord et le nord-est de la métropole.
Au contraire de la France Métropolitaine, à âge égal, les hommes sont moins touchés que les femmes : 7,0% contre 9,1% en Guadeloupe, 6,2% contre 8,2% en Martinique et 5,7% contre 8,6% en Guyane selon la synthèse épidémiologique de l’InVS (l'Institut de Veille Sanitaire).
Premier facteur, encore les modes de vie (sédentarité, alimentation trop riche), le résultat est une insulo-résistance avec le développement – silencieux et lent – d'un diabète de type 2. 
L'autre facteur à ne pas négliger, les prédispositions génétiques, les Antillo-guyanais (les Africains, les Asiatiques) sont plus à même de développer la maladie que les caucasiens. L'incidence, un taux de mortalité (lié au diabète [2004 à 2006]) plus élevé que l'hexagone avec une moyenne d'âge de 71 à 77 ans selon le département, femmes et hommes confondus. À cause de cette évolution épidémique, le dépistage est recommandé à partir de 45 ans (tous les 3 ans, il suffit d'une simple prise de sang ou avec un lecteur de glycémie), surtout si on a des antécédents familiaux, surpoids, hypertension artérielle...

UN PLAISIR PERNICIEUX

La consommation quotidienne de l'or blanc (appelé ainsi au 15e siècle) amène à en être accro – au point de créer une addiction pour certains, en plus du fait qu'il a un pouvoir sur les émotions. Entre nécessité et besoin, la tactique de sucrer plus des industriels pour vendre plus a d'autant plus compliqué la relation au sucre, toutes les cartes n'étaient pas entre les mains du consommateur. 
Le sucre se cache partout dans les produits transformés même au premier abord dits non sucrés... Et l’ennemi numéro 1, les sodas – la canette de soda contient plus de 20g de sucre, avec elle seulement, on atteint la barre journalière.
Or, le problème, la consommation de ces produits se fait très tôt, le palais s'habitue à la douceur de ce goût : « j'ai décidé de ne plus boire de boissons gazeuses, mais si je bois du thé ou un smoothie maison sans ajouter du sucre, ce n'est vraiment pas à mon goût, je le trouve fade », dit Gwladys. De surcroît, les industriels ont réussi le pari de concevoir des produits qui ravissent les papilles, en spoliant le cerveau qui n'arrive pas à calculer la quantité introduite dans la bouche, résultat : la sensation de faim continue. C'est pervers, mais il est indéniable que l'attirance pour le sucre ne peut pas disparaître totalement, est-ce que les solutions sont : de limiter voire stopper les boissons industrielles (soda, jus), les produits transformés, l'ajout de sucre... ? D'apprendre à s'auto-réguler ? La tendance est au détox, aucun produit sucré pendant un nombre de jours, non pas pour détoxifier le corps, mais déshabituer le palais ? Les remèdes sont peut-être applicables au cas par cas.

 

Source : Fagot-Campagna A, Romon I, Fosse S, Roudier C. Prévalence et incidence du diabète, et mortalité liée au diabète en France – Synthèse épidémiologique. Saint-Maurice (Fra) : Institut de veille sanitaire, novembre 2010 - réalisée à partir du nombre de personnes remboursées d’au moins trois délivrances d’antidiabétique oral ou d’insuline au cours de l’année 2009.




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